Cela ne peut pas être tout ce qu’il y a

16 août 2023

À Jonathan

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Souffle brusque du vent indocile

Qui n’en fait qu’à sa tête

Acrobates patientes ou esclaves serviles, les herbes courbent l’échine

S’agitent et s’affolent sans répit 

Dans une danse qui s’affranchît du tempo

Une horde hirsute et indisciplinée assaille mon visage où s’enferme mon regard 

Moi, debout sur la rive, je m’enracine

Mes deux pieds plantés en X

Je suis là 

Le coeur dynamité

Les pensées qui s’arrachent comme un Boeing dans le ciel

Les cris ravalés plus profond que ma gorge

Dans mon ventre où je voudrais qu’ils s’abîment
Une ambulance passe

Sirènes hurlant et gyrophares clignotant

Mais la douleur occupe mes oreilles 

Il en faudrait cent mille pour remplir le silence

Serait-ce assez pour braver le vide?
Je suis insensible 

Aux froufrous des feuilles

A la lumière du fleuve 

A la chaleur du soleil

Au bonheur des passants
Cette chienne, la salope jubile

La mort m’a prise par surprise.

Lié à: le roc d'enfer.

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Amour en rade

27 décembre 2022

À Kennedy

[…] c’est la fin du début.

Kennedy – Différent

Mes rues sont pleines de rêves morts et d’étoiles écornées 

Poussés par le vent malin, certains trouvent encore la force de rouler 

Sur le sol, évitant les ornières, les faux pas ou les Passe ton tour

J’écoute le souffle du matin

Bruissement des mots du ciel quand mes pieds froissent les feuilles à terre

Un chemin s’ouvre : une lame de lumière fend l’onde mobile

Rien n’est sûr ici-bas

Même pas le pont qui relie les rives

Même pas les arbres dont les racines courent sur la grève 

Même pas ces feuilles immobiles en haut des érables

J’imagine leur chute

Lente descente programmée?

Comme nous

Qui a décidé que c’était terminé?

Sur la branche, il n’en restera bientôt qu’une

Résistance inutile 

Est-elle fière d’être la dernière ou pense-t-elle à décrocher?

Solitude amère

Qu’est-ce qui reste, après tout?

Je sais

Toi aussi 

Tout le monde

Qu’à travers l’épaisseur tremblante du brouillard 

Sans clé des songes, point de salut

Et puise l’amertume 

Oublie l’étincelle

La vie, l’espoir au creux des mots

Le sablier de mes nuits ne t’attendra plus.

Lié à: le col des contrebandiers.

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Memory leaves

11 juillet 2022
La jeune à la perle. Dessin adapté de la toile de Vermeer (1665)

À Williams E. M.

« L’art nous est donné pour nous empêcher de mourir de la vérité. »

NietzscheLa Volonté de puissance

Cette nuit-là, il n’y avait pas de nuages dans le ciel du festival.
Et rien de ce qui a existé
N’existerait
Jamais plus.

Cette nuit-là, il y avait le jazz de Masego, la chaleur du saxophone et les cris des fans dans la foule.

Sous les spotlights, en avant de la scène,
Un point qui se détachait comme le ciel, l’eau, la mer, l’air ou l’espace.
Un petit point bleu turquoise,
Ma robe ample et mobile comme une invitation au voyage.
Ma robe bleu serein comme, lorsque, tranquille,
On est en partance pour des rêves par-delà les paupières 
Ou des illusions sans frontières.

Cette nuit-là, c’était l’été, on s’évaderait.
Cette nuit-là, je prierais Dieu, mais ce serait pour rien.
Pourtant, des roses pleuvraient bien du ciel.
Et des billets de 100$ venant d’un royaume qui n’existait pas me permettraient les fantaisies les plus folles. 

Pick-up : la batterie casse enfin le silence.
Puis clé sur clé, la mélodie remplit la salle.
Et enfin sa voix qui crève l’air
Et installe le groove
Pendant que tournent les loops, s’enchainent les couplets et les Da-Di-La-La des refrains.

J’ai fermé les yeux pour tout absorber sans limite.
Pendant des heures, j’ai chanté à tue-tête des ritournelles vives.
Battu le tempo en agitant le bras au-dessus des têtes.
Comme des milliers de hampes supportant les figures.

Avec la foule, j’ai chanté ces rimes qui parlaient de nous.
Mon corps a marqué la cadence suivant les variations de la gamme.

