Des tweets aux écrits longs, vers une passerelle transatlantique*

6 septembre 2011

*Merci à au génie créateur et créatif de Bertrand Formet pour le titre du projet 🙂 et pour plusieurs précisions apportées au billet, notamment en ce qui concerne les programmes d’études français.

Bon, ben voilà, on y est : le projet #twittclasse Québec-France vient de voir le jour, et moi, je suis comme une maman qui contemple son bébé pour la première fois : émerveillée, ravie, conquise et je vous promets que, dans la bouche d’Amandine Terrier, cet adjectif sonne encore plus joli ;-). J’ai rêvé ce moment de partage et de collaboration pédagogiques en mode 2.0 et, depuis quelques heures, il se concrétise grâce à Amandine Terrier (alias @AmandineTer), Marie-Ève Gauron (alias @megauron) et Bertrand Formet (alias @TiceChampagnole) et, bientôt grâce aux élèves de ces deux enseignantes qui vont se découvrir, apprendre à se connaître, construire ensemble des savoirs et écrire en collaboration malgré la distance, malgré le décalage horaire, grâce aux réseaux sociaux et aux technologies de l’information et des communications.

L’intention

L’idée au départ est de mener une expérience qui démontre l’intégration des TIC au service des apprentissages en français et au développement de la compétence à écrire, en utilisant entre autres des outils de microblogage comme Twitter et ou de blogue comme Tumblr, partant de l’hypothèse que produire des écrits courts au quotidien avec un destinataire réel permet de relancer la motivation des élèves à produire des textes plus longs que les 140 caractères imposés par Twitter. Pour reprendre les mots d’Amandine, «cet exercice reste moins fastidieux que l’écriture d’un texte long […] et pourtant nous nous entendons tous qu’il en faut des connaissances pour bien tweeter. Alors comme «on ne FAIT pas de la production d’écrit en classe gratuitement, qu’on ÉCRIT dans un but précis et le plus souvent possible POUR un destinataire, il est nécessaire que les écrits aient du sens : j’écris pour quelqu’un, soit, mais sur Twitter, je m’en rends compte !»

Les acteurs

Deux classes francophones de l’enseignement primaire, une classe au Québec et une en France, soit la classe de 3e cycle (élèves âgés de 10 et 11 ans de la 5e année du primaire) de Marie-Ève Gauron de l’Externat Saint-Coeur de Marie à Beauport (Québec) (@classemegauron) et la classe du cycle 3 (élèves âgés entre 8 et 11 ans des classes de CE2, CM1 et CM2) d’Amandine Terrier à Crotenay (Jura, France) (@crotenaycycle3), accompagnées au Québec par Claude Frenette, conseiller RECIT (@claude_frenette) et moi-même (@nathcouz) et en France par Bertrand Formet, animateur TICE (@TiceChampagnole).

Les premiers échanges

Amandine nous rappelle quelques constats suite à sa dernière expérience d’utilisation de Twitter en salle de classe. Elle revient sur les bénéfices de l’utilisation de l’outil mais aussi sur les contraintes et les difficultés. On ne se fait pas de cachette et, dans cette aventure pédagogique transatlantique, ce qui est fabuleux, c’est l’immédiate complicité qui nait entre nous. On ne minimise pas la prise de risques et on se parle en toute confiance. Marie-Ève formule d’entrée de jeu à sa collègue française qu’elle ne maîtrise pas encore très bien Twitter. Amandine la rassure en lui prodiguant quelques conseils et en lui garantissant soutien et collaboration pour se familiariser rapidement avec l’outil.

Le projet (étape par étape)

Étape 1

Une fois que Marie-Ève se sentira prête à gazouiller, les élèves profiteront de la contrainte des 140 caractères de Twitter pour se présenter les uns aux autres et valoriser leurs centres d’intérêt. Ils pourront faire connaître à leurs futurs abonnés qui ils sont en tant que personnes et en tant que groupe-classe également. Ils pourront donc parler d’eux dans des tweets, en choisissant dans une grille de présentation la ou les caractéristiques personnelles qu’ils désirent faire valoir puis ils produiront en commun d’autres tweets à partir d’une discussion en équipe ou de la création d’une carte heuristique qui schématisera la représentation qu’ils se font de leur classe et de leur milieu de vie.

Chacune des classes reprendra les tweets de l’autre classe et fera une synthèse de ces informations, en écrivant de courts textes à partir des tweets et/ou en créant des cartes mentales. Les tâches pourraient être réparties entre les élèves en tenant compte de leur intérêt à réaliser l’une ou l’autre des tâches.

Suite à cette activité de découverte, les élèves pourront questionner les jeunes de l’autre classe pour, par exemple, demander des précisions ou commenter les informations reçues sur la time line du projet #140etplus.

Avant cette discussion virtuelle, les élèves auront pu comparer les différences et les ressemblances entre chacun de leurs milieux de vie, ce qui leur permettra de s’ouvrir sur le monde et à la diversité culturelle. On peut facilement faire des liens avec les domaines généraux de formation (DGF), les autres disciplines notamment Éthique et Culture religieuse (ECR) et Univers social et les visions du programme de l’école québécoise.

