Les feuilles mortes

20 octobre 2016

 

 

Puis-je vous suggérer une activité d’écriture « automnale » ?

 

Utilisez la terre comme support pour écrire et les feuilles comme encre : écrivez sur le sol en traçant des lettres (ou des dessins) en vous servant des feuilles mortes.

 

Utilisez un râteau comme stylo, déplacez les feuilles de manière à former des lettres ou des motifs (abstraits ou concrets) pour saturer de signes notre cour intérieure.

 

Invitez vos amis à se joindre à vous. Faites des œuvres monumentales ou minuscules.

 

En ajoutant du sens au terrain, on y ajoute de la valeur, on y augmente le poids de l’âme collective.

 

N’oubliez pas de prendre une photo une fois votre oeuvre terminée, publiez-la sur Twitter avec le mot-clic #FeuillesMortes ou apportez-la en classe pour exposition.

 

Le plaisir est dans les feuilles, maluron maluré…

Vite ! Car bientôt les feuilles vont disparaître dans le recyclage du compost.
 

Merci Jean-Yves pour ce beau défi!

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En attendant que la neige fonde…

6 avril 2015

Je ne sais pas pour vous, mais la dernière offensive de l’hiver en fin de semaine (je croise les doigts pour ce soit la dernière) m’a littéralement achevée. Okay, c’est plus beau une couverture d’un blanc immaculé que la sloche et les bancs de neige grisâtres… Cependant,  un 6 avril après plus de six mois de neige et de frette, j’ai le droit d’espérer un autre refrain que celui de Soir d’hiver sans avoir à imaginer toutes sortes de variations sur le sujet comme André Sauvé pour oublier  le spasme de vivre du plus long hiver que j’ai connu depuis mon installation au Québec.


Andre Sauve – La Poesie par justepourriremontreal

Dimanche soir, peut-être à cause du beau soleil et d’une trop grande exposition au magnésium, chasse aux cocos oblige, j’ai cru que  le congé de Pâques avait sonné le glas de cet hiver interminable et qu’avril serait radieux, chaud et la neige, histoire du passé. Voulant confirmer mon intuition qui ne me trompe jamais, je suis allée naviguer sur le site de Météo Média pour connaître les prévisions du mois à venir. Ô rage! Ô désespoir! Ô hiver ennemi!

«Après trois mois consécutifs sous les normales de saison, avril 2015 ne semble pas vouloir renverser la tendance. Mis à part une brève intrusion de chaleur à mi-parcours, le mois d’avril s’annonce frais. Seuls les audacieux pourront profiter des terrasses à cette période cette année. Les températures resteront sous les normales saisonnières en premier lieu. Une poussée de douceur pourrait se frayer un chemin à la mi-avril, avant de céder de nouveau sa place à du temps frais. Selon Réjean Ouimet, météorologue et présentateur à MétéoMédia, la douceur prolongée aura du mal à s’installer, d’autant plus que le Québec accuse environ deux semaines de retard au point de vue météo sur la moyenne. Les perturbations pourraient ainsi se manifester davantage sous forme de neige et habituellement en avril sur l’ensemble de la Province, il tombe entre 10 et 40 cm de neige.»

À la lecture de ces mots, mon moral accusa le coup! C’en était trop! Je décidai que, pour aider le printemps et l’apparition de la verdure, il fallait créer un élan collectif qui ne manquerait pas de réchauffer l’air et de faire fondre cette neige plus rapidement que les météorologues ne le prévoyaient.

Voici donc le défi auquel je vous convie : conjuguons nos efforts et créons collectivement une ode au printemps sur Twitter pour faire un pied de nez à la froidure et faire mentir les prévisions météos. J’ai choisi 28 photos* en ayant en tête ce début de phrase : en attendant que la neige fonde… et en espérant que le chiffre du plus petit mois de l’année, celui du mois de la Twittérature, sera de bon augure. Il vous suffit de choisir une de ces photos et d’écrire un tweet qui, tout en rendant compte de ce que l’image vous inspire, complètera la phrase «en attendant que la neige fonde…». Il n’est pas nécessaire de citer ce début de phrase dans votre tweet. Par contre, il faudra y intégrer la balise #eaqlnf (réduction acronymique de #EnAttendantQueLaNeigeFonde) pour me permettre de récupérer facilement tous les tweets du défi. Il faudra également ajouter le # de la photo que vous choisissez de commenter. Il est inscrit à côté de la photo.

 

Au plaisir de vous lire et que fonde la neige!

 

* Pas besoin d’une psychanalyse en règle pour expliquer le choix des 28 photos : hasard et coup de coeur sont les seules justifications. 🙂

 

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In memoriam

30 janvier 2014

«L’absence est la présence extrême

Monique Le Pailleur

 

Monique aimait les mots. Monique aimait le jeu. Monique aimait la pédagogie. Monique aimait les défis. Et nous, nous aimions Monique…

 

Avec elle, on remixait la littérature, on supprimait des lettres, on écrivait des histoires à coup de trois mots ou de 140 caractères : on s’amusait comme des fous. On inventait d’autres possibles, on réfléchissait au mieux, on ouvrait des portes : on rêvait à une école idéale.

 

Et maintenant, qu’allons-nous faire que tu es partie?

 

On dira, Monique en souvenir de toi, des mots doux, des mots de miel, des mots divins. On dira des mots magiques, de délicats mensonges.

 

On dira, on dira, Monique en souvenir de toi, des myriades de mots, des discours malicieux, des mots majestueux, de délicates mélopées, des murmures mystérieux.