Mais en moi, toutes les cordes ont rompu.
Mes yeux ne savent plus déchiffrer la partition.
Mes mains sont incapables de jamer.

Mes pieds, toujours en retard d’une mesure.

Ad lib. 

Fill, Fla, Tadow.
C’est là que je t’ai vue.
En fait, plutôt lui que j’ai reconnu dans la foule bigarrée qui se ruait dehors. 

De toi, pour être précise, je n’ai aperçu qu’un turban et un visage.
Celui d’une autre plutôt, qui n’est ni toi ni l’autre.
Ce visage, qui n’est, chaque fois, ni tout à fait le même ni tout à fait un autre. 

Au milieu des corps portée par le rythme, toi, tu étais immobile,
Regardant droit devant
Fixant je ne sais quoi.

Ton visage impassible contrastait avec les sourires radieux.
Les lèvres serrées, étais-tu fâchée ou triste?
Tu avais l’air d’arriver d’un autre temps.
Une soie mauve, savamment enroulée sur ta chevelure qu’on devinait abondante sous le tissu mordoré. 

Dans cette agitation, alors que les mots jaillissaient tout autour,
Rebondissant sur les rondes et virevoltant sur les croches,
Anita, as-tu entendu le silence du battement de mon coeur?
Mon coeur qui a figé alors que ma main s’agitait.

Toi, ce n’était pas moi que tu regardais puisque moi, je n’étais pas là.
Non pas là.
Pas là du tout.
Pas même un petit peu.
Même pas le temps d’un silence, d’une blanche ou d’un soupir. 

Plus là pour lui qui te suivait.
Plus là pour lui qui m’ignorait.

Plus là pour lui qui fuyait mon salut.

Dans la lumière crue des néons, j’ai vu ta peau chromatique
Luisant comme le visage de la jeune fille de Depht,
Clair, lumineux, tendre et doux,
Anita, ton visage semblait éclairé de l’intérieur. 

Dis, Anita, étais-tu heureuse ou triste? 
Oh, Mon Anita, dis-moi, de quelle couleur sont tes yeux? 
Sont-ils marrons, verts ou bien bleus? 
Anita, Oh, dis-moi, ton café? Comment tu le bois?

Qui étais-tu?
Je pose la question pourtant je ne devrais pas : tu es si familière :
Petit portrait de 15 par 17.
Composition et couleurs très simples : du bleu, de l’ocre, du jaune.
Quelques traits, peu marqués, fondus : la ligne du nez, invisible.

On doit t’imaginer. 

Pourtant, sur la toile, il y a bien une jeune fille qui regarde par-dessus son épaule; elle est coiffée d’un turban exotique et porte une perle à l’oreille que frappe une source de lumière lointaine. 

Une jeune fille
Inquiète, intrigante, mystérieuse
Curieuse, jeune, perdue
Énigmatique, surprenante, volontaire

C’est un idéal sur un fond noir : symbole ambigu de pureté ou de vanité? 

Une jeune fille
Belle, désirable, sensuelle
Amoureuse, tendre, triste

Une jeune fille
Bonne, dévouée, douce
Lumineuse, passionnée, vive
Paisible, simple, vraie.

Pourtant, l’essentiel nous échappe toujours : regarder n’est pas voir…

LA SI DO, j’ai improvisé un solo.
Avant qu’arrive le sol, je me suis rattrapée, j’ai changé de ton jusqu’à la dernière note.

FA MI RÉ, c’est le dernier accord, plus une croche sur la portée.

LA SOL MI, le pont est franchi. 
Coupe le son.

La chanson est finie.

Memory leaves

Lié à: le col des contrebandiers.

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Never siempre

23 avril 2021

À J. W. K.

Hoping for a life more sweeter
Instead I’m just a story repeating

Sweeter – Leon Bridges

Et toi, tu dors
Du sommeil du juste
Tranquille et lisse
Pourquoi en serait-il autrement
D’ailleurs
Pourquoi troubler ton souffle si doux
Pourquoi t’alarmer
Pourquoi
Pour quoi
Tu es si jeune.
Moi, j’ai les yeux qui roulent
Sur la peinture défraîchie du plafond
Attendant l’aube
De désirs en délires
Avec l’envie rêveuse et vorace
Avec l’esprit tranchant comme un glaive
Avec l’espoir d’un jour nouveau
Qui ne viendra pas.

