La main sur ton coeur

1 septembre 2017

À B. K.

Toi, qu’as-tu fait?

 

La main sur ton coeur

tu avais promis…

 

La main sur ton coeur

tu avais dit

les plus doux

les plus beaux

les plus joyeux

les plus lumineux des mots.

 

Toi, qu’as-tu fait?

 

La main sur ton coeur

il avait cru tes promesses.

 

Toi, qu’as-tu fait?

 

La main sur ton coeur

il avait cru

les plus doux

les plus beaux

les plus joyeux

les plus lumineux des mots.

 

Aujourd’hui

tous les mots

les plus doux

les plus beaux

les plus joyeux

les plus lumineux

tous les mots

ont perdu leur sens.

 

Aujourd’hui

les plus doux

les plus beaux

les plus joyeux 

les plus lumineux

sont vides

sont vains

plus aucun ne fait écho

dans son coeur.

 

Tu les as trahis

les plus doux

les plus beaux

les plus joyeux

les plus lumineux des mots.

 

Tous les mots

tu les as trahis.

 

Pourtant

la main sur ton coeur

tu les avais dits.

 

Pourtant

la main sur ton coeur

rappelle-toi la main sur ton coeur

tu avais promis…

 

Pourtant

la main sur ton coeur

rappelle-toi la main sur ton coeur

il les avait crus.

 

Aujourd’hui

la main sur son coeur

j’y cherche l’espoir d’un battement

un battement sans prétention

un battement sans ambition

un simple battement de vie

un battement d’espoir

un battement d’aile pour provoquer le grand changement.

 

Toi, que fais-tu?

 

N’entends-tu pas

au-delà de l’océan

sa douleur

qui gronde et tempête

sa douleur

qui brûle et ravage

sa douleur

sa douleur.

 

J’ai ma main sur son coeur.

J’ai sa main sur mon coeur.

 

Rappelle-toi la main sur ton coeur.

 

 

 

Lié à: le roc d'enfer.

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Sur mes traces

29 août 2017

À J. A. et B. K.

154, Punta Montgo apte 9, est-ce bien là?…

C’est le jour de ma fête. Jour de l’annonciation. Le soleil est fort, la mer d’un bleu profond. Elle est lisse et rejoint le ciel au point d’horizon sans aucune distinction entre l’une et l’autre comme s’il n’y avait pas de début ni de fin, comme si c’était une métaphore à décoder, comme si tout n’était qu’éternel recommencement.

C’est la tour qui m’a fait signe au loin, là-bas au bout de la baie, petite tâche colorée surplombant les maisons invariablement blanches. Elle se dresse comme autrefois, seule au sommet de la colline. Je me souviens que j’y étais montée avec un paquet d’allumettes. Pourquoi des allumettes d’ailleurs? Je ne me rappelle pas avoir eu envie de faire flamber la garrigue cette nuit-là, même si le brasier  allumé n’aurait rien eu de comparable avec le feu qui me consumait alors. Celui-là ravageait tout sur son passage, m’immolait dans un sacrifice impitoyable, celui de mes amours mortes.

Tu ne m’as pas vue sortir de la maison…

Tu avais tellement peur que je commette l’irréparable que tu m’avais enfermée dans ta chambre. À double tour plutôt qu’un. J’avais attendu que tout soit calme dans la maison et puis je m’étais évadée, sautant du balcon et manquant me rompre le cou. Là-haut, dans la clarté de la pleine Lune, la tour, depuis des siècles repère pour les marins, m’attendait.

Je venais à peine d’arriver à la tour que j’ai entendu ta voix crier dans la nuit. Je t’ai regardé gravir la colline comme un fou, guidé par les flammes, petites lucioles dans la noirceur. Tu courais à en perdre haleine en hurlant mon nom, et puis des «s’il te plait» et des «fais pas de conneries, merde!» J’ai presque trouvé ça drôle…

Tu m’as trouvée assise au pied de la falaise. Très calme. Je brûlais les allumettes. En fait, je les frottais une après l’autre et je les soufflais comme une bougie, sauf que ce n’était pas mon anniversaire.