 

On dira des désirs dodus. On déliera de défi en défi le fil des destinées, Monique en souvenir de toi. On rêvera de dissidence extrême sans hésiter dans l’impatience rebelle. On planera sans limites ni regrets. On enfantera l’infini. On magnifiera l’existence. On tissera ici et là des reliefs indécidables sans attendre d’habiter l’instant et de s’y perdre.

On se délestera des doutes et on diluera la mort. On se délivrera de la monumentale douleur. On ensemencera la réalité d’images débridées. On réalisera nos rêves et surtout, surtout, surtout ici, avec vous tous, Monique en souvenir de toi, on en imaginera d’irréalisables et on continuera d’écrire car tu le savais, écrire, c’est extirper du rien le merveilleux d’une présence imprévue.

À toi, in memoriam, ma belle amie,

Nathalie

 

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Une question d’amour

6 avril 2013
Bien placés bien choisis
quelques mots font une poésie
les mots il suffit qu’on les aime
pour écrire un poème
(Raymond Queneau, « Pour un art poétique », III)

 

 

Dire des mots qu’on aime, en ribambelles, pour le plaisir… Comme un bonbon, laisser les consonnes fondre contre les dents, les voyelles glisser sur la langue, les diphtongues caresser le palais, les rrrr roucouler, les fff frissonner, les mmm se pâmer…

Se délecter des saveurs incomparables, des arômes qu’ils dégagent; se laisser habiter par l’émotion et accéder à nos sentiments les plus profonds… Les bons comme les mauvais… parce que, des fois, aussi les mots tempêtent, se gonflent, s’empêtrent, se déchainent! Coups de machettes à couteaux tirés. Coupent, coupent! Taillent, taillent! Cisaillent et font mal, les  ssss assassins, les iiiii stridents, les nnnnn comme des nons qui fracassent, les bbbb qui bégaient, et tombent, et chutent, et ne se relèvent pas. Blessure fatale.

Quand on me fait mal avec des mots, moi je me dis des mots que j’aime, en ribambelles, pour que le plaisir revienne… Que la morsure s’atténue et disparaisse… Comme un bonbon, je laisse les consonnes fondre contre mes dents, les voyelles glisser sur ma langue, les diphtongues caresser mon palais, les rrrr roucouler, les fff frissonner, les mmm se pâmer… Et la magie opère : les syllabes se lient, s’arabiscottent et s’étonnent : «Tiens comme vous êtes jolie, comme vous me semblez belle! Voudriez-vous m’accorder cette danse jusqu’à la prochaine virgule? Allez, un petit french avant l’exclamation», susurre un coquelicot en pamoison…

Pour me consoler des mots, je fais un poème.  Bref ou non, je plonge dans l’extrême, j’extirpe le vilain, je cherche des mots que j’aime. Des mots doux pour panser mes blessures. Des mots sucrés pour retrouver mon sourire. Des mots câlins comme une berceuse pour m’endormir : saugrenu, colimaçon, pâquerette, éclectique, illumination, hurluberlu, hasard, aphrodisiaque… Je les sors du dictionnaire pour qu’ils virevoltent dans une phrase toute pimpante et rutilante; une belle phrase, une phrase qui touche le coeur et l’âme, une phrase comme un grigri, une phrase qui guérit…

Et sous les ponts coule ma peine
Il m’en souvient, c’était hier
Demain déjà luit
Un oiseau chante
Ma joie est pleine

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Manipulation d’images et de sonorités

13 juin 2012

En ce bel après-midi de juin, j’ai eu la chance de suivre un atelier avec un ancien élève de l’école secondaire Jean-de-Brébeuf, Aly Ndiaye alias Webster qui venait rencontrer les élèves de 5e secondaire de cette même école située à Limoilou (Québec).

Après quelques précisions sur son parcours personnel et sur des éléments-clés utilisés dans l’écriture des textes de ses chansons, suffisance des rimes et allitération notamment, Webster nous invite à nous laisser porter par le tempo d’une mélodie pour nous stimuler la muse durant 10 minutes consacrées à l’écriture spontanée d’un texte suivant une consigne précise qui nous permet de jouer avec la manipulation des images et des sonorités, chère à Webster dans la composition de ses chansons.

Webster fait piger au hasard dans le dictionnaire un mot. Il s’agit de «détournement». Ensuite, on trouve des mots qui riment avec ce dernier. Webster les inscrit sur le tableau et nous invite à composer un texte où ce mot figurera ainsi que d’autres rimant avec lui.

 

Voici donc le texte que j’ai écrit pour ce premier défi.

 

Sur la lame infinie de la vague

Vois le radeau de mon âme qui divague

Catastrophe humaine, voie de détournement

Vide, abîme, silence, rouleau blanc sans plus de déroulement

T’as beau lancer ta ligne

Y a pas un poisson qui s’enligne

Fatal, fatal, fatalité

T’es mort sans même avoir péché.


 

Le deuxième défi auquel Webster nous a conviés était de jouer avec les figures de style, les plus simples, la comparaison et la métaphore, en s’inspirant du thème de la nature.

Et ça a donné ça :

Croque-matin

Si la Terre était une orange

Les hommes seraient des pépins.

Petites pépites de couleur

Qui enchantent le décor

Comme des grains de café aux arômes variés

Le matin à mon petit déjeuner.

Je sens la palme de ton corps onduler

Sous la paume de ma main éveillée

Ta peau s’électrise…

Sensualité qui attise

Le désir

Je me tais.

Censuré!


