De saines habitudes de travail à la maison

8 janvier 2022

De saines habitudes de travail à la maison

Depuis mars 2020, bon nombre de personnes ont dû transporter leur bureau à la maison pour suivre les mesures sanitaires. Si au bureau, vous aviez une chaise et un bureau adaptés (c’est mon cas, j’ai entre autres un bureau ajustable en hauteur qui me permet de changer de positions dans la journée), ce n’est peut-être pas le cas à la maison. Bien que cette nouvelle façon de travailler apporte certains avantages (gain de temps notamment), on remarque aussi plusieurs impacts négatifs sur la santé. À ce titre, beaucoup de problèmes sont reliés aux postures : par exemple, des contractures, des douleurs dorsales et cervicales, ou encore dans les jambes ou les avant-bras. Bref, une mauvaise ergonomie en télétravail peut avoir de graves conséquences à long terme. L’utilisation d’un ordinateur portable représente aussi un défi parce que le clavier et l’écran sont indissociables, ce qui favorise l’adoption de mauvaises postures. Comment y remédier? Voici 3 conseils pour une meilleure vie en santé!

Conseil 1 : S’échauffer

Ça a l’air un peu saugrenu, mais faire un court échauffement d’environ 5 minutes est une excellente manière d’activer vos muscles en favorisant une bonne circulation sanguine, ce qui contribuera à prévenir certaines blessures.

Voir la routine d’échauffement en vidéo.

Conseil 2 : Adopter une bonne posture

  • écran à une distance minimale d’un bras de vos yeux
  • pieds complètement appuyés au sol
  • genoux , hanches et coudes avec un angle de 90 degrés
  • fesses bien au fond de la chaise
  • yeux alignés avec le haut de l’écran[1]
  • tête dans le prolongement de la colonne
Source de l’image : Commons Wikimedia

Que faire…?

Si vous utilisez un ordinateur portable et n’avez pas de clavier ni d’écran indépendants, assurez-vous de repousser votre portable sur la table pour appuyer au complet vos avant-bras sur la surface plane. Cela évitera les pressions localisées et supportera mieux les bras. Inclinez l’écran du portable vers l’arrière pour réduire l’inclinaison du cou. Enfin, n’utilisez votre portable que pendant de courtes périodes et prenez régulièrement des pauses.

Si vous devez travailler sur une chaise de cuisine, veillez à avoir un bon appui pour les pieds et supporter le bas du dos par exemple avec une serviette roulée. L’objectif est de maintenir le creux lombaire, comme le fait votre chaise de bureau. Vous devez aussi vérifier que les coudes sont bien à la hauteur de la table, ajoutez un coussin ou un oreiller pour surélever votre assise.

Conseil 3 : Changer de position

Variez régulièrement votre position en vous levant régulièrement.

Astuce : planifier une alarme sur votre téléphone chaque demi-heure pour bouger au moins 30 secondes : par exemple, une marche de 10 à 15 minutes, quelques étirements ou des exercices pour vos yeux feront l’affaire.

Des exercices d’étirement

Les règles à suivre : s’étirer régulièrement dans la journée en maintenant l’étirement un minimum de 15 secondes jusqu’à ressentir une tension musculaire mais aucune douleur en évitant tout mouvement brusque : c’est un étirement pas un concours d’élasticité 😉!

4 exemples d’exercices

  1. En position assise ou debout, lâcher les bras le long du corps puis rapprocher l’oreille de l’épaule. Revenir à la position neutre et ramener le coude vers l’épaule opposée.
  2. En positions assise, ramener les bras et les épaules vers l’arrière puis allonger les mains vers l’avant et arrondir le haut du dos.
  3. En position assise, les fesses sur le rebord de la chaise, allonger une jambe et incliner le tronc vers l’avant, en gardant le dos droit. Puis en position assise, les fesses au fond de la chaise, placer la cheville sur la cuisse opposée. Mettre une légère pression sur le genou en gardant le dos droit.
  4. Ramener la main vers le bas. Ramener le dos de la main vers l’avant-bras.

D’autres exercices sur le site de l’UQTR.

Réduire la fatigue oculaire

Chaque 20 minutes, fixez un point à 20 pieds de vous pendant 20 secondes. Cela vous gardera vigilant et contribuera à réduire la fatigue de vos yeux.

Veiller également l’éclairage : ne placez pas votre écran dos à la fenêtre : le contraste violent nuirait à la lisibilité. Évitez aussi de le placer face à une ouverture lumineuse : les reflets vous gêneraient. L’idéal est de placer l’affichage en angle droit avec la fenêtre. Pensez à régler la luminosité de l’écran pour éviter un trop fort contraste avec l’éclairage ambiant. Fermez les stores et les rideaux si le soleil inonde la pièce ou encore utilisez une lampe d’appoint dont l’abat-jour couvre l’ampoule complétement si l’éclairage n’est pas suffisant.