Tu t’es assis à côté de moi, reprenant ton souffle. Tu as passé ton bras autour de mes épaules. Je ne me souviens plus si je pleurais. Tu m’as certainement dit ce qu’il convenait de dire en de telles circonstances. Que tu étais désolé, que tu n’y pouvais rien, que t’avais pas cherché ça… et puis tu as ajouté que tu m’aimais, mais que tu aimais encore plus ta liberté! Que pouvais-je faire du haut de mes vingt-trois ans contre une maîtresse aussi puissante? Je n’étais pas de taille. J’ai même pas cherché à combattre. J’ai rendu les armes. J’ai capitulé. J’ai serré très fort les allumettes brûlées dans ma main. Je me suis dégagée de ton étreinte et, sagement, j’ai repris le petit sentier qui menait à la maison. Je crois que mon mutisme t’a terrifié encore plus que mes larmes et mes cris de l’après-midi.

Nous sommes rentrés dans la maison. Tu as voulu dormir dans le même lit que moi pour être sûr cette fois-ci que je n’échapperais pas à ta vigilance. J’ai donné le change, je t’ai demandé de me prendre dans tes bras. Après tout, j’étais encore officiellement ta blonde. Tu as dit «oui, bien sûr». Ça te rassurait sur mon état. T’inquiète pas, je vais m’en sortir. C’est pas comme si ça faisait deux ans qu’on se fréquentait, hein? Trois petits mois d’amour, c’est pas grand chose…

Tu m’as dit que j’étais incroyable. Je crois même que tu as dit que j’étais terrible. Que ça te manquerait… Et puis, tu t’es endormi comme une masse. Moi, j’avais ta main sur mon coeur, les yeux grand ouverts, et toujours les allumettes dans ma paume.

Je n’ai pas dormi de la nuit. J’ai imaginé ma vengeance. Patiemment, méthodiquement. Un jour, tu rencontrerais une femme d’une beauté exceptionnelle, chavirante. Des cheveux de geai, des yeux d’un bleu intense. Un corps de rêve, bien entendu. Au premier regard, tu en tomberais immédiatement amoureux fou. Tu quitterais femme et enfants pour la suivre et, quand elle se serait bien assurée de ton amour inconditionnel pour elle, elle t’abandonnerait à ton tour. Sans un mot d’explication. Sans prévenir. Un matin, tu ne trouverais plus rien qui puisse te rappeler qu’elle avait fait partie de ta vie. Tu aurais vécu quelques années avec elle, sans jamais me reconnaître.

Ton bras avait glissé. J’en ai profité pour sortir du lit. J’ai ouvert la baie vitrée. Le feu de mon coeur embrasait le ciel. Avec les allumettes brûlées, j’ai écrit JE T’AIME sur le plancher du balcon. J’ai pris tes clés de voiture. J’ai ouvert la porte. Je suis sortie. Je ne savais pas où j’irais. Le moteur du 4×4 blanc a vrombi. Tu as sursauté dans le lit constatant ma deuxième fugue. Tu t’es précipité dehors. Je t’ai vu gesticuler dans mon rétroviseur et enfourcher ta moto, mais j’étais déjà loin. Quand tu es arrivé au bout du chemin, quelle direction prendre? Gauche? Droite? Tu as certainement dû échapper un «Putain! Fais chier!» Tu es retourné à la maison. Plus tard, t’as appelé tes amis pour leur dire de venir te chercher pour aller surfer, que j’étais partie avec ton char…

J’ai roulé, suivant le chemin qui menait à la plage, celle où je t’attendais durant des heures, assise à te regarder fendre l’écume sur ta planche. Mais ce matin-là, il était si tôt que la plage était déserte. Aucun papillon multicolore ne virevoltait déjà sur les flots. C’était bizarre de me retrouver là sans toi. Comme une incongruité. Aujourd’hui, je sais que l’incongruité, c’était moi. Je n’avais pas de place dans ta vie. Je ne t’avais pas choisi. C’était toi. Tu m’avais eue dans ta mire et avais travaillé sans relâche jusqu’à ce que je cède à tes avances. Tu n’avais écouté que ta chanson et n’avais jamais joué que ta partition. Moi, je manquais les croches et je ne respectais pas les silences. J’étais toujours à contre-temps, jamais dans la mesure, toujours trop vite ou pas dans le ton.