Pour ce qui relève du programme en France, il y aurait aussi un ancrage possible pour développer des compétences en vocabulaire (Français), des notions en lien avec la culture humaniste (Histoire et Géographie) et aussi les concepts de respect des personnes et de francophonie (Instruction civique et Morale).

Les interactions issues de ces échanges via Twitter seront le point de départ d’écrits plus longs. En ce sens, on considérera les tweets comme des textes précurseurs de ces écrits et cela sera la deuxième étape du projet (donc à suivre dans un prochain billet).

Les connaissances en action

Il est évident que tweeter exige de réaliser de nombreux apprentissages en langue et suppose le réinvestissement de nombreuses connaissances, soit des notions et des concepts, des stratégies et aussi la prise en compte des repères culturels. Chaque enseignante planifiera ces apprentissages et les intègrera au travail sur la langue et sur les textes. Ce sera par exemple l’occasion de travailler autrement des concepts en grammaire (la phrase interrogative), des notions lexicales et l’orthographe, des stratégies (voir les pistes pour l’appropriation des connaissances présentées dans la deuxième section de la Progression des apprentissages en écriture au primaire) et des repères culturels (voir la production audiovisuelle du projet du Mois de la Culture 2012 en ligne dès octobre 2011 sur le site du MELS ). Et pour faire des ponts entre nos deux milieux scolaires, on retrouve dans le programme de français de la France des propos qui sonnent familiers à nos oreilles québécoises.

« L’acquisition du vocabulaire accroît la capacité de l’élève à se repérer dans le monde qui l’entoure, à mettre des mots sur ses expériences, ses opinions et ses sentiments, à comprendre ce qu’il écoute et ce qu’il lit, et à s’exprimer de façon précise et correcte à l’oral comme à l’écrit.»

Je reviendrai sur tous ces éléments relatifs aux programmes d’étude de façon plus détaillée dans un prochain billet.

Et peut-être que ….

Une fois que tout ce travail aura été accompli, les élèves se lanceront dans l’écriture d’un récit collaboratif avec un intérêt particulier pour deux modes de discours, la description et la narration. Les ingrédients du récit, sa construction, son organisation seraient issus des échanges entre les deux classes qui deviennent ressources l’une pour l’autre. Le Tumblr serait l’environnement choisi pour le dépôt des morceaux du récit en construction et Twitter servirait de passerelle pour le partage de commentaires et rétroactions entre les deux classes. Ainsi Twitter devient une banque d’informations où pourraient émerger les idées, où les élèves pourraient échanger, commenter, réagir aux questions qu’ils se posent ou que le récit en construction suscitera.

 

Mais avant tout ça, kécékisétaitpassé, hein?

La genèse du projet #140etplus

Jour 1

Les nombreux projets et expériences outre-atlantiques utilisant un réseau social tel que Twitter en cours de français m’inspirent, me séduisent et rejoignent ma vision de l’école telle qu’elle devrait être aujourd’hui. L’emploi du conditionnel n’est pas innocent dans la phrase précédente… et j’en ai déjà parlé ici et ici. Ces nouvelles façons d’envisager l’enseignement du français et l’apprentissage m’aident à poursuivre ma réflexion sur l’intégration des technologies au développement des compétences et au service des apprentissages en langue maternelle. Ici, je rejoins les préoccupations de Laurence Juin et les commentaires suscités par ses propos.

«Tout dépend finalement de l’usage pédagogique que nous souhaitons, enseignants, donner à ces outils. Comme on ne donne pas n’importe quel livre à lire à un élève sans réfléchir au scénario pédagogique associé, on ne met pas à leur disposition n’importe quel outil du Web 2.0

Twitter n’est rien en soi pas plus qu’un TBI, qu’une craie, que le matériel didactique même parfois. Ce qui m’intéresse pour ma part, c’est de voir s’il y a des apprentissages qui peuvent être réalisés mieux avec Twitter, de façon plus durable, si le rapport à la langue des élèves s’en trouve modifié, si cela le rend plus positif, si les apprentissages prennent un autre sens, deviennent plus signifiants et par exemple en ce qui concerne la révision de texte. Bref, si, au terme de ces expériences, les élèves ont développé davantage leur compétence à écrire. Lire à ce sujet le rapport d’évaluation de programme paru en 2009 sur la perception du sentiment de compétence chez les élèves québécois en écriture et en lecture :

«Comme l’illustre la figure 1, la perception de compétence en lecture et en écriture est de moins en moins élevée du primaire au secondaire. Également, il existe une diminution de la motivation à lire et à écrire à mesure que le niveau scolaire augmente. Ces résultats vont dans le même sens que ceux obtenus par de nombreuses recherches, menées au Québec (Bouffard et autres, 2005) ou ailleurs (eccles et autres, 1993 ; McKenna et autres, 1995 ; Wigfield et autres, 1997), qui ont montré que la perception de compétence et la motivation scolaires de l’élève tendent à diminuer à mesure que celui-ci progresse dans le système scolaire.» (p.54)

Jour 2

Les profs sont blogueurs (oui, le paradis existe!) et alimentent leurs blogues respectifs de compte-rendus, constats, commentaires très riches dont je prends connaissance avec intérêt. Mon envie d’accompagner des enseignants dans un projet #twittclasse se fait plus précise, et au hasard de mes lectures, je découvre les regrets d’Amandine concernant le désintérêt de ses élèves pour le blogue après avoir vécu l’expérience Twitter. «Zut alors!», que je me dis…