À ne pas faire

  • S’asseoir sur un tabouret : vous risquez d’avoir les pieds en position de pointes, ce qui va créer une tension;
  • Travailler avec le portable sur les genoux;
  • Rester assis trop longtemps sans bouger. 

Document sur l’ergonomie des postes de travail préparé par la CNESST 


[1] Cette solution impose une contrainte : l’emploi d’un clavier et d’une souris séparés, qui seront positionnés en dessous.

Lié à: le plateau de Beauregard.

Tags: , , ,

Je te laisserai des mots

9 octobre 2021

Tout m’avale. Quand j’ai les yeux fermés, c’est par mon ventre que je suis avalée, c’est dans mon ventre que j’étouffe. Quand j’ai les yeux ouverts, c’est par ce que je vois que je suis avalée, c’est dans le ventre de ce que je vois que je suffoque. […] Que j’aie les yeux ouverts ou fermés, je suis englobée : il n’y a plus assez d’air tout à coup, mon cœur se serre, la peur me saisit.

L’avalée des avalés – Réjean Ducharme

Je suis allée vers la rivière. Il y avait là deux ou trois vieux qui pêchaient, la clope au bec et le visage heureux. Ils semblaient n’avoir rien pris pourtant, à moins qu’au bout de leurs lignes qui faisaient les mortes, ils aient ferré le temps qui passe.

J’ai marché un peu, longeant la rive jusqu’à une petite clairière. Le soleil était singulièrement chaud pour la date. Des feuilles tombaient ici et là, seul signe qu’on était déjà en octobre.

Mon regard ne s’attachait à rien, divaguant sans but et se laissant bercer par le mouvement calme de l’onde, qui frissonnait sous le souffle du vent. Dans mes oreilles, Spotify déversait les nouveautés musicales de la semaine sur lesquelles le clapotis de l’eau se greffait sans aucun égard pour le tempo.

A quelques pieds de la souche où je m’étais assise, un canard faisait sa toilette. Minutieusement, il picorait son plumage, se moquant bien de moi et de ma tristesse que je ne retenais plus.

Des promeneurs s’étaient approchés. Qu’importe! Ils pouvaient bien penser ce qu’ils voulaient, je m’en fichais. Moi, je n’étais déjà plus là. J’étais devant ta porte, ma main dans les airs, hésitante encore…

Trois petits coups secs qui résonnent gravement. Toc.Toc.Toc. Bruit de pas dans le couloir. Tu ouvres. Tu me souris : tu es content de me voir. Tu m’invites à entrer et tu m’ouvres grand tes bras. Tu me gardes un moment contre toi jusqu’à ce que le battement de mon cœur s’apaise, jusqu’à ce qu’il s’accorde tranquillement au rythme du tien.

J’ai besoin de te voir. Mes yeux cherchent les tiens. J’ai besoin d’une digue pour contenir le tumulte. J’ai besoin d’une bouée pour éviter la noyade. De sentir que là, avec toi, pour quelques heures, je suis en sécurité. A l’abri, protégée des tempêtes et du ressac des flots.

Une partie de moi s’affole puis se fige. J’ai peur. Si peur. Et tout à coup, sur mon coeur, la petite entaille laissée par le scalpel se resserre jusqu’à faire si mal que j’en pleure. C’est intolérable. Et si tu ne disais rien? Si tu me regardais l’air surpris ou peut-être même embêté? Si tu ne me comprenais pas? Si tu me jugeais?

Demain, je le saurai.

Lié à: le col des contrebandiers.

Tags: ,

Le Sazerac, le plus vieux cocktail français d’Amérique

19 juin 2021

Un pessimiste voit un verre à whisky à moitié plein, un optimiste voit un verre à whisky à moitié vide. Moi, je l’aime quand il contient un Sazerac!

Nathalie Couzon

Saviez-vous que même James Bond a renoncé à son Martini lorsqu’il a visité la Nouvelle-Orléans dans Live and Let Die (Vivre et laisser mourir) pour déguster la typique boisson locale! Je vous rappelle la scène : Bond entre dans un bar appelé Fillet of Soul avec son homologue de la CIA, Felix Leiter, et demande un bourbon sans glace. Leiter change la commande pour deux Sazerac en répliquant : « Où est votre sens de l’aventure, James ? C’est la Nouvelle-Orléans, relaxez!»

Live and let die (1973)

Le 23 juin 2008, l’Assemblée législative de la Louisiane a immortalisé ce cocktail en tant que cocktail officiel de la Nouvelle-Orléans. Un musée, The Sazerac House, a même ouvert ses portes en 2019 pour permettre aux curieux de découvrir cette histoire, riche en rebondissements et, il faut bien l’admettre, pour le moins unique pour un cocktail!