Hier, quand ma soeur a senti qu’il était important pour moi de retourner sur mes traces. Quand mon fils a demandé pourquoi je cherchais à me rendre jusqu’à cette tour qui lui paraissait sans intérêt, elle a répondu que j’avais un pèlerinage à faire. Et elle a ajouté : «allons-y!»

Comme le temps n’est rien! À peine j’avançais sur le chemin qui menait à la tour que je replongeais dans cette nuit de juillet. Malaise, tristesse, dépit, colère,… C’était si vivace encore. La blessure à vif, j’ai serré les mains sur des allumettes imaginaires.

Tu m’avais abandonnée. Tu m’avais laissé venir à toi pour me dire que tu m’abandonnais pour une femme qui portait le même nom que moi, que tu n’aimais pas, qui serait une passade. Pour me dire que tu ne m’avais pas encore trompée, mais qu’il fallait qu’elle soit tienne pour en finir avec cette obsession.

Je t’avais crié : «eh bien , baise-la! Et après, on pourra s’aimer comme avant!» Mais ça non plus, ça n’aurait pas pu être possible…

Après cette nuit, c’est moi qui n’ai plus été capable d’aimer du tout. J’ai trainé avec moi comme un boulet, cet abandon…. J’ai forcé mon coeur, essayé de lui imposer des hommes qui voulaient beaucoup mais ne pouvaient en donner autant, fait taire ma voix, oublié mes désirs. Je n’ai jamais trouvé quelqu’un qui m’acceptait complètement.

J’ai compris au pied de la tour, regardant mon passé sans faux fuyant que mes amours successives n’avaient jamais été là pour un partage, une communion, un chemin. Elles avaient tenté inlassablement de combler un manque, la peine si douloureuse de cet abandon, le premier de ma vie. Lorsque je suis revenue très tard, ce soir de juillet, il y a vingt-quatre ans, j’ai fermé ma valise. Je ne l’ai plus jamais rouverte.

24 ans…

… Jusqu’à aujourd’hui.

Ave Maria.

Roses, le 16 août 2017

Lié à: le col des contrebandiers.

Miroir de l’âme

24 juillet 2017

Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

Charles Baudelaire, L’homme et la mer, Les Fleurs du mal

 

À B. K.

Nous marchons côte à côte.

Toi, les mains dans les poches, souvent. Tu avances.

Moi, je prends ta main…. ou je m’accroche à ton bras. Tu acceptes l’étreinte.

Et puis, déferle sur nous à contre-sens, le flot des touristes. Il nous sépare.

Tes doigts s’échappent. Ma main naufragée surmonte la vague, fournit un autre effort, s’élance encore. Allez! Une, deux, trois brasses, allez, tu es là!

Elle lutte contre la désinvolture et l’indépendance affirmée, ma main. Une autre fois, elle s’agrippe… jusqu’au prochain ressac où tu prends le large.

Elle ne se fatigue pas, ma main. Inlassablement, elle recommence. Sa meilleure voile est la patience. En cape et de calme, elle porte en plein. Elle s’amarre contre vents et marées. Pour vergue, elle a l’espérance, et la confiance est son palanquin.

Entre deux silences, des bonheurs sublimes. Entre deux ports, l’espoir d’un séjour. Entre deux marées, l’envie de jeter l’ancre, l’envie d’une île, de la terre ferme …

Tu es sur le quai. Tu parles d’escale prolongée, mais ton regard s’évade sur l’horizon, ton corps frémit à l’appel du vent du large.