Jour 3

Il y eut un soir, il y eut un matin et… l’idée germa! J’aurais pu aussi parodier le savant grec Archimède et crier ηὕρηκα, mais comme je n’étais pas certaine que tout le monde comprenne, j’ai abandonné l’idée de m’exprimer en grec. Blague à part voilà ce que je me suis dit : pourquoi tweeter empêcherait-il de bloguer? Et encore : comment Twitter pourrait-il permettre de revenir au blogue ou redonner envie aux élèves d’y écrire, d’y publier? Et par dessus ou en dessous, comment Twitter permettrait-il d’écrire autrement et mieux, d’apprendre autrement et mieux, et tout cela de façon durable? Bref, qu’est-ce qui dans ces nouvelles pratiques permet aux élèves de devenir de meilleurs scripteurs et de développer un rapport positif à la langue et à l’écriture?

Jour 4

J’ai envoyé dans le vaste océan un tweet et Amandine Terrier a répondu. J’ai eu ensuite le bonheur immense par un beau dimanche de pouvoir échanger via skype avec elle. Je lui ai proposé de créer une collaboration France-Québec. Elle a accepté.

Voici un résumé de notre conversation. J’ai peut-être inversé des propos et attribué à Amandine mes paroles et inversement, mais ce n’est pas très grave parce que nous étions en communion de pensées, ce qui fait que peu importe qui a dit quoi, pourvu que vous ayez la «substantifique moelle» comme dirait mon ami François…

nathcouz : Salut Amandine, penses-tu comme moi qu’on peut travailler à partir des tweets pour redorer le blason du blogue en utilisant la TL comme une banque d’informations et d’espace de questionnements, d’échanges, de réactions ou d’appréciations?

AmandineTer : En somme, le blogue deviendrait le support d’un texte où s’organiseront les tweets?

nathcouz : Oui, exactement. On pourrait imaginer par exemple un apprentissage en grammaire de la phrase sur l’interrogation quand tes élèves questionneraient les élèves québécois…

AmandineTer : Ouiiii et aussi en lexique sur le vocabulaire parce qu’au Québec vous avez plein d’expressions qu’on n’emploie pas ici 🙂

nathcouz : On pourrait aussi travailler en grammaire du texte sur les marqueurs pour lier la progression des informations une fois qu’on aurait une banque assez fournie sur Twitter.

AmandineTer : Ce serait chouette : mes élèves  découvriraient un milieu francophone différent du leur.

nathcouz : Yeah, une belle façon d’exploiter les repères culturels!

(Désolée, déformation professionnelle, c’est ça que ça fait d’être chargée de projet depuis trois ans pour le Mois de la culture, j’en vois partout!)

AmandineTer: On pourrait demander aux élèves québécois d’écrire un texte long à partir des tweets de mes élèves et inversement.

nathcouz : Super, une expérience d’écriture collaborative où les jeunes négocient le sens et l’organisation du récit via les tweets qui seraient traités de part et d’autre. Les publications des textes longs donneraient lieu à des interactions sur Twitter, genre appréciation, réaction et commentaire critique. On toucherait ainsi différentes dimensions de la lecture qui serviraient au final l’écriture et puis ce serait une belle manière d’interrelier les compétences via les TIC et d’exploiter les différentes familles de situations et…

Là, silence. Silence parce que je perds Amandine dans le vocabulaire des programmes de français de l’école québécoise, mais silence surtout parce que, sans déconner, toutes les deux, à cet instant précis, on a vraiment eu l’intuition qu’y avait kekchose qui se passait (comme dirait André Sauvé, inside Joke pour @mariejoharnois et les CP de français des formations du MELS), qu’on avait un beau projet à concrétiser qui serait signifiant pour les élèves et qui donnerait aussi de la pérennité aux microtextes publiés sur Twitter.

Jour 5

Enthousiaste, je pars à la recherche du prof qui acceptera au Québec de se lancer dans l’aventure et, lors d’une formation du MELS, je rencontre Marie-Ève Gauron, une enseignante du primaire à l’Externat Saint-Coeur de Marie, une école privée de la région de Québec. Elle se montre très intéressée et accepte de me revoir pour lui présenter le projet plus en détails, ce que nous faisons la veille des vacances scolaires.

Jour 6

Passe l’été et Marie-Ève, le 27 août, m’envoie un courriel pour me signifier son intérêt toujours marqué pour le projet Twittclasse. Je sers d’agent de liaison entre Marie-Ève et Amandine et nous convenons d’une rencontre skype pour le dimanche 3 septembre (oui, un dimanche!).

Jour 7

Dimanche 3 septembre. Revenir au début du billet pour savoir ce qui s’est dit en ce beau dimanche qui précédait la rentrée des classes.

Pour conclure, ce lonnnnnng billet, je ne sais pas ce que Dieu a fait le septième jour, mais moi,  je suis allée me coucher avec plein d’étoiles dans les yeux et, dans quelques heures, en ce beau lundi 19 septembre, j’ai bien hâte de les voir briller dans les yeux de ces élèves de la centième twittclasse francophone.