Lié à: le col des contrebandiers, le roc d'enfer.

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Est-ce moi

22 janvier 2021

À J.W.K

« Chase what you know

Cover your weave

Jump in the fall

Follow that sea

Chase what you know (You’ll be the only one)

Cover your weave

Jump in the fall»

Hope, Blood orange

Est-ce moi

mon visage mon regard mes grands yeux verts

mon sourire ma petite voix d’enfant mon accent désopilant

Est-ce moi

mon rire spontané et contagieux mes manies «so peculiar» mes délicates attentions

Est-ce moi

ma peau mes lèvres mes hanches pleines mes seins généreux mon sexe

Est-ce moi

ma fragilité déconcertante mon désir irrésistible mon amour infini

Est-ce moi

dans ton regard quand le sommeil t’emporte

dans tes oreilles quand la nuit étouffe tous les autres bruits

Est-ce moi

dans ta bouche dans tes mains dans tes bras

quand tu rêves

Est-ce moi

ce matin demain encore une fois et une autre

Est-ce moi

et puis seulement une

une dernière fois

plus jamais?

Lié à: le col des contrebandiers.

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L’ancestrale

23 août 2020

Ce poème a été composé par mon papa, Robert Couzon, le 21 août 2020, touché par mon émotion au moment de quitter pour toujours cette maison dont la restauration a été toute une aventure. Merci à tous les artisans et amis qui m’ont aidée et soutenue dans cette entreprise audacieuse mais tellement riche d’apprentissages de toutes sortes.

L’ancestrale

Du ciel est tombée une larme
Au toit pointu de ma maison.
Il est rompu, soudain, le charme
Qui l'habitait, chaque saison.
J'avais mis dans son cœur de pierre
Mes joies, mes peines et mes passions.
J'y ai aimé, hors les frontières
Et même plus que de raison.
Quand le vent froid et les tempêtes
Nous jetaient sous sa protection,
Je savais que la maisonnette
Avait vu pires conditions.
Si ses murs avaient la parole
Pour nous livrer tous leurs secrets
Ils en diraient des choses folles
Portées loin par un vent mauvais.
Mais aujourd'hui, moi, je te pleure
Dans un dernier regard lointain
En ne gardant que le bonheur
Que tu m'offrais chaque matin.

Lié à: le Suet.

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À l’aube de ta bouche

27 juillet 2020

À J. W. K.

Heureux les amants séparés
Et qui ne savent pas encor’
Qu’ils vont demain se retrouver
Heureux les amants séparés

Heureux les amants épargnés
Et dont la force de vingt ans
Ne sert à rien qu’à bien s’aimer
Heureux les amants épargnés

Heureux les amants que nous sommes
Et qui demain loin l’un de l’autre
S’aimeront s’aimeront
Par-dessus les hommes

Heureux, Jacques Brel

J’ai marché sur le chemin dans la lande déserte en direction des falaises de craie. Leur blancheur immaculée sous la Lune faisait comme un linceul qui se dressait contre les flots noirs de l’océan. Il y avait le vent agitant les bruyères et sifflant sur l’écume. Il y avait le tumulte de la nature sauvage et indomptée. Il y avait mon coeur battant la chamade. Que trouverais-je au bout du chemin? Quel avenir pour moi, désormais?

Une étoile avait brillé plus fort un court instant dans le ciel. Était-ce le signe de la mort d’un monde ou l’étincelle qui précédait la naissance d’un nouveau?

Je marchais lentement, sans craindre la morsure du vent sur ma peau à peine couverte ni les bruits étranges et inquiétants qui surgissaient de nulle part. Tu m’avais donné rendez-vous.

Sur le chemin sinueux qui menait à la baraque, mes sandales laissaient leurs empreintes quelques instants : des traits en forme de flèches qui n’indiquaient qu’une direction. Avancer, un pas devant l’autre, portée par la patience; encore quelques mètres et j’y serais.

La chaumière était là depuis des centaines d’années, tenant encore debout, malgré tout. Elle avait une allure singulière avec ses murs légèrement inclinés, ses volets bleus dépareillés et son toit de chaume dans lequel les linottes avaient fait leur nid. À l’intérieur, ses murs étaient imprégnés de l’odeur des embruns et la fraîcheur qui y régnait apaisait les esprits les plus échauffés.