Je ne suis pas une sirène. Ma main ne peut lutter.

Tu seras bientôt reparti…

C’est ainsi.

Lié à: le roc d'enfer.

Les feuilles mortes

20 octobre 2016

 

 

Puis-je vous suggérer une activité d’écriture « automnale » ?

 

Utilisez la terre comme support pour écrire et les feuilles comme encre : écrivez sur le sol en traçant des lettres (ou des dessins) en vous servant des feuilles mortes.

 

Utilisez un râteau comme stylo, déplacez les feuilles de manière à former des lettres ou des motifs (abstraits ou concrets) pour saturer de signes notre cour intérieure.

 

Invitez vos amis à se joindre à vous. Faites des œuvres monumentales ou minuscules.

 

En ajoutant du sens au terrain, on y ajoute de la valeur, on y augmente le poids de l’âme collective.

 

N’oubliez pas de prendre une photo une fois votre oeuvre terminée, publiez-la sur Twitter avec le mot-clic #FeuillesMortes ou apportez-la en classe pour exposition.

 

Le plaisir est dans les feuilles, maluron maluré…

Vite ! Car bientôt les feuilles vont disparaître dans le recyclage du compost.
 

Merci Jean-Yves pour ce beau défi!

Lié à: le plateau de Beauregard.

Protégé : Eau sans o pour des héros

4 novembre 2015

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Lié à: le col des contrebandiers.

Ne me twitte pas ou comment rompre en peu de mots

30 octobre 2015

Dans le cadre d’un concours intitulé « Ne me twitte pas », lancé par le blogue Zone d’écriture de Radio-Canada en février 2012, on proposait de rédiger un tweet de rupture, sur le thème «Comment rompre en 140 caractères» (ou plutôt en 125 caractères ou moins, pour être plus précise).

Par hasard, récemment, je suis tombée sur le fil de ma participation à ce concours. J’avais oublié ces écrits et c’est avec plaisir que je les ai retrouvés. Je les publie ici pour ne pas les laisser tomber dans les oubliettes du net une autre fois et pour aider les personnes en mal d’inspiration qui auraient besoin de mots pour mettre fin à une histoire d’amour.

 

J’étais ton amie, ton amante, ta souris, ta cocotte, ta chérie, mais si peu ton amour et finalement… tellement rien.

Non. Je ne serai pas seule. Je choisis simplement avec qui je le serai : moi! Et ça devrait être plutôt mieux qu’avec toi.

Hier, tu m’offrais des bijoux. Aujourd’hui, tu me cherches des poux. Demain, tu m’abandonneras comme tes anciens joujoux.

Pastichant Réjean Ducharme : L’amour, ce n’est pas quelque chose. C’est quelque part. Et, c’est ailleurs. Et, pas avec toi.

Quelque chose m’échappe, mais je ne sais pas quoi… Ah, oui! Toi!

J’ai poussé la porte de la chambre. Leurs yeux, aveuglés par la lumière. Stupeur. Moment d’effarement. Putain, je suis cocue!

Notre lit. Une autre, là. Nue. Et toi aussi… Scénario pourri : vos soupirs, répliques assassines. Hurler? Non! Partir.

Amour à une voyelle et une consonne près, c’est armure. Comme quoi, j’aurais dû blinder mon coeur quand je t’ai rencontré.

Environnement Canada a mis ma tête à prix : j’ai sacrifié trop d’érables à y graver nos intiales enlacées.

Remambrance, ma mie : le philtre d’amour nous lie comme le chèvrefeuille au coudrier. Ni vous sans moi, ni moi sans vous…

Vengeance littéraire : «Petite vérole, a conclu le médecin. Du courage, Rodolphe. C’est cruel, mais ce n’est pas ma faute.» 

Phéromones! Avoir su que l’amour était une question de chimie, j’aurais écouté le prof de sciences au secondaire.

Il est 22h. J’arrête mes gazouillis de rupture. Je me suis bien amusée merci @zonedecriture et à tous les participants.