 

À lire, en complément cet article paru dans le Monde, Maîtresse, quand est-ce qu’on tweete?

 

 

Lié à: la pointe de Tardevant.

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Destinées fractales

25 août 2011

«Ce que nous voyons et entendons finit par ressembler et même par se confondre avec ce que nous n’avons pas vu ni entendu, ce n’est qu’une question de temps, ou bien suffit-il que nous disparaissions… Parfois j’ai le sentiment que rien de ce qui arrive n’arrive vraiment, parce que rien n’arrive sans interruption, rien ne perdure, ne persiste, ne se rappelle constamment, et même la plus monotone et routinière des existences s’annule et se nie elle-même dans son apparente répétition, au point que rien ni personne n’a jamais été le même auparavant, et la faible roue du monde est mue par des sans-mémoire qui entendent, voient et savent ce qui n’est pas dit et n’a pas lieu, est inconnaissable et invérifiable. Ce qui se fait est identique à ce qui ne se fait pas, ce que nous écartons ou laissons passer, identique à ce que nous prenons ou saisissons, ce que nous ressentons, identique à ce que nous n’avons pas éprouvé. Pourtant notre vie dépend de nos choix, et nous la passons à choisir, rejeter et sélectionner, à tracer une ligne qui sépare ces choses équivalentes, faisant de notre histoire quelque chose d’unique qui puisse être raconté et remémoré. Nous employons toute notre intelligence, nos sens et notre ardeur à distinguer ce qui sera nivelé, ou l’est déjà, c’est pourquoi nous sommes pleins de remords, d’assurances et d’occasions perdues, de confirmations, d’assurances et d’occasions saisies, quand il s’avère que rien n’est sûr et que tout se perd. Ou peut-être n’y a-t-il jamais rien eu.»

Traduction Alain et Anne-Marie Keruzoré (Ed.Rivages poche)


à D. H.

 

6h44.

Malgré le sachet de lavande disposé sous son oreiller pour faciliter son sommeil, elle avait mal dormi. Comme hier. Comme la veille d’hier. Comme depuis plusieurs jours qu’elle forçait à essayer de calmer le grand feu, à l’éloigner, à l’éteindre. Immense charivari intérieur encore une fois! Elle qui pensait avoir trouvé la paix, avoir déjoué les fantômes du passé, elle qui pensait ne plus succomber à la folie du désir, elle luttait. Elle luttait une fois encore contre l’envie de tout plaquer, de se moquer des convenances, de museler ses valeurs et trahir ses principes. Elle luttait pour ne pas plonger et s’abîmer dans le gouffre séduisant des habitudes. Elle luttait pour ne pas provoquer la vie, le destin. Pour ne pas le provoquer, lui. Ne pas le pousser, ne pas lui forcer la main, ne pas l’entraîner dans la valse infernale où elle s’était déjà étourdie et perdue si souvent… C’était il y a autrefois. Du moins, elle le croyait…

 

Je suis folle, affolée, animée par le tourbillon d’anciens démons : passion, rêves, espoir, attente… Tisons brûlants, ils reviennent différents mais semblables, toujours aussi dévastateurs. Ma tête a mal, mon esprit est à l’étroit. Mon ventre crie famine. Mon coeur est sec.

 

Pas une oasis assez verdoyante pour étancher sa soif. Pas une terre assez fertile pour assouvir sa faim. Pas une parole assez douce pour calmer sa peur. Pas une caresse assez vraie pour chasser ses doutes. Tellement de paradoxes s’entrechoquaient et la désarçonnaient.

 

Je ne t’aime pas ; je n’ai pas besoin de toi ; je ne te connais pas.  Alors pourquoi? Pourquoi le souvenir attise-t-il la brûlure laissée par tes baisers ? Pourquoi ai-je tant envie de toi? Pourquoi toi? Pourquoi autant? Pourquoi seulement toi?

 

Elle avait envie de lui alors qu’elle savait qu’il était une cité interdite. Elle avait envie de lui alors qu’elle savait qu’elle courait à sa perte. Elle avait envie de lui alors qu’elle savait qu’il n’existait rien, qu’il n’y aurait rien, que tout était vain, qu’il n’existait pas puisqu’il ne pouvait rien être pour elle, qu’elle n’existait pas puisqu’elle n’était rien pour lui. Il avait raison : dans le réel, c’est là que la partie se jouait. Pour le moment, aucune partie n’était commencée. C’était l’absolu du vide, la splendeur vertigineuse du néant ouvert sous ses pieds, attirant, accaparant, avalant : le chaos. Théorie du vide et non pas apologie du bonheur. Un vide qu’elle comblait par des jeux misérables où il devenait son partenaire, où son imagination malade inventait des chimères, sirènes, traitresses, admirables et puissantes, où elle gaspillait son temps, où elle maquillait sa vie comme au cirque même si elle détestait les larmes du clown quand le rideau tombait.

 

Elle avait pris une grande feuille blanche et avec soin, calligraphiant ses lettres lentement, comme pour apprécier la liberté qu’elle s’octroyait, elle avait tracé ces mots :

«Adieu, c’est le seul mot qui convient. Game over puisque les dés sont pipés. Retour à la case départ sans passer par la prison ni voler la banque. Attendre un autre tour, mon tour. Attendre une autre main, une meilleure. Croire que la roue tournera, que la chance me sourira.»