 

Enfin, pour clore l’après-midi, il fallait parler d’un personnage célèbre fictif ou réel en ne prononçant jamais son nom, mais en le faisant deviner par le jeu des périphrases et des référents culturels.

Alors qui suis-je?

Je suis connu comme la peste

Personne me parle

Tout le monde me déteste

J’ai les dents longues et le poil hirsute

La voix rauque et une gueule de brute

Je suis grand

Je suis méchant

J’aime la chair tendre et rose

Des cochons

Du chaperon

De tous ceux qui osent

Entrer dans le bois

Sans fusil, sans chien , sans foi ni loi.


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Le songe du baobab

15 mai 2012

Avant-propos

ou

genèse de l’histoire avant de lire l’histoire

 

C’est l’hiver depuis longtemps. La neige est moche. Le printemps tarde à venir. Alors je pars. Le soleil, la chaleur, la farniente, Cuba. Si! Et puis, là, je rencontre David. David Garcia. Garcia comme dans Zorro! Je le taquine, je rigole. Je lui dis que, quand j’étais petite, j’étais amoureuse de Zorro. Il me trouve drôle. Il travaille comme animateur. Il écrit aussi. Il est un écrivain qui ne publie pas, car il doute… Je connais ça. Je me sens proche de lui. Alors, au terme d’une soirée passée à parler de littérature et d’écriture, je lui propose d’écrire avec moi une histoire. Je ne sais pas pourquoi je lui demande cela, c’est comme une nécessité. Il faut que j’écrive avec lui. Il me trouve dingue. «Loca, dit-il, et il rajoute : Mais tu quittes dans 3 jours! Et puis, on va raconter quoi?» Je réponds : «On s’en fout. On peut essayer, juste pour voir et puis, je reviendrai, et on continuera alors…» Il accepte. Comme je ne sais pas plus que lui ce qu’on pourrait écrire et par où commencer, je lui demande son mot préféré en espagnol. Moi, je lui dis : «Le mien, c’est coquelicot.» Il cherche, et finalement : «Ce n’est pas un mot espagnol. C’est le nom d’une ville, en Europe, Copenhague.» Et je conclus : «D’accord, ce sera le lieu. »Et voilà, ça a commencé comme ça!



 

«[…] et nul ne peut arriver à rien dans cette vie sans quelqu’un qui croit en lui.»

Paul Auster, Tombouctou

 

 

J’ai froid. Je ne sens plus mon corps. Tout autour de moi semble fuyant dans l’obscurité. Soudain, dans mon esprit, comme un radeau, un souvenir. Je m’y accroche. C’est un chant, son chant à elle. Elle, la seule depuis mon arrivée à Copenhague. Pourtant, là, à cet instant précis, ce n’est pas sa voix que j’entends. Ça ressemble à des cris. Des mots que je ne comprends pas. Toujours les mêmes. Ils sonnent comme le glas, froid, dur. . . Est-ce que je suis mort? Est-ce que c’est ça, la mort?

 

Un coup sur la poitrine. Mes poumons se tendent sous la pression. Un autre coup, plus sec, plus fort, accompagné des mots étranges. Encore un coup et ensuite un raz-de-marée, l’eau déferle, brûle ma gorge. Je crache. Je me redresse. Quatre hommes  sont penchés sur moi. Quatre inconnus, trois blancs et un frère de ma race, noir comme moi. Je le regarde fixement.  Je crache toujours. Son visage est tendu, inquiet. Enfin, je prends une grande inspiration et je ferme les yeux. Quand je les rouvre, c’est son sourire qui est là, simplement. Ses bras immenses gesticulent dans tous les sens. Il prononce des mots qui me sont familiers. Ses amis rient et je sens leurs haleines chargées de rhum lorsque deux d’entre eux m’aident à me relever. Les hommes me donnent de grandes claques dans le dos. Ils me font signe de les suivre en pointant du doigt un navire. J’avance avec difficulté, encore étourdi. Mes jambes sont engourdies. Des crampes ralentissent mes mouvements. Je trébuche sur les galets froids et manque tomber. Mes compagnons rient encore plus fort. Nous parvenons enfin sur le quai le long duquel des containers forment une muraille. Je ne l’avais jamais remarqué avant.

 

Nous nous faufilons entre ces sombres tranchées de métal d’où jaillissent à intervalles réguliers des filets de lumière. Les hommes qui m’ouvrent le chemin y apparaissent comme des fantômes aspirés aussitôt par l’obscurité. Ça ressemble à une descente aux enfers, pourtant chaque pas nous rapproche du monde des vivants. Ça pue : une odeur de poisson avarié mêlée aux vapeurs de pétrole, la même qu’à Amsterdam et qu’à Marseille. Tous les ports se ressemblent. Pourtant, aucun n’est pareil.

 

Lumière. Ombre. Lumière.

 

«Corazón, corazón.

Pon tu mano en mi mano, despierta mi alma, sacude mi cuerpo.