C’est l’histoire d’un cocktail…

Alors, voici l’histoire de ce coktail légendaire qui a traversé les siècles. En 1793, dans la partie ouest de l’île d’Hispaniola, qui s’appelait à l’époque Saint-Domingue (et maintenant Haïti), l’esclavage fut aboli, après la rébellion menée contre l’autorité des colons français et riches propriétaires de plantations esclavagistes. Ceux-ci durent quitter l’île et plusieurs d’entre eux se rendirent à la Nouvelle-Orléans (Louisiane) qui était à ce moment sous l’emprise des Espagnols. Antoine Amédée Peychaud, apothicaire et fils de médecin, originaire de Bordeaux en France, était l’un d’eux. Il fit partie de la vague de migration de la révolution de Saint-Domingue vers la Nouvelle-Orléans. Il apporta avec lui une recette aux herbes amères qui, selon certaines versions de l’histoire, était un legs de son père et, selon d’autres, une mixture qu’il aurait lui-même élaborée pour guérir ses patients.

Toujours selon la légende, Peychaud, pour mieux faire passer le «remède» dont l’amertume pouvait rebuter, le mélangeait avec du sucre, un peu d’eau et une bonne rasade de cognac, son préféré, en l’occurrence celui de la maison Sazerac de Forge & Fils, donnant ainsi naissance et son nom au célèbre cocktail emblématique de la ville de la Nouvelle Orléans.

On raconte aussi qu’au milieu du XIXème, plusieurs bars locaux servaient à leurs clients les amers de la pharmacie Peychaud, dont le Sazerac Coffee House, aujourd’hui appelé Sazerac House, dont le propriétaire était agent pour les cognacs et brandys de la maison Sazerac de Forge & Fils.

D’autres récits attribuent la paternité du Sazerac à Thomas Handy, propriétaire du Sazerac Coffee House vers 1871, ou encore à Vincent Miret et Bill Wilkinson dans les années 1890. Mais dans les faits, la première mention connue d’un cocktail Sazerac daterait de mars 1899, lorsqu’un magazine de fraternité, l’Alpha Tau Omega Palm, publie un article où on chante les louanges du fameux cocktail. La recette est également apparue dans un livre intitulé The World’s Drinks and How to Mix Them de William « Cocktail Bill » Boothby en 1900. Pourtant, en 1876, presque les mêmes ingrédients sont cités à l’exception d’un trait d’absinthe au lieu d’un rinçage, dans une recette de cocktail de whisky amélioré du livre de Jerry Thomas, How to Mix Drinks, paru en 1862.

La différence avec la recette des premiers récits est que le cognac aurait été remplacé par du rye whisky pour plusieurs raisons : à compter des années 70, le phylloxéra décime le vignoble français, et notamment le cognaçais. De plus, le whisky de seigle américain plait davantage aux goûts des Américains qui préféraient le « red likker à n’importe quel brandy au visage pâle », mais aussi parce qu’il était difficile de s’approvisionner en brandy français pendant la guerre de Sécession.

La recette évolue encore soi-disant, avec Léon Lamothe, barman d’un autre haut lieu de la Nouvelle-Orléans, qui, à la fin du XIXe siècle, sûrement influencé par la popularité de l’absinthe dans les milieux intellectuels, bohème et tendance de l’époque, ajoute au cocktail un rinçage du verre à l’absinthe, appelée la « Fée verte » pour sa couleur. Ce serait donc Lamothe qui fit du Sazerac ce qu’il est aujourd’hui. Malheureusement, Miret décède en 1899 et Wilkinson en 1905 et ne laissent aucun écrit pour infirmer l’une ou l’autre des versions existantes. C’est une chance en fin de compte car s’ils l’avaient fait, je n’aurais pas eu le plaisir d’écrire cet article!

Malheureusement, l’absinthe sera interdite en 1912 dans de nombreux pays du monde parce qu’on lui reproche de produire des effets hallucinogènes. Cette interdiction signifia alors pour le Sazerac que la recette devait encore évoluer et qu’il ne pourrait être préparé désormais qu’à l’aide d’un substitut légal, tel une liqueur anisée comme l’Herbsaint (une liqueur inventée à la Nouvelle-Orléans qui dispose du même profil organoleptique) ou le Pernod. Le Sazerac tomba alors dans l’oubli; ce n’est qu’à partir de 1998 qu’il retrouva ses lettres de noblesse sur le zinc quand la production d’absinthe fut de nouveau autorisée.