Tu m’attendais, assis sur le petit banc de pierre, ta silhouette se découpait sur le mur de grès. Calme et silencieux comme à ton habitude, ton regard suivait ma progression. Chacun de mes pas me rapprochait de ton désir.

Plus qu’un mètre. Je me suis arrêtée. Tu t’es levé. Nous sommes restés un long moment nous fixant intensément, sans dire un mot. Le vent faisait danser l’étoffe de ma robe me donnant l’aspect irréel d’une fée. Tu as dit : «Tu es belle, Pili Pili, et la Lune donne une couleur plutôt jolie à tes cheveux.»

Tu m’as tendue la main et m’a attirée contre toi et puis tu m’as enveloppée de tes bras. Il faisait bon, là… Mon nez dans ton cou, ma tête contre ton épaule forte et rassurante. Mes yeux se sont mouillés. J’étais comme une enfant avec un chagrin si grand… Tes bras m’ont serrée plus fort, ta main caressait doucement mes cheveux. «Laisse-toi aller, Alice. Tout va bien maintenant. C’est fini. Tout va bien aller maintenant.»

Tu m’as portée jusqu’à la chambre. Lentement, tu as fait glisser ma robe. La pâleur de ma peau contrastait avec l’ébène de la tienne. J’ai pris ton visage entre mes mains comme un joyau précieux. «Tu es beau.»

J’ai posé mes lèvres délicatement sur les tiennes et je les ai embrassées. J’ai pris mon souffle à l’aube de ta bouche. Dans nos regards, le reflet étourdissant d’un amour fou.

Et puis… les minutes et les heures ont tourné sur le cadran de la vieille horloge de la cuisine. Seul le carillon marquait le passage du temps. Nous, on s’en foutait du passé. On se conjuguait au présent et au futur. On se buvait, on se dévorait, on n’était plus qu’un jusqu’à ce que la jouissance nous laisse pantelants, mais repus, comblés.

Nous avons traversé la nuit et le jour ainsi. Et puis d’autres encore….

Avant de nous quitter, je t’ai demandé de ma petite voix : «C’est ça, vivre d’amour et d’eau fraîche ? » Tu as répondu avec un baiser.

Je n’avais jamais connu un tel bonheur.

Lié à: le col des contrebandiers.

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La main sur ton coeur

1 septembre 2017

À B. K.

Toi, qu’as-tu fait?

 

La main sur ton coeur

tu avais promis…

 

La main sur ton coeur

tu avais dit

les plus doux

les plus beaux

les plus joyeux

les plus lumineux des mots.

 

Toi, qu’as-tu fait?

 

La main sur ton coeur

il avait cru tes promesses.

 

Toi, qu’as-tu fait?

 

La main sur ton coeur

il avait cru

les plus doux

les plus beaux

les plus joyeux

les plus lumineux des mots.

 

Aujourd’hui

tous les mots

les plus doux

les plus beaux

les plus joyeux

les plus lumineux

tous les mots

ont perdu leur sens.

 

Aujourd’hui

les plus doux

les plus beaux

les plus joyeux 

les plus lumineux

sont vides

sont vains

plus aucun ne fait écho

dans son coeur.

 

Tu les as trahis

les plus doux

les plus beaux

les plus joyeux

les plus lumineux des mots.

 

Tous les mots

tu les as trahis.

 

Pourtant

la main sur ton coeur

tu les avais dits.

 

Pourtant

la main sur ton coeur

rappelle-toi la main sur ton coeur

tu avais promis…

 

Pourtant

la main sur ton coeur

rappelle-toi la main sur ton coeur

il les avait crus.

 

Aujourd’hui

la main sur son coeur

j’y cherche l’espoir d’un battement

un battement sans prétention

un battement sans ambition

un simple battement de vie

un battement d’espoir

un battement d’aile pour provoquer le grand changement.

 

Toi, que fais-tu?

 

N’entends-tu pas

au-delà de l’océan

sa douleur

qui gronde et tempête

sa douleur

qui brûle et ravage

sa douleur

sa douleur.

 

J’ai ma main sur son coeur.

J’ai sa main sur mon coeur.

 

Rappelle-toi la main sur ton coeur.

 

 

 

Lié à: le roc d'enfer.

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Vingt… plus une pensées poisseuses d’une perverse narcissique

3 mai 2013

 

Ce texte a été écrit pour participer au Grand Prix de poésie de Radio-Canada.