 

 

Lié à: le roc d'enfer.

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Viva la vida

16 août 2011

La vie est ailleurs et, parfois, elle est là : fugace, l’air de rien, elle passe. Elle passe et, si nous n’y prenons garde, elle ne s’arrête pas. Elle n’attend pas. Elle passe. Étoile filant dans le firmament, elle ne reviendra pas. Ça peut paraître pessimiste comme vision. Ça peut paraître sans lendemain, un peu bornée, cette limite de l’horizon du maintenant… Et pourtant, qu’en est-il du présent? Comment figer les instants heureux, les rendre immuables? Comment assurer l’éternité du bonheur?

Il existe un mot pour traduire le caractère de ce qui dure toujours ou très longtemps : c’est la pérennité. Souvent, nos vies ressemblent à de longues plages où sur le sable, on écrit, on dessine, on travaille la matière pour y imprimer des signes, signes qu’une vague effacera, signes qui disparaîtront de notre vue… Que se passe-t-il alors si chaque jour est comme une nouvelle page, vierge, immaculée, où tout est pour recommencer?

Moi, sur la page blanche, je lance mes mots pour meubler le grand vide, pour arrêter la vie et pour capturer le bonheur. J’invente des vies parce que je sais qu’il faut vivre, qu’il n’y a rien de plus terrifiant et grisant que la vie, que bien souvent on ne vit pas, qu’on fait semblant pour y échapper belle et bien car, en vrais vivants, on est passé maîtres dans des pas de danse de plus en plus savants et jolis qui nous en éloignent. On passe nos journées, nos nuits ou des heures, bref on passe notre temps. On passe la main ou on passe notre tour. On passe en revue ou on passe à autre chose. On passe outre ou on passe sous silence. Et au bout du compte, comme on est souvent passé à côté, il ne s’est rien passé, il ne se passe rien et il ne se passera plus rien, car c’est l’heure de passer, pour de vrai, de l’autre côté… Fini.

Fini comme dans pour toujours?

Non.

Je parle. Je ris. Je crie. Je fais du bruit. Je chante. Je danse. Je mange. Je bois. J’embrasse. Je caresse. Je savoure. Je déguste. Je profite. Je jouis. J’écris. J’aime. Je vis.

 

Lié à: le plateau de Beauregard.

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C’est si bon… (3)

30 juillet 2011

Bonheur # 3 : Sabler du bois

 

Avis de l’auteure

Ce billet contient des propos destinés à un public adulte. Pour une fois, les mots suffiront à évoquer les images 😉

 

J’avais devant moi plus d’une trentaine de planches de pin noueux tout juste délignées. Pour les néophytes, déligner revient à couper dans une grande planche, des morceaux plus petits, genre plinthes. C’est plus économique que de les acheter tout faits. Je devais sabler le dessus des plinthes pour enlever les aspérités causées par la lame avant de les vernir. Je ne savais pas que cette tâche répétitive, donc à priori plutôt ennuyante, m’amènerait à vivre une expérience sensorielle très agréable, voire un moment de pure extase…

 

En guise de préliminaires…

Avez-vous déjà sablé[1] une planche, un meuble, un cadre? En fait, peu importe l’objet, c’est la matière dont il est fait qui est intéressante ou plutôt la matière qui va se révéler au fur et à mesure que les va-et-vient de la main métamorphose sa surface. Petit à petit, sous l’effet du papier sablé, l’objet change d’aspect : de rêche et brut qu’il était, imparfait, plein d’échardes, le grain du bois s’affine, s’adoucit, acquiert une délicieuse délicatesse. Il devient soyeux, sensuel, voluptueux sous les doigts. Il suscite le plaisir du toucher tout en aiguisant la vue, l’odorat et l’ouïe aussi.

Avant cet après-midi d’été, je n’avais jamais prêté attention aux sensations que procure ce lissage répétitif et patient. Alors, pendant que ma main reproduisait le même mouvement sur le bois, j’ai laissé vagabonder mon esprit, signe que la relaxation s’amorçait et qu’une fois de plus, je m’adonnais à un exercice bénéfique pour ma détente.

 

Les parfums, les couleurs et les sons se répondent…

Ma main se pose sur la planche brute. Elle remonte lentement le long du bois. Elle glisse doucement pour y déceler les imperfections. Elle s’arrête, fait marche arrière puis repasse tranquillement pour mieux apprécier la matière et évaluer la quantité de va-et-vient nécessaires. Ma paume, mes doigts, mes yeux s’appliquent, concentrés : ils mémorisent minutieusement chaque parcelle du bois à sabler. Ils enregistrent la distance entre chaque geste. Ils imaginent le scénario, précisément : glisser sans retenue jusqu’au premier nœud. S’arrêter. Papier sablé numéro 80, gros grain. Deux ou trois coups rapides, juste pour enlever le plus gros. Respirer l’odeur du pin. Souffler sur le bren de scie. Du regard estimer le résultat. Lisser avec la paume. Changer de papier. Un grain plus serré. Être attentive aux murmures de la planche. Chercher l’harmonie sur les cordes du bois. Recommencer jusqu’à égaliser la surface. Ainsi de suite, jusqu’à sentir le bois s’adoucir, peu à peu, jusqu’à ce que le mouvement de la main soit si léger que le bois en frémisse, comme la peau qui reçoit une caresse. Repasser encore une fois la main sur toute la planche pour goûter la douceur. Fermer les yeux. S’abandonner…

 

Longtemps! toujours! ma main…

Tu es allongé, nu. Tu es beau. Tu reposes, le corps alangui de paresse dans la douceur de ce matin d’été. Ton visage est enfoui dans l’oreiller, tu dors encore. Ton souffle, imperceptiblement, rythme l’élan de ta poitrine. Les draps ont glissé à terre. Je contemple le paysage de tes courbes.