Ma préférence à moi

Le Sazerac est mon cocktail préféré simplement parce qu’il est authentiquement un cocktail aromatique à souhait et intense en goût. Au nez, une version au cognac exhalera un joli boisé complété par les notes herbacées et les saveurs de bonbon distinctives de l’absinthe. Ces parfums et saveurs, combinés à la qualité botanique des amers Peychaud et Angostura, agrémenteront subtilement cette boisson et la transformeront en un cocktail qui vous ramènera à la grandeur de la vieille Nouvelle-Orléans. Dépaysement assuré!

Si vous optez pour la version au whisky, ce sera alors des notes plus épicées qui vont charmer vos papilles. Et si vous cherchez plutôt un whisky moelleux et délicieux, délicat et complexe, bref, le parfait allié de ce cocktail, choisissez le Sazerac Rye pour l’authenticité. Attendez-vous alors à un profil de saveurs sucrées et fruitées (entre autres zeste d’orange, clou de girofle, raisin sec, abricot, prune, vanille et réglisse noire) complété par une finale épicée de seigle.

Pour ma part, si plutôt que les mots pour vous parler de ce nectar, j’avais été habile avec des pinceaux, j’aurais choisi des palettes de violet, de vert et d’or pour représenter le paysage qui se dessine devant mes yeux quand, sur mon palais, comme Baudelaire l’exprime si bien dans Correspondances : « dans une ténébreuse et profonde unité, vaste comme la nuit et comme la clarté, les parfums, les couleurs et les sons se répondent. »

Pour terminer, vous l’aurez compris, j’adore ce cocktail! Ses origines floues, plurielles et métissées, en fait très « Louisiane » puisque il est un mélange très réussi d’influences françaises et américaines, laissent libre cours à mon imagination et à de futures histoires à écrire… Ne soyez donc pas surpris si vous voyez bientôt surgir sous ma plume un personnage coloré qui, selon qu’il sera français ou américain et chauvin ou pas, se concoctera un Sazerac en y ajoutant cognac ou whisky, ou pourquoi pas, les deux en même temps tant qu’il respecte l’équilibre des deux onces d’alcool de la recette!

Alors la recette?

Comme le pâté à la viande ou tout autre cipaille au Québec, vous l’avez compris la recette exacte pour préparer un Sazerac diffère d’un endroit à l’autre. Cependant, Stanley Clisby Arthur dans son livre publié en 1938, Famous New Orleans Drinks and How to Mix ‘Em, a codifié une liste standardisée d’ingrédients essentiels : 1 sucre en morceau, quelques traits d’amer aromatique Peychaud’s et Angostura, du whisky de seigle, un rinçage à l’absinthe, 1 tranche de zeste de citron pour en exprimer les huiles. Le Peychaud donne au Sazerac une jolie couleur rose rougeâtre. Il souligne également l’anis de l’absinthe, avec une connotation « tutti-frutti ». 

En surfant sur le net, j’ai trouvé des recettes qui présentent un autre ingrédient secret, à savoir une demi-cuillère à café de liqueur de marasquin. Pour ma part, n’étant pas trop puriste et plutôt créative, je me suis amusée à remplacer le cognac et le whisky par du Rhum Ste-Marie dont les notes de fruits confits, la touche subtile de vanille et la finale gourmande et chaleureuse de poivre et d’épices se marient bien avec les autres saveurs du cocktail. Vous pourriez aussi ne pas jeter l’absinthe après le rinçage pour garder la saveur de l’absinthe en arrière-plan. Enfin, au lieu de mettre un sirop de sucre, un sirop de framboise pourrait se combiner à merveille avec l’absinthe, le Peychaud et le citron.

  • Dans un verre à mélange, déposez un morceau de sucre ou versez ¼ once de sirop simple.
  • Ajoutez 4 traits de Peychaud’s bitter et 1 trait d’Angostura
  • Écrasez le sucre s’il y a lieu.
  • Ajoutez beaucoup de glaçons et versez 2 onces de rye whisky
  • Remuez, filtrez et versez dans un verre Old fashioned bien refroidi et rincé avec de l’absinthe.
  • C’est un cocktail à remuer et non à secouer. Le verre aura été préalablement refroidi avec des glaçons qui sont ensuite jetés. N’utilisez jamais de la glace dans le cocktail lui-même. Bien refroidir le verre permettra à l’absinthe de l’enrober magnifiquement.
  • Exprimez les huiles d’un zeste de citron sans le déposer dans le verre.
  • Frottez le zeste de citron autour du bord du verre.
  • Décorez de zeste de citron et dégustez.

Cocktails similaires

5 adresses où boire un Sazerac à NOLA

Lié à: le lac bénit.

Tags: , ,

Never siempre

23 avril 2021

À J. W. K.