Je me rends compte à quelque trente minutes avant la clôture des inscriptions que je n’ai pas envoyé de texte alors que je voulais le faire. Il fallait faire parvenir un poème ou un recueil de poèmes en vers ou en prose dont la longueur totale était comprise entre 400 et 600 mots. À 23h 55, mon texte est écrit, il compte 400 mots pile. Je transmets par voie électronique le tout à 23h57. Je respire… À minuit deux, je prends le temps de lire les règlements et je m’aperçois que le texte sans le titre devait avoir un minimum de 400 mots! Mon titre originel en comptait six… Mon texte fut donc disqualifié pour non-respect des règlements… Cela m’a donné l’occasion de le retravailler et de le publier dans mon espace personnel 😉

 

Vingt… plus une pensées poisseuses

d’une perverse narcissique


1. Vénérer les vernissages pour la flagornerie du flatteur qui y traine ses révérences éculées, sa langue sale et ses caresses de carnassier.

2. Tramer des complots malhabiles dans les arrière-cuisines là où se cachent les mal-aimés qui offrent leur panse aux puissances caverneuses.

3. Aviver une démente mais risible rancune pour le prix de son âme et de celle des autres. Tant pis! Qu’ils crèvent tous en enfer! Satan rit déjà… Ah! Ah Ah!

4. Mépriser la joie de vivre parce que le destin nous fait un pied de nez avec la bouche en cul de poule et qu’il a pris le mors aux dents.

5. Crier à tue-tête des insanités au voisin qui plante ses poteaux bleus même en été, symbole de l’hiver qui ne finit jamais dans ce pays blanc et froid.

6. Déguiser les poteaux en épouvantails à moineaux pour en oublier la laideur.

7. Avaler tous les soirs une pilule magique pour dormir comme la belle au bois dormant dont le prince ne porte définitivement pas de chapeau.

8. Se battre pour la justice parce qu’après tout le sang de Gavroche n’aura pas coulé pour rien sur les barricades des boulevards parisiens.

9. Gaver des cochons gras, sans même avoir l’opportunité d’en faire des saucissons.

10. Se souvenir qu’il n’y a pas qu’Hamlet qui trouve que quelque chose est pourri dans le royaume du Danemark.

11. Écrire des lipogrammes pour se vider le coeur : vil rêve ni mièvre ni tiède, ni intense ni immense…  Le rêve… Est-il ici en cette ville? Menteries! Pipes insipides : vide, le rêve!

12. Crier, lever le fer, blesser le silence à coup d’épées dans l’air tandis que les moulins, ailes dans le vent, sans relâche, continuent de moudre le grain se fichant pas mal des illuminés, inspirés ou pas.

13. Avoir la tête enflée et se jeter des fleurs parce que son nom apparait en manchette du Monde.

14. Tweeter les url qui feront de soi une star.

15. Filer vers minuit dès que le fil du temps glisse vers le lit du fleuve et dessine sur l’écume impétueuse, ivre de désir, ses lèvres…

16. Se jeter du haut du cap : dangereux? Ardu? Suspect? Même pas! Superbe et exaltant! Ne pas le retrouver en bas, c’est surtout ça!

17. Marcher sur des oeufs et s’écraser sur le plancher.

18. Relire les 8414 tweets écrits depuis trois ans pour trouver l’inspiration.

19. Boire du vin, une coupe, une autre, puis ne plus compter parce qu’en être incapable.

20. S’aimer.

21. Persévérer et signer parce que tout est dit et que rien ne vaut de continuer.

 

 

Première version, le 1er mai 2013, Minuit moins 5

Deuxième version, le 3 mai 2013, 9h52

 

Lié à: le roc d'enfer.

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Une question d’amour

6 avril 2013
Bien placés bien choisis
quelques mots font une poésie
les mots il suffit qu’on les aime
pour écrire un poème
(Raymond Queneau, « Pour un art poétique », III)

 

 

Dire des mots qu’on aime, en ribambelles, pour le plaisir… Comme un bonbon, laisser les consonnes fondre contre les dents, les voyelles glisser sur la langue, les diphtongues caresser le palais, les rrrr roucouler, les fff frissonner, les mmm se pâmer…

Se délecter des saveurs incomparables, des arômes qu’ils dégagent; se laisser habiter par l’émotion et accéder à nos sentiments les plus profonds… Les bons comme les mauvais… parce que, des fois, aussi les mots tempêtent, se gonflent, s’empêtrent, se déchainent! Coups de machettes à couteaux tirés. Coupent, coupent! Taillent, taillent! Cisaillent et font mal, les  ssss assassins, les iiiii stridents, les nnnnn comme des nons qui fracassent, les bbbb qui bégaient, et tombent, et chutent, et ne se relèvent pas. Blessure fatale.