Corazón, corazón

 

 

 

Novembre. 6 mois depuis la dernière fois que j’ai vu le soleil, se lever sur le fleuve Niger. 6 mois depuis que j’ai décidé de saisir le rêve.  La première fois, c’était il y a si longtemps… J’ai pas fait attention. Mais quand le visage, celui d’une femme, les brumes d’un pays inconnu, baigné par des eaux froides et ces sons «co-ra-zón», revinrent, une fois, deux fois,  puis à chaque nuit,  jusqu’à devenir obsédants, je décidai de partir. Je me sauvai du village alors qu’il dormait, incapable de décrire la force qui me poussait à quitter. Personne n’aurait compris et moi-même, à cet instant, je ne comprenais pas tout…

 

 

Suite de l’histoire à mon prochain voyage à Cuba 🙂



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De la musique avant toute chose…

27 janvier 2012

…ou quand la valeur n’attend pas le nombre des années

Ce soir, 26 janvier 2012, ils étaient cinquante. Cinquante jeunes, des hauts comme trois pommes, avec même pas deux chiffres à leur âge et des plus vieux, des graines d’ados, réunis dans quatre groupes pour se partager la scène, les instruments, les micros et surtout les bravos parce que Gad, Flexobob, Zone 51 et Les Metallic, ils les méritaient nos applaudissements ainsi que tous ceux, parents comme éducateurs, qui les ont soutenus, encouragés, tous ceux qui se sont dévoués pour qu’ils puissent vivre un lancement d’album digne de ce nom et qu’on salue leur travail, leur persévérance et leur talent.

Sérieux, joyeux, concentrés, enthousiastes, fébriles, pleins d’énergie et surtout fiers de tous les efforts accomplis pendant les quatre derniers mois pour apprendre à jouer de la guitare, du clavier, de la batterie, des percussions, à chanter en français, en anglais, ils ont enchaîné avec brio comme des pros des succès d’hier et d’aujourd’hui (Adèle, Katie Perry, Lio, Niagara entre autres et leurs propres compositions), pas gênés pour cinq cennes, interrompant Les cactus de Dutronc par une petite blague, chorégraphiant des pas de danse sur LMFAO… Bref, IMPRESSIONNANTS!

Moi, je swinguais sur leurs notes, et je me suis dit, en les écoutant, que j’avais la chance de faire le «pluss» beau métier du monde, celui qui donnait l’occasion d’aider des jeunes à s’épanouir, à trouver leur «voix», celui où on pouvait avoir l’audace de croire en ses rêves, de les réaliser et de constater qu’il n’y a pas que dans les contes de fées que les fins sont heureuses, que, des fois, dans la vie aussi, ça existe pour vrai, comme ce soir.

D’ailleurs, je suis prête à parier que Jean-Sébastien Boies, l’instigateur du projet Amplisson, qui a accompagné, avec d’autres professionnels, ces enfants de l’école institutionnelle de l’Arc-en-Ciel et de l’Aventure depuis l’hiver 2010, a su créer un réel engouement à voir les yeux des plus jeunes briller en regardant leurs aînés sur la scène et que la relève est assurée pour l’année prochaine. Longue vie à Amplisson et comme le propose Mario Asselin «pourquoi n’aurait-on pas un genre de « Cégep en spectacle » au primaire pour les apprentis-musiciens qui ont déjà, à dix ou onze ans, la gestuelle typique des vedettes du pop-rock !»

Je laisse le mot de la fin à un grand poète qui avait lui aussi le sens du rythme, Monsieur Paul Verlaine qui écrivait dans son Art poétique «De la musique encore et toujours ! […] Et tout le reste est littérature

Musique, maestro!

 

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Projet Amplisson

14 janvier 2012

Quand on parle d’éducation, il est rare que ce soit des réussites dont on parle et bien malheureusement les médias s’emploient plus souvent à critiquer les programmes, les bulletins, la Réforme qu’à mettre leur influence au service des bons coups qui peuvent se réaliser dans les milieux scolaires!

Aujourd’hui, j’ai décidé de prêter la vitrine de mon blogue à un projet dont m’a parlé une de mes amies et à solliciter la puissance des réseaux sociaux pour que l’année 2012 qui débute soit sous le signe des ces évènements heureux et signifiants qui donnent envie à nos enfants d’apprendre, de partager et de s’épanouir dans nos écoles québécoises.

Le projet se nomme Amplisson. À sa tête, il y a Jean-Sébastien Boies, un musicien professionnel qui a mis sur pied, avec son frère, le groupe Projet Orange dont vous avez peut-être déjà entendu parler. En effet, Projet Orange a reçu le mandat par la SAAQ de produire une chanson destinée à une campagne publicitaire de sensibilisation contre la vitesse au volant. C’est ainsi qu’est née la chanson « De Héros à Zéro » que je vous invite à écouter.

Amplisson est un projet de création et d’interprétation musicales qui a été mis sur pied à l’hiver 2010. L’organisation est chapeautée par monsieur Martin Savard, directeur de l’école institutionnelle de l’Aventure et de l’Arc-en-Ciel. Cette année, ce sont 50 enfants des deux écoles, répartis dans quatre groupes, qui participent aux ateliers musicaux. Les objectifs poursuivis par ces ateliers sont de former les jeunes à l’apprentissage de divers instruments de musique, de développer leur passion pour la musique et de leur apprendre la force du travail d’équipe. Ainsi, chacun de ces enfants assiste à une quarantaine de pratiques pendant lesquelles trois ou quatre chansons sont apprises. Ils enregistrent ensuite leurs chansons dans un studio professionnel et se produisent devant public. L’an dernier, les adultes impliqués dans l’entreprise ont pris conscience que, au-delà des objectifs avoués, ce projet avait eu des impacts insoupçonnés sur la motivation des jeunes et leur rendement académique. D’ailleurs, une équipe de TVA s’est intéressée de près au groupe et à leur première composition musicale intitulée You can try.