Hoping for a life more sweeter
Instead I’m just a story repeating

Sweeter – Leon Bridges

Et toi, tu dors
Du sommeil du juste
Tranquille et lisse
Pourquoi en serait-il autrement
D’ailleurs
Pourquoi troubler ton souffle si doux
Pourquoi t’alarmer
Pourquoi
Pour quoi
Tu es si jeune.
Moi, j’ai les yeux qui roulent
Sur la peinture défraîchie du plafond
Attendant l’aube
De désirs en délires
Avec l’envie rêveuse et vorace
Avec l’esprit tranchant comme un glaive
Avec l’espoir d’un jour nouveau
Qui ne viendra pas.

Lié à: le col des contrebandiers, le roc d'enfer.

Tags: ,

Sfumato ou une question de limites

19 mars 2021

à J. W. K.

« Notre base n’est pas fixe; (…) Je vois un passé en ruines et un avenir en germe, l’un est trop vieux, l’autre est trop jeune, tout est brouillé. Mais c’est ne pas comprendre le crépuscule. »

Gustave Flaubert, Lettre à Louis Bouilhet, Damas, 4 septembre 1850

« Si tu veux voir l’infini, ferme les yeux. » 

Milan Kundera, Le Voyeur absolu, 1992

« L’amour, c’est donner ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas. »

Jacques Lacan, Séminaire XII, 1964.

C’est pour toi.

Un morceau de lave, ramassé dans la dernière colère du volcan, symbole du sentiment qui brûle tout en ce pays de contraste et de passion comme le feu qui a détruit mon coeur.

Je t’en veux.

J’ai le goût de taper dans un sac de sable jusqu’à ce que mes jointures éclatent, qu’elles me fassent si mal que j’en crie de douleur pour ne plus sentir celle qui est là, tapie dans ma poitrine, qui brûle et qui ravage.

J’aurais le goût que tout s’arrête enfin car rien ne change. Rien, malgré le ciel bleu, la douceur du printemps qui s’installe et les mantras positifs.

Je suis prise de vertiges. Pourtant, je suis couchée. Sentiment de panique si intense que je n’ose plus bouger. Le temps s’étire… Mon corps a la raideur d’un gisant. Dans ma tête, c’est le chahut : les questions fusent sans répit, cherchant des réponses, en vain. Elles s’agitent, se bousculent.

Pourquoi t’es pas parti, toi? Pourquoi tu voulais rester, dis-moi! Pourquoi tu t’en vas pas? Pourquoi t’as tout accepté? Pourquoi t’as jamais dit non, jamais dit ça suffit, jamais dit stop! Pourquoi tu m’as laissé sombrer? Chaque jour, plus profond. Chaque jour, un peu plus. Pourquoi t’as rien fait pour empêcher ça? Pourquoi tu mens encore? Pourquoi t’as été lâche à ce point? Pourquoi tu continues de l’être?

En Sicile, les collines sont vertes et luxuriantes, embaument le parfum des citrons, des lauriers roses, bougainvilliers et magnolias blancs. Surprenant pour une île qui ne connaît que vingt-deux jours de pluie par an, cette eau rationnée quotidiennement et si rare que, comme elle leur est envoyée du ciel, les Siciliens l’ont surnommée l’eau bénite.

Revenir à moi. Retourner au jardin. Trouver mon fauteuil, le vieux fauteuil Adirondack rouge, près de l’étang et du parterre de vivaces. M’y asseoir. Fermer les yeux. Respirer.

Le parfum de la menthe emplit tout à coup mes narines. Je me sens vivifiée, stimulée par cette odeur puissante qui s’épanouit dans l’air environnant.

Mon souffle s’étire, s’amplifie. Il crée de l’espace. Le calme s’installe.

Mon attention se porte sur le léger clapotis de l’eau, sur le vert profond des feuilles, sur la fraîcheur de l’air et les frissons qu’il procure sur ma peau. La respiration crée un mouvement dans mon corps; une nouvelle énergie circule. C’est doux et chaud. Mes muscles se détendent. À l’intérieur de moi, ça pétille même. Je souris.

J’ouvre les yeux. Tu es devant moi mais ton visage est flou comme dans un tableau impressionniste. Alors je m’amuse à explorer les frontières entre le visible et l’invisible : ce n’est plus le combat de l’ombre et de la lumière, mais l’encerclement des deux par l’indiscernable. Plus j’essaie de te voir, plus tu deviens vaporeux, intangible, imprécis, approximatif comme toutes les pensées qui me relient à toi deviennent légères, en attente de leur propre disparition. Les marges s’effrangent, les territoires deviennent évanescents. J’accepte la complexité et l’inachèvement. C’est l’heure entre chien et loup, le crépusculaire dont on ne sait jamais, même en l’éprouvant, s’il faut l’interpréter comme la fin d’un jour ou l’annonce d’une aurore.

Les effluves de menthe saturent l’air maintenant. La nuit est tombée, mes yeux ne distinguent plus rien : il est temps de rentrer.