Je m’approche sans bruit et, délicatement, je pose mes mains sur tes jambes. Tu tressailles : mes mains sont fraiches, ton corps si chaud… Je les laisse s’imprégner de ta chaleur puis je continue mon voyage. Ah! «Si tu pouvais savoir tout ce que je vois! Tout ce que je sens! Tout ce que j’entends» sur ta peau. Il y a des vallons où j’aimerais me reposer, des sentiers ombragés et doux qui fleurent bon le cèdre du Liban, des lacs accueillants et paisibles où j’aimerais plonger. Tes fesses rebondies me font entrevoir un oasis invitant où se déploie le parfum du pamplemousse. Ta peau gorgée de soleil rappelle l’ambre de Sicile. Impossible de résister à la sensualité dangereuse qui s’éveille irrésistiblement. Je m’égare… Petit poucet rêveur, j’égrène quelques baisers blancs. Je folâtre. Mes doigts dessinent sur ton dos des arabesques, amorçant un rituel magique pour t’envoûter.

Sensible au fourmillement du désir naissant, tu frémis. Tu respires plus vite et ta peau soupire, altérée par des souvenirs anciens. Tu t’agites, je suspends mon geste, prolongeant l’attente, exacerbant ton impatience. La voile se gonfle, le pont se remplit de cris insolites et confus, le rivage s’éloigne dans un tangage langoureux.

Tout à coup, il n’y a plus de lit, plus de chambre, plus d’espace. Il n’y a plus de navire, plus d’île, plus d’océan. Il n’y a plus de vague, plus de main sur une planche de bois. Il y a l’extase savoureuse de la volupté, le plaisir éblouissant qui nous enlève, l’ivresse de l’harmonie où nos soupirs s’embrassent et «chantent les transports de l’esprit et des sens.»

 

 


[1] Pour les puristes de la langue, le terme sablage renvoie à l’action de sabler, de couvrir de sable, de décaper, dépolir, graver à la sableuse. Le sablage d’un meuble, d’un plancher. C’est au Québec, un terme plus fréquent dans l’usage que celui de ponçage en France.

Lié à: le plateau de Beauregard.

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C’est si bon… (2)

20 juillet 2011

Bonheur #2 : Regarder le lac


À toute heure du jour comme de la nuit, j’éprouve une joie indicible à contempler le lac, sa surface changeante ou impassible.

A cinq heures du matin, la brume y danse. La rive d’en face se confond dans son reflet sur l’eau, se révèle identique et troublante à mesure que le brouillard se dissipe. Où est la frontière? De quel côté est la vérité? Mise en abyme des existences. «Miroir, joli miroir, dis-moi : Qui suis-je…»

Je regarde souvent par la fenêtre en prenant mon petit déjeuner et me perd dans la distorsion des formes sur l’eau, laissant mon esprit vagabonder au rythme lent des nuées. Le dédoublement du paysage m’ouvre les portes de la méditation.

 

 

Quand il pleut, la pluie troue l’image du chalet dans l’eau, créant des interstices pour passer de l’autre côté tandis que le chalet devant mes yeux disparait derrière les barreaux gris. Je suis trop grosse pour passer dans ces conduits minuscules et pas assez forte pour écarter les barreaux qui cadenassent l’horizon. Puis la pluie cesse tout à coup et le lac reprend sa figure apaisante et tranquille. Tout redevient normal : le miroir reflète de nouveau une réalité connue.

 

 

À minuit, le lac devient la piste de danse de la lune lorsque elle veut aller au bal et le miroir prend un tout autre aspect, fascinant. Quand elle est ronde et pleine, un autre monde s’ouvre sous nos pieds dans les profondeurs du lac où se réfléchissent les nuages, la forêt, les étoiles et toutes les ombres de la nuit. Du haut du quai, on aperçoit les montagnes du Tibet. L’Himalaya est sous nos pieds : il nous suffirait de sauter pour se retrouver sur ses pentes. Quelle étrange sensation que d’entrevoir l’au-delà… Y a-t-il une correspondance entre les réalités? L’image réfléchie dans le miroir est-elle réelle? Pourtant, il n’y a rien d’épeurant : les illusions jouent à nous tromper, nous invitant à imaginer d’autres univers parallèles. Il n’y a plus de limites : vertige de l’infini…

 

 

Comme un isthme, le lac rapproche les fragments de terre et de ciel et les unit. C’est le lieu du passage, des invocations rêveuses, du retour inattendu des souvenirs. L’eau est un linceul où sont ensevelies tant d’images : passé, présent et futur se conjuguent dans cet enchevêtrement des espaces.