Quand on me fait mal avec des mots, moi je me dis des mots que j’aime, en ribambelles, pour que le plaisir revienne… Que la morsure s’atténue et disparaisse… Comme un bonbon, je laisse les consonnes fondre contre mes dents, les voyelles glisser sur ma langue, les diphtongues caresser mon palais, les rrrr roucouler, les fff frissonner, les mmm se pâmer… Et la magie opère : les syllabes se lient, s’arabiscottent et s’étonnent : «Tiens comme vous êtes jolie, comme vous me semblez belle! Voudriez-vous m’accorder cette danse jusqu’à la prochaine virgule? Allez, un petit french avant l’exclamation», susurre un coquelicot en pamoison…

Pour me consoler des mots, je fais un poème.  Bref ou non, je plonge dans l’extrême, j’extirpe le vilain, je cherche des mots que j’aime. Des mots doux pour panser mes blessures. Des mots sucrés pour retrouver mon sourire. Des mots câlins comme une berceuse pour m’endormir : saugrenu, colimaçon, pâquerette, éclectique, illumination, hurluberlu, hasard, aphrodisiaque… Je les sors du dictionnaire pour qu’ils virevoltent dans une phrase toute pimpante et rutilante; une belle phrase, une phrase qui touche le coeur et l’âme, une phrase comme un grigri, une phrase qui guérit…

Et sous les ponts coule ma peine
Il m’en souvient, c’était hier
Demain déjà luit
Un oiseau chante
Ma joie est pleine

Lié à: le plateau de Beauregard.

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Manipulation d’images et de sonorités

13 juin 2012

En ce bel après-midi de juin, j’ai eu la chance de suivre un atelier avec un ancien élève de l’école secondaire Jean-de-Brébeuf, Aly Ndiaye alias Webster qui venait rencontrer les élèves de 5e secondaire de cette même école située à Limoilou (Québec).

Après quelques précisions sur son parcours personnel et sur des éléments-clés utilisés dans l’écriture des textes de ses chansons, suffisance des rimes et allitération notamment, Webster nous invite à nous laisser porter par le tempo d’une mélodie pour nous stimuler la muse durant 10 minutes consacrées à l’écriture spontanée d’un texte suivant une consigne précise qui nous permet de jouer avec la manipulation des images et des sonorités, chère à Webster dans la composition de ses chansons.

Webster fait piger au hasard dans le dictionnaire un mot. Il s’agit de «détournement». Ensuite, on trouve des mots qui riment avec ce dernier. Webster les inscrit sur le tableau et nous invite à composer un texte où ce mot figurera ainsi que d’autres rimant avec lui.

 

Voici donc le texte que j’ai écrit pour ce premier défi.

 

Sur la lame infinie de la vague

Vois le radeau de mon âme qui divague

Catastrophe humaine, voie de détournement

Vide, abîme, silence, rouleau blanc sans plus de déroulement

T’as beau lancer ta ligne

Y a pas un poisson qui s’enligne

Fatal, fatal, fatalité

T’es mort sans même avoir péché.


 

Le deuxième défi auquel Webster nous a conviés était de jouer avec les figures de style, les plus simples, la comparaison et la métaphore, en s’inspirant du thème de la nature.

Et ça a donné ça :

Croque-matin

Si la Terre était une orange

Les hommes seraient des pépins.

Petites pépites de couleur

Qui enchantent le décor

Comme des grains de café aux arômes variés

Le matin à mon petit déjeuner.

Je sens la palme de ton corps onduler

Sous la paume de ma main éveillée

Ta peau s’électrise…

Sensualité qui attise

Le désir

Je me tais.

Censuré!


 

Enfin, pour clore l’après-midi, il fallait parler d’un personnage célèbre fictif ou réel en ne prononçant jamais son nom, mais en le faisant deviner par le jeu des périphrases et des référents culturels.

Alors qui suis-je?