 

 

 

 

Storify de ma participation au concours

Lié à: le col des contrebandiers.

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J’ai un rêve

9 mai 2015
« C’est par les rêves que l’humanité forme malgré tout un bloc, une unité, et qui se comprend. »
Henri Michaux

 

Le rêve contient en lui tous les paradoxes, l’infini impalpable et gorgé de désir qui nous permet d’atteindre toutes les libertés sans limites. Là, temps, corps, espace se définissent dans un autre rapport que celui que nous connaissons dans la réalité. Mais les songes sont volatiles, ils se dispersent une fois le dormeur éveillé. La littérature, quant à elle, explore la carte des possibles, conjure cette volatilité en s’emparant des rêves et les fixe, les ancre solidement dans les caractères du texte. Peu importe comment elle les transforme, elle leur donne le pouvoir d’exister en tissant des correspondances entre les deux mondes.

Comme l’écrivait mon amie, Monique Le Pailleur sur son blogue Eclectico, «vous savez sans doute que l’OuLiPo se situe au carrefour de la littérature et des mathématiques, et que ce groupe de recherche propose d’appliquer des règles précises pour générer de nouveaux textes ou intervenir dans les textes déjà existants afin d’en activer les potentialités latentes.» Elle soulignait aussi l’idée que l’«on croit souvent à tort que la littérature repose sur la prétendue inspiration, alors qu’il s’agit fréquemment d’un jeu d’orchestration des possibles qui surgissent parfois de curieuse manière.» C’est dans la même optique que je vous propose un nouveau jeu twittéraire pour explorer une nouvelle manière d’écrire : jouons avec les rêves qui dorment en nous.

Pour participer à ce jeu littéraire, il faut donc :

1. Rêver
2. Écrire ce rêve sur une feuille de papier.
Par exemple : le Canadien gagne la cinquième partie des séries* 🙂
3. Prendre les lettres utilisées dans la phrase en question, soit pour cet exemple : les voyelles AEIU et les consonnes CDGLMNPQRST ou toutes les lettres si vous le désirez en les répétant autant de fois que dans la phrase. Moins il y aura de lettres, plus le défi sera difficile.
4. Copier la phrase dans un anagrammeur ou encore les lettres dans un outil de Scrabble ou encore Antidote. Il existe beaucoup d’outils en ligne pour soutenir votre inspiration. J’aime bien l’anagrammeur expert car il permet d’écrire une phrase au complet
5. Sélectionner des mots dans la liste produite par les outils
6. Écrire une phrase avec ces mots
7. Publier sur Twitter avec la balise #JaiUnReve

 

Dans ce défi d’écriture, contrairement aux autres productions twittériennes d’inspiration oulipienne, il ne s’agira pas d’écrire une histoire en chaîne nécessitant la prise en compte des tweets précédents puisque chaque tweet est lié à un rêve personnel. Il n’est pas non plus nécessaire de produire un twoosh (tweet parfait de 140 caractères pile-poil).

Je vous invite donc à écrire au gré de vos rêves en espérant que vous y trouverez une occasion de vous dégourdir l’imagination et de vous amuser à recréer vos rêves dans d’autres mots.

* En cette soirée spéciale où j’espère vraiment une victoire du CH, on pourrait s’amuser à écrire d’autres tweets à partir des lettres de cette phrase.

Crédits Illustration :

Danièle Jauvat – 19 – Rêve de lune

  • Technique : Aquarelle
  • Dimensions : 100 x 100 cm

Lié à: le col des contrebandiers.

En attendant que la neige fonde…

6 avril 2015

Je ne sais pas pour vous, mais la dernière offensive de l’hiver en fin de semaine (je croise les doigts pour ce soit la dernière) m’a littéralement achevée. Okay, c’est plus beau une couverture d’un blanc immaculé que la sloche et les bancs de neige grisâtres… Cependant,  un 6 avril après plus de six mois de neige et de frette, j’ai le droit d’espérer un autre refrain que celui de Soir d’hiver sans avoir à imaginer toutes sortes de variations sur le sujet comme André Sauvé pour oublier  le spasme de vivre du plus long hiver que j’ai connu depuis mon installation au Québec.