Lié à: le col des contrebandiers.

Tags: ,

Hasta la vista

11 mars 2021

À J.W.K..

“Qu’est-ce que le bonheur ? Le sentiment que la puissance croît, qu’une résistance est en voie d’être surmontée.”

Friedrich Nietzsche, L’Antéchrist, 1888

.

Il est 2h du matin. Je n’arrive plus à dormir. Ma nouvelle vie sans toi a commencé et j’ai peur. Je ne devrais pas mais je suis terrorisée. Je me suis levée, je suis allée dans le salon pour m’éloigner de toi, pour voir ce que ça me fait maintenant que c’est moi qui ai décidé de prendre du recul. Le silence est long et vide : il me semble si grand et moi, si petite…

J’ai froid, j’enfile un t-shirt; j’ai toujours froid, je tremble. Je tremble tellement fort que mon corps s’agite comme un malade atteint de Parkinson. Tous mes muscles sont contractés. Ça fait mal.

Respire, respire, une fois, deux fois, lentement; encore: une fois, deux fois. Compte jusqu’à 5. Encore, une fois, deux fois, jusqu’à ce que les tremblements s’apaisent et cessent.

Les larmes coulent. Je les laisse couler…

Le chien et le chat m’ont rejointe, ils sont intrigués. Je suis en petite boule sur le divan. Mes bras enlacent mes jambes en position fœtale. Repli. Refuge. Attente.

Tu y es presque. Reste ainsi jusqu’à ce que ton souffle circule librement de la pointe de tes cheveux jusqu’au bout de tes orteils tranquillement, patiemment, qu’il réchauffe chacune de tes cellules, qu’il t’anime.

Le silence se remplit des ronrons du chat et des soupirs du chien. C’est vivant. Je suis plus calme, je respire mieux.

Je suis revenue m’allonger à tes côtés sans te toucher. Le drap trace une frontière entre nous. Pendant un moment, je n’entends plus ta respiration. C’est bizarre : il y a pourtant ton corps sur le matelas de l’autre côté du drap. J’avance mes doigts pour toucher ta peau, elle est fraîche. Tu es bien là. Tu y seras jusqu’à dans quelques heures, jusqu’à ce dernier câlin qu’on se donnera comme un au revoir.

Ça me fait du bien de n’entendre que ma respiration. Je me grise de cet air qui rentre dans mes poumons, que je fais descendre dans mon ventre, dans mon sexe, dans mes jambes, que je dirige où je veux désormais. Je suis le pilote. Je choisis ma destination. Vertige.

Le chat a sauté sur le lit. Il s’est installé sur tes jambes. On n’entend plus que son ronronnement régulier, doux et affectueux. Il choisit toujours son humain. Cette nuit, il t’a choisi, toi. C’est sa façon de te dire qu’il s’en remet à toi durant son sommeil, que tu lui procures de la sécurité quand il est dans son état le plus vulnérable. Ça me rassure. S’il t’a choisi, je lui fais confiance : les animaux ne se trompent pas.

«Tu ne dors pas?»

C’est la petite fille en moi avec sa voix de 4 ans qui t’a répondu : « Non » Un non timide et inquiet. Et elle s’est blottie dans tes bras. Elle a encore peur. C’est normal, c’est nouveau.

Il est 3 heures. Je ferme les yeux. Dans mes oreilles, comme un bruissement singulier, on dirait des piaillements d’oiseaux… non plutôt la stridulation des criquets. Ils chantent, fort! La mer apparaît d’un coup. Les odeurs de la pinède emplissent mes narines. Le soleil caresse ma peau. Je suis bien.

Lié à: le col des contrebandiers.

Tags: , ,

Le costume

2 mars 2021

Je ne peux pas créer un costume pour cacher qui je suis vraiment… Non, je ne peux pas trouver ou créer un costume assez grand, assez beau, assez convenable pour cacher aux autres et à moi-même qui je suis vraiment.

Est-ce pour masquer ma vérité ou pour la dévoiler que je farde mon regard, que je tronque mon visage, que je modifie mon apparence? Qu’est-ce que je cherche?

Je joue avec les filtres, savamment, prétextant une intention artistique et la recherche de la beauté. En vérité, je manipule les images jusqu’à ce que moi, je me trouve belle, là dans ces compositions qui me permettent de toucher à ma vulnérabilité, qui me permettent de lui donner une place pour s’exprimer et exister.

Il n’y a rien de narcissique dans cette démarche, simplement le désir de transgresser la peur d’être telle que je suis, entière, unique, différente et surtout de l’apprécier, de l’accepter.

Quand j’emprunte les costumes de ces héroïnes dotées de super pouvoirs, je porte leurs habits pour me convaincre de la force qui m’habite alors que je pourrais marcher nue, fièrement.