 


Le lancement d’album aura lieu le 26 janvier 2012. 300 personnes y seront conviées sur invitation. Afin de faire vivre l’expérience d’un vrai lancement d’album aux jeunes musiciens, des ressources ont été trouvées, mais il manque encore un service de traiteur et la présence de nombreux journalistes pour rendre compte de l’évènement.

Je crois sincèrement que ce projet mérite de recevoir l’appui de tous. Je vous invite donc à afficher ce billet sur vos murs Facebook, à le tweeter sur Twitter pour le publiciser aux médias  et à communiquer mes coordonnées (@nathcouz) à vos contacts dans la restauration qui pourront offrir gracieusement un service de traiteur pour aider à ce que ce lancement soit un succès. Merci 🙂

 

 

 

 

 

 

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Partance

30 novembre 2011

«Le langage du monde s’écrit par chances et coïncidences. Dans la vie, tout est signe.»

Paulo Coelho, L’Alchimiste

 

À D.C

 

Pause.

Le temps s’arrête.

L’horizon n’a plus de frontières.

 

Une voix emplit l’espace saturé par les accents étrangers, les roulements des valises, les vrombissements des moteurs.

Par-dessus la foule bigarrée, une voix, chaleureuse et sensuelle, qui prononce des noms exotiques, qui drague l’imagination, qui invite à l’évasion.

«Les passagers à destination de Rio de Janeiro sont attendus porte 5.Je répète. Les passagers à destination de Rio de Janeiro. Porte 5. Dernier appel avant l’embarquement.»


Images portées par la voix : mille et une…

Soleil, plage, neige, toundra, vaporetto, bateau mouche, taxi jaune, gondole, Tour Eiffel, Grand Canyon, Sahara, Kilimandjaro, dolce vita, cabaret, souk, Danke schön, grazie, aligato, tapas, loukoums, vodka, bonheur, rires, repos, émerveillement, retrouvailles, dépaysement, fuite…

Ailleurs.

«Les passagers à destination de Copenhague sont attendus à la porte 21…»

 

Jamais autoritaire et pourtant toujours écoutée, la voix est maîtresse.

Elle enchaîne son leitmotiv ensorceleur.

« Les passagers à destination de Casablanca sont attendus… Les passagers à destination de Casablanca… Je répète… Dernier appel avant l’embarquement.»


À chaque fois, les hommes et les femmes se lèvent.

À chaque fois, ils marchent en direction des portes.

À chaque fois, ils obéissent.

À chaque fois.

Partance.mp3

 

 

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Viva la vida

16 août 2011

La vie est ailleurs et, parfois, elle est là : fugace, l’air de rien, elle passe. Elle passe et, si nous n’y prenons garde, elle ne s’arrête pas. Elle n’attend pas. Elle passe. Étoile filant dans le firmament, elle ne reviendra pas. Ça peut paraître pessimiste comme vision. Ça peut paraître sans lendemain, un peu bornée, cette limite de l’horizon du maintenant… Et pourtant, qu’en est-il du présent? Comment figer les instants heureux, les rendre immuables? Comment assurer l’éternité du bonheur?

Il existe un mot pour traduire le caractère de ce qui dure toujours ou très longtemps : c’est la pérennité. Souvent, nos vies ressemblent à de longues plages où sur le sable, on écrit, on dessine, on travaille la matière pour y imprimer des signes, signes qu’une vague effacera, signes qui disparaîtront de notre vue… Que se passe-t-il alors si chaque jour est comme une nouvelle page, vierge, immaculée, où tout est pour recommencer?

Moi, sur la page blanche, je lance mes mots pour meubler le grand vide, pour arrêter la vie et pour capturer le bonheur. J’invente des vies parce que je sais qu’il faut vivre, qu’il n’y a rien de plus terrifiant et grisant que la vie, que bien souvent on ne vit pas, qu’on fait semblant pour y échapper belle et bien car, en vrais vivants, on est passé maîtres dans des pas de danse de plus en plus savants et jolis qui nous en éloignent. On passe nos journées, nos nuits ou des heures, bref on passe notre temps. On passe la main ou on passe notre tour. On passe en revue ou on passe à autre chose. On passe outre ou on passe sous silence. Et au bout du compte, comme on est souvent passé à côté, il ne s’est rien passé, il ne se passe rien et il ne se passera plus rien, car c’est l’heure de passer, pour de vrai, de l’autre côté… Fini.

Fini comme dans pour toujours?

Non.

Je parle. Je ris. Je crie. Je fais du bruit. Je chante. Je danse. Je mange. Je bois. J’embrasse. Je caresse. Je savoure. Je déguste. Je profite. Je jouis. J’écris. J’aime. Je vis.

 

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C’est si bon… (3)

30 juillet 2011

Bonheur # 3 : Sabler du bois

 

Avis de l’auteure

Ce billet contient des propos destinés à un public adulte. Pour une fois, les mots suffiront à évoquer les images 😉

 

J’avais devant moi plus d’une trentaine de planches de pin noueux tout juste délignées. Pour les néophytes, déligner revient à couper dans une grande planche, des morceaux plus petits, genre plinthes. C’est plus économique que de les acheter tout faits. Je devais sabler le dessus des plinthes pour enlever les aspérités causées par la lame avant de les vernir. Je ne savais pas que cette tâche répétitive, donc à priori plutôt ennuyante, m’amènerait à vivre une expérience sensorielle très agréable, voire un moment de pure extase…

 

En guise de préliminaires…

Avez-vous déjà sablé[1] une planche, un meuble, un cadre? En fait, peu importe l’objet, c’est la matière dont il est fait qui est intéressante ou plutôt la matière qui va se révéler au fur et à mesure que les va-et-vient de la main métamorphose sa surface. Petit à petit, sous l’effet du papier sablé, l’objet change d’aspect : de rêche et brut qu’il était, imparfait, plein d’échardes, le grain du bois s’affine, s’adoucit, acquiert une délicieuse délicatesse. Il devient soyeux, sensuel, voluptueux sous les doigts. Il suscite le plaisir du toucher tout en aiguisant la vue, l’odorat et l’ouïe aussi.