Andre Sauve – La Poesie par justepourriremontreal

Dimanche soir, peut-être à cause du beau soleil et d’une trop grande exposition au magnésium, chasse aux cocos oblige, j’ai cru que  le congé de Pâques avait sonné le glas de cet hiver interminable et qu’avril serait radieux, chaud et la neige, histoire du passé. Voulant confirmer mon intuition qui ne me trompe jamais, je suis allée naviguer sur le site de Météo Média pour connaître les prévisions du mois à venir. Ô rage! Ô désespoir! Ô hiver ennemi!

«Après trois mois consécutifs sous les normales de saison, avril 2015 ne semble pas vouloir renverser la tendance. Mis à part une brève intrusion de chaleur à mi-parcours, le mois d’avril s’annonce frais. Seuls les audacieux pourront profiter des terrasses à cette période cette année. Les températures resteront sous les normales saisonnières en premier lieu. Une poussée de douceur pourrait se frayer un chemin à la mi-avril, avant de céder de nouveau sa place à du temps frais. Selon Réjean Ouimet, météorologue et présentateur à MétéoMédia, la douceur prolongée aura du mal à s’installer, d’autant plus que le Québec accuse environ deux semaines de retard au point de vue météo sur la moyenne. Les perturbations pourraient ainsi se manifester davantage sous forme de neige et habituellement en avril sur l’ensemble de la Province, il tombe entre 10 et 40 cm de neige.»

À la lecture de ces mots, mon moral accusa le coup! C’en était trop! Je décidai que, pour aider le printemps et l’apparition de la verdure, il fallait créer un élan collectif qui ne manquerait pas de réchauffer l’air et de faire fondre cette neige plus rapidement que les météorologues ne le prévoyaient.

Voici donc le défi auquel je vous convie : conjuguons nos efforts et créons collectivement une ode au printemps sur Twitter pour faire un pied de nez à la froidure et faire mentir les prévisions météos. J’ai choisi 28 photos* en ayant en tête ce début de phrase : en attendant que la neige fonde… et en espérant que le chiffre du plus petit mois de l’année, celui du mois de la Twittérature, sera de bon augure. Il vous suffit de choisir une de ces photos et d’écrire un tweet qui, tout en rendant compte de ce que l’image vous inspire, complètera la phrase «en attendant que la neige fonde…». Il n’est pas nécessaire de citer ce début de phrase dans votre tweet. Par contre, il faudra y intégrer la balise #eaqlnf (réduction acronymique de #EnAttendantQueLaNeigeFonde) pour me permettre de récupérer facilement tous les tweets du défi. Il faudra également ajouter le # de la photo que vous choisissez de commenter. Il est inscrit à côté de la photo.

 

Au plaisir de vous lire et que fonde la neige!

 

* Pas besoin d’une psychanalyse en règle pour expliquer le choix des 28 photos : hasard et coup de coeur sont les seules justifications. 🙂

 

Lié à: le plateau de Beauregard.

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Hommage au trait

14 août 2014

La tzigane

La tzigane savait d’avance
Nos deux vies barrées par les nuits
Nous lui dîmes adieu et puis
De ce puits sortit l’Espérance

L’amour lourd comme un ours privé
Dansa debout quand nous voulûmes
Et l’oiseau bleu perdit ses plumes
Et les mendiants leurs Avé

On sait très bien que l’on se damne
Mais l’espoir d’aimer en chemin
Nous fait penser main dans la main
À ce qu’a prédit la tzigane

Guillaume Apollinaire (1880 – 1918)

 

 

 

C’est un tout petit mot, 5 lettres, encadré par deux T. Comme pour fixer les limites, comme pour dire qu’au-delà des barres verticales des deux T, c’est terminé, qu’on passe à une autre ligne pour dessiner une autre figure. C’est un tout petit mot que le mot TRAIT, et pourtant…

… à l’étendue de mon bras, ma paume ouverte trouve ton visage : dans les mouvements infiniment lents des traits qu’ils y tracent, mes doigts apprennent ta peau patiemment. Je tire une à une des lignes fines et délicates qui se dressent comme un mur contre les élans impétueux de la ville et le brouhaha incessant de la vie. Mon coup de crayon est juste. Ça fait une jolie cage autour de ton visage, avec des barreaux délicats, et une porte, dont j’effacerai les traits pour te laisser respirer.