Ma fragilité et ma sensibilité sont ma force. C’est le vrai Moi dont tout le monde tombe amoureux et que j’apprends à aimer… enfin.

Lié à: le col des contrebandiers.

Comme avant

25 février 2021

En mémoire de mon cousin, Jean-Gabriel Damizet

(1970-2021)

Le ciel est par-dessus le toit. Sur la terrasse, il y a une grande échelle qui mène jusqu’à lui. Pendant que Brigitte s’occupe de Sabine dans la cuisine à Salcigneux, toi et moi, nous projetons une grande expédition : et si on grimpait là haut? Ouai 😀 si on grimpait tout en haut… pour voir le monde? 

Nous avons à peine 4 ans mais déjà de grandes ambitions! C’est décidé : je monte la première, tu m’encourages quelques barreaux plus bas. Arrivée à la lisière du toit, je te crie : «Monte, viens voir, Biel, c’est beau!»

Aujourd’hui, c’est toi qui as grimpé en premier, c’est qui tu as pris les devants dans le grand escalier, mais Brigitte ne pourra pas venir te chercher et te ramener en bas comme autrefois. Et moi, sur la terrasse, je reste seule et je pleure. 

Notre vie dure ce qu’elle dure mais je ne suis plus vraiment sûre de rien si tu t’en vas.

Tu ne voudrais pas me voir triste et d’où tu es, je t’entends me dire : «Nath, c’est beau! Comme dans nos rêves d’enfants, ouai 😀 c’est beau comme avant.» 

Mais moi, tu vois, j’aimerais qu’on ait encore 4 ans pour que tu me serres fort dans tes bras ou que tu me fasses rire aux éclats comme sur ces photos jaunies où on avait l’air si heureux. J’aimerais qu’on ait encore 10 ans pour que tu chantes sans cesse cette rengaine qui me faisait enrager : «Nataloche, dans sa dodoche mange des brioches!» J’aimerais qu’on ait encore 18 ans pour nous retrouver à Lourdes devant la grotte, fervents. J’aimerais qu’on ait encore 20 ans  pour bosser comme deux potaches studieux, toi, sur tes planches d’anatomie et moi, sur mes thèmes latins. Mais j’aimerais surtout qu’aujourd’hui tu dises au grand portier du paradis : «Désolé, c’est pas mon heure, ils m’attendent en bas. Essai manqué, on se reverra plus tard!» 

Reviens, Biel, s’il te plait, reviens juste une minute, une dernière fois : j’ai besoin de voir tes yeux bleus couleur de mer. 

Reviens, Biel, s’il te plait, reviens juste une minute, une dernière fois : j’ai pas eu le temps de te dire à quel point j’étais fière de toi. 

Reviens, Biel, reviens comme dans nos rêves d’enfants. 

Reviens Biel, tu me manques tellement.

Lié à: le lac bénit.

Tags:

Un beau coeur

24 janvier 2021

Voici une allégorie inspirante. Je n’en suis pas l’auteure. Je l’ai entendue dans une conférence où intervenait Yannick Alain. Je la retranscris ici.

Il était une fois dans un village un jeune homme qui attirait les regards de tous les passants sur lui, car il s’écriait à pleins poumons: « J’ai le plus beau cœur au monde ! Qui aimerait voir mon cœur ? J’ai le plus beau cœur au monde ! Oyez ! Oyez ! Approchez ! Je m’apprête à vous montrer le plus beau cœur au monde. »

Il criait si fort et avait l’air tellement convaincu de posséder un trésor avec ce coeur qu’il disait incomparable que, peu à peu, les gens, intrigués et voulant voir ce phénomène, s’attroupèrent autour de lui. Bientôt des centaines de villageois l’entouraient et, lorsqu’il y eut assez de personnes, le jeune homme plongea la main dans son manteau et il en sortit son cœur.

Les gens furent très surpris parce qu’effectivement, le jeune homme avait raison : c’était le cœur le plus éclatant, le plus brillant qu’ils aient jamais vu. Sa couleur était exceptionnelle, sa forme sans aspérité, sans aucune égratignure, sans aucune imperfection. Les gens étaient vraiment très impressionnés et tous étaient unanimes. Bref, les éloges pleuvaient : c’était une véritable merveille!

Le jeune homme était très fier et se vantait encore plus de son cœur parfait. Cependant, alors que personne ne s’y attendait, une voix s’éleva dans la foule : « Mon cœur est plus beau que le tien, jeune homme! ».