Avant cet après-midi d’été, je n’avais jamais prêté attention aux sensations que procure ce lissage répétitif et patient. Alors, pendant que ma main reproduisait le même mouvement sur le bois, j’ai laissé vagabonder mon esprit, signe que la relaxation s’amorçait et qu’une fois de plus, je m’adonnais à un exercice bénéfique pour ma détente.

 

Les parfums, les couleurs et les sons se répondent…

Ma main se pose sur la planche brute. Elle remonte lentement le long du bois. Elle glisse doucement pour y déceler les imperfections. Elle s’arrête, fait marche arrière puis repasse tranquillement pour mieux apprécier la matière et évaluer la quantité de va-et-vient nécessaires. Ma paume, mes doigts, mes yeux s’appliquent, concentrés : ils mémorisent minutieusement chaque parcelle du bois à sabler. Ils enregistrent la distance entre chaque geste. Ils imaginent le scénario, précisément : glisser sans retenue jusqu’au premier nœud. S’arrêter. Papier sablé numéro 80, gros grain. Deux ou trois coups rapides, juste pour enlever le plus gros. Respirer l’odeur du pin. Souffler sur le bren de scie. Du regard estimer le résultat. Lisser avec la paume. Changer de papier. Un grain plus serré. Être attentive aux murmures de la planche. Chercher l’harmonie sur les cordes du bois. Recommencer jusqu’à égaliser la surface. Ainsi de suite, jusqu’à sentir le bois s’adoucir, peu à peu, jusqu’à ce que le mouvement de la main soit si léger que le bois en frémisse, comme la peau qui reçoit une caresse. Repasser encore une fois la main sur toute la planche pour goûter la douceur. Fermer les yeux. S’abandonner…

 

Longtemps! toujours! ma main…

Tu es allongé, nu. Tu es beau. Tu reposes, le corps alangui de paresse dans la douceur de ce matin d’été. Ton visage est enfoui dans l’oreiller, tu dors encore. Ton souffle, imperceptiblement, rythme l’élan de ta poitrine. Les draps ont glissé à terre. Je contemple le paysage de tes courbes.

Je m’approche sans bruit et, délicatement, je pose mes mains sur tes jambes. Tu tressailles : mes mains sont fraiches, ton corps si chaud… Je les laisse s’imprégner de ta chaleur puis je continue mon voyage. Ah! «Si tu pouvais savoir tout ce que je vois! Tout ce que je sens! Tout ce que j’entends» sur ta peau. Il y a des vallons où j’aimerais me reposer, des sentiers ombragés et doux qui fleurent bon le cèdre du Liban, des lacs accueillants et paisibles où j’aimerais plonger. Tes fesses rebondies me font entrevoir un oasis invitant où se déploie le parfum du pamplemousse. Ta peau gorgée de soleil rappelle l’ambre de Sicile. Impossible de résister à la sensualité dangereuse qui s’éveille irrésistiblement. Je m’égare… Petit poucet rêveur, j’égrène quelques baisers blancs. Je folâtre. Mes doigts dessinent sur ton dos des arabesques, amorçant un rituel magique pour t’envoûter.

Sensible au fourmillement du désir naissant, tu frémis. Tu respires plus vite et ta peau soupire, altérée par des souvenirs anciens. Tu t’agites, je suspends mon geste, prolongeant l’attente, exacerbant ton impatience. La voile se gonfle, le pont se remplit de cris insolites et confus, le rivage s’éloigne dans un tangage langoureux.

Tout à coup, il n’y a plus de lit, plus de chambre, plus d’espace. Il n’y a plus de navire, plus d’île, plus d’océan. Il n’y a plus de vague, plus de main sur une planche de bois. Il y a l’extase savoureuse de la volupté, le plaisir éblouissant qui nous enlève, l’ivresse de l’harmonie où nos soupirs s’embrassent et «chantent les transports de l’esprit et des sens.»

 

 


[1] Pour les puristes de la langue, le terme sablage renvoie à l’action de sabler, de couvrir de sable, de décaper, dépolir, graver à la sableuse. Le sablage d’un meuble, d’un plancher. C’est au Québec, un terme plus fréquent dans l’usage que celui de ponçage en France.

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C’est si bon… (2)

20 juillet 2011

Bonheur #2 : Regarder le lac


À toute heure du jour comme de la nuit, j’éprouve une joie indicible à contempler le lac, sa surface changeante ou impassible.

A cinq heures du matin, la brume y danse. La rive d’en face se confond dans son reflet sur l’eau, se révèle identique et troublante à mesure que le brouillard se dissipe. Où est la frontière? De quel côté est la vérité? Mise en abyme des existences. «Miroir, joli miroir, dis-moi : Qui suis-je…»

Je regarde souvent par la fenêtre en prenant mon petit déjeuner et me perd dans la distorsion des formes sur l’eau, laissant mon esprit vagabonder au rythme lent des nuées. Le dédoublement du paysage m’ouvre les portes de la méditation.