Tic tac, tic tac, l’aiguille marque par un trait notre fuite en avant et il y a bien assez d’horloges pour faire tourner les minutes au cadran des carrés. Tic tac, tic tac, trait mortel qui me rappelle que je vole chaque instant depuis notre départ. Tic tac, tic tac, trait perfide qui susurre que le voyage ne sera qu’une escapade. Tic tac, tic tac, trait cruel qui s’acharne : samedi, nos vies reprendront le lit de leur cours sans merci pour l’amour qui nous a menés là. Tic, tac, tic tac, trait d’union ou point final? Tic tac, tic tac, que sera sera…

Entre les tics et les tacs, elles sont précieuses ces minutes de silence où, dans l’air alangui de notre chambre de Manhattan, le rêve est possible, où la main hésite encore à tracer en pointillés les traits de notre futur, à évoquer en filigrane ce que sera notre destin.

Entre les tics et les tacs, elles sont intenses ces minutes. Si intenses que ma bouche se tait, laissant parler mes mains, mes yeux, mon corps auquel tu t’accroches comme un naufragé. Ton visage qui cherche refuge et mes seins qui sont là pour accueillir ta dérive. Ma bouche qui bécote ta tête et puis ton front et ensuite tes joues et aussi ton nez jusqu’à tes lèvres où se fondent nos souffles. Tu respires, une grande bouffée! D’un trait, tu te remplis. Enfin! Puis tu ouvres les yeux. Tu ne souris pas. Tu te dresses devant moi. Ton beau corps comme un pilier d’airain se découpe sur la blancheur des draps puis sur le lait de ma peau. Tu écartes mes cuisses et tu plonges en moi. Trait fatal : ton regard planté dans le mien est ton ancre dans le monde des vivants. Alors… Alors, plus rien n’existe. New York et ses gratte-ciels s’effondrent. Les lumières criardes de Times Square s’éteignent subitement. Les klaxons des taxis jaunes s’estompent et meurent. Le silence de Central Park en pleine nuit recouvre tout à coup la démesure de cette ville sans fin pour faire place à l’écho de mes cris qui grimpent et rebondissent sur les façades de verre. Tu investis mon territoire en maître absolu laissant à chacun de tes assauts les traces de ta conquête : l’empreinte de tes doigts qui serrent ma gorge quand nos regards se provoquent. La morsure de ta bouche sur mes lèvres que tu avales, que tu aspires gloutonnement, m’empêchant de les ouvrir pour te donner un baiser. Les marques de tes mains qui empourprent ma peau. L’espoir d’un avenir au creux de mes reins.

Trait pour trait, dent pour dent, oeil pour oeil, je me fous de tout : comme on se ressemble, on s’assemble. Plus on s’assemble, plus le trait se délie et plus notre passé devient flou. On lui tire notre révérence et on ébauche les traits d’un autre présent par plein de «Je t’aime» qui se déclinent en des variations à l’infini tandis que nos corps saisis et figés par le désir rendent nos visages aveugles et nos esprits sourds.