 

 

Quand le lac est bercé d’une légère brise, sa surface se plisse et rien n’y paraît. Il scintille de mille feux comme si les étoiles qu’il avait accueillies en ses eaux s’amusaient à clignoter.

 

 

Prendre le temps de regarder le lac, c’est prendre le temps du calme et de la sérénité. C’est accepter de se laisser bercer le coeur, de respirer au rythme égal de l’onde. Le déroulement infini des vagues n’a pas son pareil pour me détendre. J’y trouve toujours un réconfort précieux. Et quand le soir tombe, à la brunante, je m’émerveille de la lumière qui tombe sur le lac. Chaque soir… car, sans mentir, vers 19 heures, comme en ce moment, chaque soir, je prends quelques minutes pour remercier la nature de la féerie qu’elle m’offre.

 

 

 

Lié à: le plateau de Beauregard.

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C’est si bon…

18 juillet 2011

Petit guide des bonheurs estivaux

Avant-propos ou prologue[1]

Ce petit guide des bonheurs de l’été est un recueil bien modeste, destiné à l’usage des personnes très occupées durant toute l’année qui n’ont pas le temps de profiter des choses simples et n’ont aucune ou que très peu d’aptitudes pour les travaux manuels. Étant moi-même une de ces personnes, je me suis inspirée de mon quotidien estival et des bonheurs que mes vacances au bord de l’eau m’offrent pour réparer le vide éditorial qui laisse tant de mes semblables dans l’oisiveté durant leurs congés sans leur permettre de vraiment décrocher et d’apprécier les plaisirs inattendus d’activités sans prétention. Chaque bonheur est accompagné d’une description pratique (capsule balado, vidéo ou schéma) invitant les lecteurs et lectrices à passer des mots à la pratique. L’ordre de présentation des bonheurs ne correspond pas à leur degré d’importance. Ils peuvent donc être lus dans le désordre ou selon toute autre fantaisie au fur et à mesure de leur publication.

 

Bonheur #1 : Tondre la pelouse


Activité saisonnière au Québec une fois que la neige a fondu, la tonte du gazon remplace le déneigement de l’entrée et se pratique une fois par semaine durant les mois de mai et de juin, généralement en fin de semaine, dès que les terrains sont nettoyés des gravats laissés par les souffleuses. Elle s’atténue à mesure que l’été progresse vers sa fin et, au Québec, cette fin arrive toujours trop tôt. Ainsi on tondra moins en juillet, encore moins en août et quasiment plus en septembre puisqu’une autre activité très sympathique, mais annonciatrice d’une autre saison s’impose : le ramassage des feuilles. À voir les sacs orange qui s’entassent dans les entrées des maisons, on comprend le choix de la feuille d’érable sur le drapeau canadien… Mais revenons à notre gazon! Je considère la tonte de la pelouse comme une thérapie douce, car elle permet un entrainement progressif au décrochage intellectuel. Deux principes actifs entrent en jeu dans ses effets thérapeutiques : le bruit étourdissant du moteur et le parcours aléatoire qu’on décide de suivre pour tondre.

Beaucoup de bruit pour rien

Le vacarme de la tondeuse suffit à lui seul à couper tout être normalement constitué du reste de l’humanité et l’oblige à des réparties du genre «Hein quoi, qu’est-ce que tu dis?», accompagnées de grimaces d’incompréhension quand on entreprend de lui parler. La nuisance sonore produite par la tondeuse, assez pénible en soi pour l’entourage, surtout à des heures indues, a cependant l’avantage d’obnubiler l’esprit du tondeur de gazon.

 

 

Le ronronnement lancinant et régulier du moteur rythme son souffle, ses battements de cœur, ses pas. Peu à peu, il occupe tout l’espace de sa pensée et lui permet finalement de se concentrer sur le silence en lui-même. Plus rien n’existe en dehors de l’espace saturé de décibels et le tondeur atteint alors un état de plénitude incomparable qui le laisse ahuri lorsqu’il coupe les gaz et revient au monde.

 

Le fil d’Ariane

Le deuxième principe guérisseur consiste à dessiner une figure géométrique sur la surface de l’herbe. Vu les mouvements limités que permet la tondeuse, elle est plus souvent de forme concentrique ou encore rectiligne. J’avoue avoir une préférence pour les lignes droites et j’éprouve un certain plaisir à les voir apparaître à mesure que la tonte progresse. Faut-il voir une réminiscence de mes origines françaises dans cet intérêt pour l’esthétisme de la géométrie parfaite des jardins à la française? Je m’y applique avec un zèle presque maniaque, reprenant une ligne quand j’estime qu’elle dévie de sa parallèle précédente. Croyez-moi ou non, l’attention portée à ce dessin grandeur nature me vide l’esprit de façon absolue. Je m’absorbe dans la création de ce dessin labyrinthique, réduisant de plus en plus la zone à tailler jusqu’à la faire disparaître totalement. Il y a comme une satisfaction à voir surgir le dessin à chaque passage de la tondeuse.

 

 

 

 

Je m’étonne à chaque semaine de retrouver cette petite joie bien simple bien que je n’aie aucun talent pour les perspectives ou le dessin à proprement parler. Cependant, la création au fil du couteau me plonge dans un état de zénitude totale à chaque fois lorsque je contemple le résultat final. Un peu plus et on se croirait sur les gazons de Wimbledon. C’est tout simplement beau.