Je suis connu comme la peste

Personne me parle

Tout le monde me déteste

J’ai les dents longues et le poil hirsute

La voix rauque et une gueule de brute

Je suis grand

Je suis méchant

J’aime la chair tendre et rose

Des cochons

Du chaperon

De tous ceux qui osent

Entrer dans le bois

Sans fusil, sans chien , sans foi ni loi.


Lié à: le plateau de Beauregard.

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Pour faire le portrait d’une maison

2 juillet 2011

 

 

Pour faire le portrait d’une maison

 

 

 

Esquisser rapidement un habitat

avec des murs translucides

avec des parfums qui éveillent les sens et l’appétit

S’y laisser inviter et la visiter, les yeux fermés

La deviner avant de la découvrir

Inventer ensuite un jardin enchanté

qui soit inutile, grandiose, fabuleux

où peuvent se perdre nos esprits et nos yeux

Étendre sur le sol des tapis chamarrés, doux et confortables

Y disposer des coussins moelleux pour le repos

Allumer un feu pour la veillée

Prendre une cuillère, un violon, quelques rimes et notes enjouées

 

Voici, par ordre d’implication, la liste des participants de #PFPmaison

@nathcouz, @Aurise, @Lise_Goulet

 

 

 

Lié à: le Suet, Pour faire le portrait d'une maison.

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Pour faire le portrait d’un ami

2 juillet 2011

 

Pour faire le portrait d’un ami

 

 

 

 

Imaginer d’abord un individu

avec un coeur immense

avec des défauts rigolos

avec un regard sur le monde qui perturbe le vôtre

Imaginer ensuite une main tendue en toute occasion

De son ombre derrière chercher où porte son regard

l’accueil inconditionnel, la générosité à fleur de peau

sans attentes plurielles, sans malice aucune

Pour l’ami, placer en retrait de votre âme une nourriture pouvant le sustenter

Peindre un décor propice aux connivences : petit café, banc de parc, sentier de forêt en ville

Cultiver dans ce cadre les fleurs de la confiance

Témoigner silencieusement de beaucoup de patience

Laisser aussi pousser quelques fleurs rebelles et sans nom

Manifester discrètement le plaisir d’être ensemble

Apprécier le temps des silences complices

Parfois l’ami s’éloigne, il se perd, il s’égare

Ne rien faire

Ne rien dire

Ne pas juger

Attendre

Puis oblitérer sans brusquerie une à une les conditions qui ont forgé cette amitié

 

 

Voici, par ordre d’implication, la liste des participants de #PFPami :

@Aurise, @JF_Giguere, @nathcouz, @GilbertOlivier, @Lise_Goulet


 

Lié à: le Suet, Pour faire le portrait d'un ami.

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Pour faire le portrait d’un pays

2 juillet 2011

 

Pour faire le portrait d’un pays


 

 

Évoquer longtemps un espace

avec des rêves infinis

avec des aventures de défis

avec des camarades bénis

Pour les voyageurs

Imaginer ensuite des maisons

où se marient les accents et les couleurs

où s’entrelacent les esprits et les coeurs

Accepter que la toile ne sera pas assez grande

qu’elle en délimitera des frontières

Petite ou grande, elle sera abri et refuge

où s’inspirent peintres et auteurs

où vibrent les musiciens, les poètes et les conteurs

où la vie bigarrée sans malice incruste le paysage

Cela peut prendre un certain temps : ne pas s’en étonner

 

Voici, par ordre d’implication, la liste des participants de #PFPpays

@francoisbourdon, @Aurise, @Lise_Goulet, @GilbertOlivier, @nathcouz


 

Lié à: le Suet, Pour faire le portrait d'un pays.

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Rien ne se perd, tout se transforme.

30 juin 2011

Inspirée par mon amie Monique Le Pailleur (alias @Aurise sur Twitter) et ses défis d’écriture collaborative des derniers mois (FictionBD et FictionTP, Juste des E, Microfictions monovocaliques, Twitteroman sans E) je me jette à l’eau à mon tour, en espérant que les twittérateurs et twiterrateuses (-res) y trouveront une nouvelle occasion de se dégourdir l’imagination et de s’amuser avec les mots, les images, les rimes, les sonorités et… tutti quanti. 🙂

 

Le défi

Il s’agira pendant le long congé de la fête du Canada, soit du 1er juillet à partir de 8h au 3 juillet jusqu’à 16h (heure de Québec), de pasticher collectivement un poème de Jacques Prévert intitulé Pour faire le portrait d’un oiseau. Il s’agit de pasticher en continuité et en tenant compte des tweets antérieurs.