 

 

Quand il pleut, la pluie troue l’image du chalet dans l’eau, créant des interstices pour passer de l’autre côté tandis que le chalet devant mes yeux disparait derrière les barreaux gris. Je suis trop grosse pour passer dans ces conduits minuscules et pas assez forte pour écarter les barreaux qui cadenassent l’horizon. Puis la pluie cesse tout à coup et le lac reprend sa figure apaisante et tranquille. Tout redevient normal : le miroir reflète de nouveau une réalité connue.

 

 

À minuit, le lac devient la piste de danse de la lune lorsque elle veut aller au bal et le miroir prend un tout autre aspect, fascinant. Quand elle est ronde et pleine, un autre monde s’ouvre sous nos pieds dans les profondeurs du lac où se réfléchissent les nuages, la forêt, les étoiles et toutes les ombres de la nuit. Du haut du quai, on aperçoit les montagnes du Tibet. L’Himalaya est sous nos pieds : il nous suffirait de sauter pour se retrouver sur ses pentes. Quelle étrange sensation que d’entrevoir l’au-delà… Y a-t-il une correspondance entre les réalités? L’image réfléchie dans le miroir est-elle réelle? Pourtant, il n’y a rien d’épeurant : les illusions jouent à nous tromper, nous invitant à imaginer d’autres univers parallèles. Il n’y a plus de limites : vertige de l’infini…

 

 

Comme un isthme, le lac rapproche les fragments de terre et de ciel et les unit. C’est le lieu du passage, des invocations rêveuses, du retour inattendu des souvenirs. L’eau est un linceul où sont ensevelies tant d’images : passé, présent et futur se conjuguent dans cet enchevêtrement des espaces.

 

 

Quand le lac est bercé d’une légère brise, sa surface se plisse et rien n’y paraît. Il scintille de mille feux comme si les étoiles qu’il avait accueillies en ses eaux s’amusaient à clignoter.

 

 

Prendre le temps de regarder le lac, c’est prendre le temps du calme et de la sérénité. C’est accepter de se laisser bercer le coeur, de respirer au rythme égal de l’onde. Le déroulement infini des vagues n’a pas son pareil pour me détendre. J’y trouve toujours un réconfort précieux. Et quand le soir tombe, à la brunante, je m’émerveille de la lumière qui tombe sur le lac. Chaque soir… car, sans mentir, vers 19 heures, comme en ce moment, chaque soir, je prends quelques minutes pour remercier la nature de la féerie qu’elle m’offre.

 

 

 

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C’est si bon…

18 juillet 2011

Petit guide des bonheurs estivaux

Avant-propos ou prologue[1]

Ce petit guide des bonheurs de l’été est un recueil bien modeste, destiné à l’usage des personnes très occupées durant toute l’année qui n’ont pas le temps de profiter des choses simples et n’ont aucune ou que très peu d’aptitudes pour les travaux manuels. Étant moi-même une de ces personnes, je me suis inspirée de mon quotidien estival et des bonheurs que mes vacances au bord de l’eau m’offrent pour réparer le vide éditorial qui laisse tant de mes semblables dans l’oisiveté durant leurs congés sans leur permettre de vraiment décrocher et d’apprécier les plaisirs inattendus d’activités sans prétention. Chaque bonheur est accompagné d’une description pratique (capsule balado, vidéo ou schéma) invitant les lecteurs et lectrices à passer des mots à la pratique. L’ordre de présentation des bonheurs ne correspond pas à leur degré d’importance. Ils peuvent donc être lus dans le désordre ou selon toute autre fantaisie au fur et à mesure de leur publication.

 

Bonheur #1 : Tondre la pelouse


Activité saisonnière au Québec une fois que la neige a fondu, la tonte du gazon remplace le déneigement de l’entrée et se pratique une fois par semaine durant les mois de mai et de juin, généralement en fin de semaine, dès que les terrains sont nettoyés des gravats laissés par les souffleuses. Elle s’atténue à mesure que l’été progresse vers sa fin et, au Québec, cette fin arrive toujours trop tôt. Ainsi on tondra moins en juillet, encore moins en août et quasiment plus en septembre puisqu’une autre activité très sympathique, mais annonciatrice d’une autre saison s’impose : le ramassage des feuilles. À voir les sacs orange qui s’entassent dans les entrées des maisons, on comprend le choix de la feuille d’érable sur le drapeau canadien… Mais revenons à notre gazon! Je considère la tonte de la pelouse comme une thérapie douce, car elle permet un entrainement progressif au décrochage intellectuel. Deux principes actifs entrent en jeu dans ses effets thérapeutiques : le bruit étourdissant du moteur et le parcours aléatoire qu’on décide de suivre pour tondre.

Beaucoup de bruit pour rien

Le vacarme de la tondeuse suffit à lui seul à couper tout être normalement constitué du reste de l’humanité et l’oblige à des réparties du genre «Hein quoi, qu’est-ce que tu dis?», accompagnées de grimaces d’incompréhension quand on entreprend de lui parler. La nuisance sonore produite par la tondeuse, assez pénible en soi pour l’entourage, surtout à des heures indues, a cependant l’avantage d’obnubiler l’esprit du tondeur de gazon.

 

 

Le ronronnement lancinant et régulier du moteur rythme son souffle, ses battements de cœur, ses pas. Peu à peu, il occupe tout l’espace de sa pensée et lui permet finalement de se concentrer sur le silence en lui-même. Plus rien n’existe en dehors de l’espace saturé de décibels et le tondeur atteint alors un état de plénitude incomparable qui le laisse ahuri lorsqu’il coupe les gaz et revient au monde.