[1] J’ai toujours eu envie d’écrire un avant-propos. D’ailleurs, ça fait plus sérieux, un livre qui commence par un avant-propos, non? Voir le Prologue de Gargantua en guise de preuve.

 

Lié à: le plateau de Beauregard.

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Pour faire le portrait d’une maison

2 juillet 2011

 

 

Pour faire le portrait d’une maison

 

 

 

Esquisser rapidement un habitat

avec des murs translucides

avec des parfums qui éveillent les sens et l’appétit

S’y laisser inviter et la visiter, les yeux fermés

La deviner avant de la découvrir

Inventer ensuite un jardin enchanté

qui soit inutile, grandiose, fabuleux

où peuvent se perdre nos esprits et nos yeux

Étendre sur le sol des tapis chamarrés, doux et confortables

Y disposer des coussins moelleux pour le repos

Allumer un feu pour la veillée

Prendre une cuillère, un violon, quelques rimes et notes enjouées

 

Voici, par ordre d’implication, la liste des participants de #PFPmaison

@nathcouz, @Aurise, @Lise_Goulet

 

 

 

Lié à: le Suet, Pour faire le portrait d'une maison.

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Pour faire le portrait d’un ami

2 juillet 2011

 

Pour faire le portrait d’un ami

 

 

 

 

Imaginer d’abord un individu

avec un coeur immense

avec des défauts rigolos

avec un regard sur le monde qui perturbe le vôtre

Imaginer ensuite une main tendue en toute occasion

De son ombre derrière chercher où porte son regard

l’accueil inconditionnel, la générosité à fleur de peau

sans attentes plurielles, sans malice aucune

Pour l’ami, placer en retrait de votre âme une nourriture pouvant le sustenter

Peindre un décor propice aux connivences : petit café, banc de parc, sentier de forêt en ville

Cultiver dans ce cadre les fleurs de la confiance

Témoigner silencieusement de beaucoup de patience

Laisser aussi pousser quelques fleurs rebelles et sans nom

Manifester discrètement le plaisir d’être ensemble

Apprécier le temps des silences complices

Parfois l’ami s’éloigne, il se perd, il s’égare

Ne rien faire

Ne rien dire

Ne pas juger

Attendre

Puis oblitérer sans brusquerie une à une les conditions qui ont forgé cette amitié

 

 

Voici, par ordre d’implication, la liste des participants de #PFPami :

@Aurise, @JF_Giguere, @nathcouz, @GilbertOlivier, @Lise_Goulet


 

Lié à: le Suet, Pour faire le portrait d'un ami.

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Pour faire le portrait d’un pays

2 juillet 2011

 

Pour faire le portrait d’un pays


 

 

Évoquer longtemps un espace

avec des rêves infinis

avec des aventures de défis

avec des camarades bénis

Pour les voyageurs

Imaginer ensuite des maisons

où se marient les accents et les couleurs

où s’entrelacent les esprits et les coeurs

Accepter que la toile ne sera pas assez grande

qu’elle en délimitera des frontières

Petite ou grande, elle sera abri et refuge

où s’inspirent peintres et auteurs

où vibrent les musiciens, les poètes et les conteurs

où la vie bigarrée sans malice incruste le paysage

Cela peut prendre un certain temps : ne pas s’en étonner

 

Voici, par ordre d’implication, la liste des participants de #PFPpays

@francoisbourdon, @Aurise, @Lise_Goulet, @GilbertOlivier, @nathcouz


 

Lié à: le Suet, Pour faire le portrait d'un pays.

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Rien ne se perd, tout se transforme.

30 juin 2011

Inspirée par mon amie Monique Le Pailleur (alias @Aurise sur Twitter) et ses défis d’écriture collaborative des derniers mois (FictionBD et FictionTP, Juste des E, Microfictions monovocaliques, Twitteroman sans E) je me jette à l’eau à mon tour, en espérant que les twittérateurs et twiterrateuses (-res) y trouveront une nouvelle occasion de se dégourdir l’imagination et de s’amuser avec les mots, les images, les rimes, les sonorités et… tutti quanti. 🙂

 

Le défi

Il s’agira pendant le long congé de la fête du Canada, soit du 1er juillet à partir de 8h au 3 juillet jusqu’à 16h (heure de Québec), de pasticher collectivement un poème de Jacques Prévert intitulé Pour faire le portrait d’un oiseau. Il s’agit de pasticher en continuité et en tenant compte des tweets antérieurs.


 

Plusieurs thématiques pourront être explorées et vous pourrez les suivre en ajoutant un croisillon particulier pour chacune d’entre elles. Voici bien arbitrairement les thématiques que j’ai choisies :

  • Pour Faire le Portrait d’un ami abrégé sous le croisillon #PFPami
  • Pour Faire le Portrait d’un pays abrégé sous le croisillon #PFPpays
  • Pour Faire le Portrait d’une maison abrégé sous le croisillon #PFPmaison

 

 

Je colligerai les tweets au fur et à mesure qu’ils seront produits et je publierai les pastiches créés durant la fin de semaine sur mon blogue.

 

À vos claviers! Prêts? Poétweetez!

 

 

Lié à: le Suet.

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