Les villageois se demandèrent qui avait osé prononcer ces paroles incroyables et cherchaient dans la foule l’impertinent. Ils aperçurent alors un vieillard dont la mine était sans prétention. Tous le regardaient avec cet air de dire : « Comment cet homme peut-il prétendre avoir un plus beau cœur que celui de ce jeune garçon? » Et le jeune de dire : « Si votre cœur est plus beau que le mien, vieil homme, et bien, venez-nous le montrer. »

Alors le vieil homme s’avança d’un pas lent mais assuré jusqu’au centre de la foule et lentement entra la main dans son manteau et en sortit son cœur. À la vue du coeur du vieillard, le jeune éclata de rire : « Sauf votre respect, vieil homme, comment pouvez-vous dire que votre cœur est plus beau que le mien? Certes, il bat puissamment mais il est plein de cicatrices! Il est tout irrégulier, tout rapiécé et ses coins sont déchirés. Il y a même des endroits où il manque des morceaux. Non, sérieusement, vous plaisantez?! Votre coeur est dans un triste état! Vous ne savez pas ce que vous dites. »

Les villageois partageaient l’opinion du jeune homme : non mais vraiment, ce vieillard avait perdu la tête!

Le vieil homme les regarda tous avec beaucoup d’amour et dit : « Oui, tu as raison, mon jeune ami : ton cœur est en effet très beau, mais je ne voudrais pas l’échanger avec le mien. Tu vois sur mon coeur chaque cicatrice, chaque égratignure représentent une personne à qui j’ai donné mon amour : ce sont toutes les fois où j’ai aimé et que j’ai peut-être été déçu, blessé ou que ça n’a pas fonctionné. Chaque morceau rapiécé que tu vois, ce sont toutes les fois où j’ai donné un petit morceau de mon cœur à quelqu’un d’autre et, en échange, il m’a retourné un morceau du sien. Ces accrocs, c’est moi qui les ai faits lorsque j’ai déchiré des morceaux de mon cœur et que je les ai donnés. En retour, certaines personnes m’ont donné un morceau de leur cœur mais ces morceaux ne sont pas exactement les mêmes. Les coins sont déchirés, je suis d’accord avec toi, mais cela me rappelle que nous avons partagé de l’amour les uns pour les autres.

Les trous que tu vois, jeune homme, ce sont toutes les fois où j’ai pris des risques, où j’ai cru en mes rêves, où j’ai cru en moi et que j’ai osé les réaliser et que ça n’a peut-être pas fonctionné. Ce sont aussi toutes les fois où j’ai donné un morceau de mon cœur à quelqu’un d’autre, mais qu’il ne m’a rien donné en retour. Ces échecs ont laissé des trous. Ce sont les trous que tu vois là. Donner son amour comporte des risques. C’est pourquoi ces trous restent ouverts. Cela me rappelle que j’ai de l’amour pour ces gens. Un jour, ils reviendront peut-être pour y mettre leur pièce.

Alors, lorsque je regarde mon cœur, jeune homme, je vois un cœur qui a aimé, je vois un cœur qui a risqué, je vois un cœur qui a donné. Vois-tu maintenant ce qu’est la vraie beauté ? »

Le jeune homme ne savait que dire et des larmes coulaient le long de ses joues. La foule aussi était émue. Alors le jeune homme prit son cœur dans sa main et en déchira un morceau. Il l’offrit au vieillard avec des mains tremblantes. Le vieil homme prit le morceau, le déposa sur son propre cœur. Il en prit un morceau à son tour pour combler la plaie dans le cœur du jeune homme. Ce morceau ne s’ajustait pas parfaitement au trou dans le coeur du jeune homme, mais ce dernier regarda son cœur qui n’était plus parfait, et il le trouva beau, beaucoup plus beau qu’auparavant parce que l’amour du vieil homme circulait dans son propre cœur.

Lié à: le lac bénit.

Tags: ,

Est-ce moi

22 janvier 2021

À J.W.K

« Chase what you know

Cover your weave

Jump in the fall

Follow that sea

Chase what you know (You’ll be the only one)

Cover your weave

Jump in the fall»

Hope, Blood orange

Est-ce moi

mon visage mon regard mes grands yeux verts

mon sourire ma petite voix d’enfant mon accent désopilant

Est-ce moi

mon rire spontané et contagieux mes manies «so peculiar» mes délicates attentions

Est-ce moi

ma peau mes lèvres mes hanches pleines mes seins généreux mon sexe

Est-ce moi

ma fragilité déconcertante mon désir irrésistible mon amour infini

Est-ce moi

dans ton regard quand le sommeil t’emporte

dans tes oreilles quand la nuit étouffe tous les autres bruits

Est-ce moi

dans ta bouche dans tes mains dans tes bras

quand tu rêves

Est-ce moi

ce matin demain encore une fois et une autre

Est-ce moi

et puis seulement une

une dernière fois

plus jamais?

Lié à: le col des contrebandiers.

Tags: , ,

Page 1 of 712345»...Last »