Je me lève, chancelante. Mon corps tremble encore de cet amour fou. Je m’éloigne du lit pour t’admirer. Tu es beau : sur tes bras, ton torse, ton front perlent des gouttes qui le font luire comme un diamant noir. Immobile, les yeux clos, tu as l’air mort. Je profiterais bien de ton abandon pour te croquer au fusain en petits traits vifs et immortaliser l’instant, mais ma main est lasse, elle t’a déjà tout donné. Ma gorge est sèche. Ma voix, non plus, ne sera pas capable de chanter davantage tes louanges, car «mille ans sont, à tes yeux, comme le jour d’hier, quand il n’est plus, Et comme une veille de la nuit. Tu les emportes, semblables à un songe, Qui, le matin, passe comme l’herbe.¹»

Alors, doucement, comme pour dire que ça suffit, la ville reprend ses droits. Elle entre sans frapper. Le soleil perce les voilages d’un trait lumineux. Ça fait un échiquier sur le sol. Le trait est aux blancs : c’est à mon tour de jouer. J’avance mon pion. C’est mat en deux coups. Le tiret a coupé le mot, la césure marqué la ligne. Trait d’union ou point final?

Point final.

 

 

Illustration : Le théâtre implacable du monde– Louis-Pierre Bougie

Vidéo : Bebe, Siempre me quedara

¹ Psaume 90

 

Lié à: le roc d'enfer.

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Impressions de vacances

8 août 2014

«Tout seul, on va plus vite,

ensemble on va plus loin !»

Proverbe africain

C’est l’été, et qui dit été dit entre autres vacances, voyage, dépaysement, découverte, aventure et repos. Durant ces deux mois d’été, nous aurons collectionné de belles images, respiré des parfums insolites, fait des rencontres nouvelles ou des retrouvailles, goûté des saveurs multiples, vécu des petits moments, drôles ou tendres ou émouvants, mais sans aucun doute intemporels car ils resteront gravés quelque part dans nos mémoires, intimes témoins passagers de cet été 2014…

Comme le disait ici, ma chère et regrettée amie Monique Le Pailleur, «l’une des forces de la collaboration facilitée par  les réseaux sociaux (qu’il s’agisse de Twitter ou de Facebook) m’apparaît  être la fusion des imaginaires collectifs et la mise en commun des talents de chacun.» C’est dans l’espoir de créer le plus beau récit de l’été 2014 avec l’apport de chacune de vos histoires personnelles, que je vous invite à partager sur Twitter un souvenir de votre été 2014. Au fur et à mesure des publications, j’établirai une carte pour rendre compte de nos tribulations estivales. Contrairement aux autres récits écrits en collaboration, il n’importe pas de tenir compte des tweets précédents figurant sur le fil de Twitter. L’important ici est de partager à l’ensemble de la communauté un souvenir et que celui-ci devienne l’élément d’un récit-mosaïque qui se coconstruira simplement par l’ajout de vos gazouillis les uns à la suite des autres sous le mot-clic #TwtVac.

Comme la rentrée scolaire au Québec est le 25 août pour la plupart des enseignants, je nous donne jusqu’à cette date pour publier nos tweets.

 

Les consignes :

1. Le tweet doit inclure une photo du moment que vous désirez partager.

2. Le tweet doit impérativement comporter dans le message qui accompagne la photo les lettres du mot ÉTÉ et ce, en hommage aux jeux littéraires oulipiens.

3. Le tweet doit inclure la balise #TwtVac

4. Le tweet doit inclure la mention du lieu. Vous pouvez soit l’inclure dans le tweet, soit utiliser la géolocalisation sur Twitter, soit me la mentionner en MP.

5.. Le jeu s’achèvera le 24 août 2014 à minuit (heure du Québec) et vous serez prévenus de la fin du projet sur Twitter. Le texte coproduit sera ensuite  finalisé et publié sur mon blogue.

 

Je souhaite ardemment que ce défi «poéticovacancier» vous intéresse. Je vous rappelle qu’il suffit d’une seule collaboration pertinente pour faire partie du collectif d’auteurs et que votre pseudo Twitter figurera à la fin du récit que vous aurez permis de créer.

Alors, ça vous tente de plonger avec moi et de réussir à nous étonner les uns les autres ? Si vous y consentez, je vous attends avec joie sur #TwtVac. Le voyage est déjà commencé…

 

 

Lié à: le col des contrebandiers.

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