 

Plusieurs thématiques pourront être explorées et vous pourrez les suivre en ajoutant un croisillon particulier pour chacune d’entre elles. Voici bien arbitrairement les thématiques que j’ai choisies :

  • Pour Faire le Portrait d’un ami abrégé sous le croisillon #PFPami
  • Pour Faire le Portrait d’un pays abrégé sous le croisillon #PFPpays
  • Pour Faire le Portrait d’une maison abrégé sous le croisillon #PFPmaison

 

 

Je colligerai les tweets au fur et à mesure qu’ils seront produits et je publierai les pastiches créés durant la fin de semaine sur mon blogue.

 

À vos claviers! Prêts? Poétweetez!

 

 

Lié à: le Suet.

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La survivante

16 mai 2011

à M.G

 

 

 

 

 

Encore une fois

Toujours la même, la même fois

Inlassablement

Se répétant?

 

Faux départ

 

Retour au starting-block

 

Secouer la tête, les bras, les jambes

Oublier les clameurs et les cris

Évacuer la pression

Plonger en soi

Faire le vide

Souffler

 

Se rappeler les écueils

Décomposer ses mouvements

 

Se pardonner l’erreur

 

Se positionner

Se concentrer

 

Attendre le signal

Le corps tendu

Aux aguets

 

Coup de pistolet

 

S’élancer

Recommencer encore une fois

Répéter les gestes inlassablement

Chaque foulée dans l’empreinte des précédentes

 

Fixer le regard loin au-delà de l’horizon

 

Brandir les bras au ciel

Une autre fin

Enfin

 

 

Lié à: le roc d'enfer.

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Si fragile…

11 mars 2011

Le 26 décembre 2004, un séisme se produisit, au large de l’île indonésienne de Sumatra avec une magnitude de 9,1 à 9,3. Ce tremblement de terre eut la quatrième magnitude la plus puissante jamais enregistrée dans le monde. L’Indonésie, les côtes du Sri Lanka et du sud de l’Inde, ainsi que l’ouest de la Thaïlande furent dévastées et le bilan en pertes humaines dépassa les 220 000 personnes. Ce fut l’un des 10 séismes les plus meurtriers et le pire tsunami jusqu’à aujourd’hui.

Suite à ces tragiques événements, mon école avait organisé un spectacle et une campagne pour récolter des fonds et aider les orphelinats de la congrégation des soeurs de Jésus-Marie qui se trouvaient dans ces régions. J’avais alors contribué à ce spectacle en interprétant un slam accompagnée par le violoncelle et le violon de deux de mes élèves très talentueuses, Rosemarie Sabor et Sheila Jaffée. Aujourd’hui, le séisme subi par le Japon réveille en moi le triste souvenir de la composition de ce texte.


Journal

26 décembre
8 heures, à peine
Une vague
Énorme
Terrible
Un raz-de-marée
Sans fin
Déferle
Écrase
Détruit
Avale
Tue

Tsunami

Plus tard
Dans la lumière du petit matin
Décombres
Ruines
Villes dévastées
Immeubles
Routes
Arbres
Déformés, cassés, pulvérisés
Terres ravagées

Tsunami

Visages constellés d’écorchures
Corps meurtris
Esprits ravagés
Cœurs déchirés
Orphelins hagards
Parents en pleurs
Amis disparus
Existences fauchées
Vies arrêtées
Morts injustes par milliers

Tsunami

Tristesse indicible
Émotion douloureuse
Sentiment d’impuissance
Appels au secours
Recherches vaines des survivants
Errance folle
Angoisse insupportable
Désespoir accablant
Solitude inconsolable
Turpitude ignoble
Rage sourde

Tsunami

Mains tendues vers les oiseaux de fer
Regards suppliants
Faim inapaisée
Soif ardente
Attente interminable
Cris oppressants
Images atroces de la misère humaine

Tsunami

Indonésie
Jakarta
Sumatra
Sri Lanka
Thaïlande
Phuket
Inde
Birmanie
Bengladesh
Maldives
Paradis terrestres
En un jour
Anéantis

Tsunami

Lié à: le plateau de Beauregard.

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