 

Le fil d’Ariane

Le deuxième principe guérisseur consiste à dessiner une figure géométrique sur la surface de l’herbe. Vu les mouvements limités que permet la tondeuse, elle est plus souvent de forme concentrique ou encore rectiligne. J’avoue avoir une préférence pour les lignes droites et j’éprouve un certain plaisir à les voir apparaître à mesure que la tonte progresse. Faut-il voir une réminiscence de mes origines françaises dans cet intérêt pour l’esthétisme de la géométrie parfaite des jardins à la française? Je m’y applique avec un zèle presque maniaque, reprenant une ligne quand j’estime qu’elle dévie de sa parallèle précédente. Croyez-moi ou non, l’attention portée à ce dessin grandeur nature me vide l’esprit de façon absolue. Je m’absorbe dans la création de ce dessin labyrinthique, réduisant de plus en plus la zone à tailler jusqu’à la faire disparaître totalement. Il y a comme une satisfaction à voir surgir le dessin à chaque passage de la tondeuse.

 

 

 

 

Je m’étonne à chaque semaine de retrouver cette petite joie bien simple bien que je n’aie aucun talent pour les perspectives ou le dessin à proprement parler. Cependant, la création au fil du couteau me plonge dans un état de zénitude totale à chaque fois lorsque je contemple le résultat final. Un peu plus et on se croirait sur les gazons de Wimbledon. C’est tout simplement beau.


[1] J’ai toujours eu envie d’écrire un avant-propos. D’ailleurs, ça fait plus sérieux, un livre qui commence par un avant-propos, non? Voir le Prologue de Gargantua en guise de preuve.

 

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Dodoche verte sans retouche

30 mai 2011

à Brigitte

Le soleil plombe. Il est 15 heures. Un petit village du Lubéron, perdu dans les collines, avec un style du vieux temps : des maisons de pierre, quelques vignes qui grimpent sur les murs, les ruelles, étroites, pavées où le talon accroche, les volets bleus, fermés pour garder la fraîcheur à l’intérieur, le silence, aussi pesant que la chaleur, que dérange parfois le cricri des grillons. Un vrai décor de film : je m’attends à voir surgir Lancelot ou Roland au coin du presbytère.

 

Je profite de cet instant de pur bonheur : je ferme les yeux. Quand je les rouvre, elle est là, avec un monsieur au volant, aussi vieux et délabré qu’elle. Merde alors! Une dodoche! La même que quand j’étais petite! Toute délavée… Avec le toit en toile noire et les vitres qui se relèvent d’une drôle de façon. Avec cette allure espiègle et surprenante, du genre pas impressionnée pantoute par les grosses cylindrées.

Tout à coup, à cause de la dodoche, ou de la chaleur, ou des cricris incessants et étourdissants des grillons, ou peut-être des trois, ma tête tourne, mon cœur s’accélère, les souvenirs s’emparent de moi…

 

J’ai six ans. Brigitte est venue me chercher pour partir au ski. Je vais faire la route avec elle jusqu’à Peisey-Nancroix, un petit village de Savoie, dans le Massif du Beaufortin. Ça nous prendra bien quelques heures parce que la dodoche de Brigitte, elle a beau être toute neuve, c’est pas une formule un! Mais moi, je l’adore, cette voiture. Y a pas mieux. D’abord, on est assis haut dedans. Alors, quand on est petit, on voit le paysage en roulant : on se contente pas de la cime des arbres ou des panneaux de signalisation routière. Ensuite, ce que j’aime le plus, c’est le toit. Absolument génial! Quand on est lancé sur l’autoroute, le vent pogne dedans, pis là ça fait une musique, une sorte de mélodie étrange, envoûtante… Wow… Terrible… Aujourd’hui, difficile de dire à quoi elle ressemble, pourtant je sens que cette mélodie est imprimée en moi comme une trace indélébile et fugace en même temps, énigmatique… Savoir qu’elle est là, cachée dans un coin de ma mémoire, me réconforte.

L’autre avantage géant de ce bolide à quatre roues, c’est qu’il n’y a pas de radio. Dans cette voiture, la sobriété des équipements rivalise avec le néant. Et c’est ça qui est génial : le néant, justement. Parce qu’il laisse toute la place aux trucs vraiment importants : les rires, les échanges, les silences aussi… Bref, cette voiture, c’est un concentré de vie, de bonheur et de joies.

 

Alors, rencontrer cette dodoche, là, sur cette petite place de Provence, par hasard ou peut-être pas, c’est comme un coup de la providence. Elle frappe fort, la maudite. Je ne m’y attendais pas.

 

Fallait que j’immortalise la fulgurance de ce choc : je l’ai prise en photo.

Avant de la quitter, je me suis arrêtée pour la saluer. Je lui ai fait comme un clin d’œil. Le vieux monsieur qui était au volant m’en a fait un aussi. Peut-être que c’était un adon, peut-être qu’il clignait de l’œil simplement parce que le soleil tapait sur le pare-brise. Mais moi, je suis sûre que non, que c’était une réponse, son clin d’œil. Que le monsieur, c’était un ange du bon Dieu, venu me dire que la vie, c’est une dodoche : que ça brasse, que le vent pogne dedans, que les fenêtres claquent, que ça va pas forcément vite mais, quand on y est installé, on roule, on chante, on se regarde, on se parle, on s’écoute, on partage, on s’aime.

 

Je ne sais pas si des images de votre enfance, parfois, surgissent de nulle part et vous font reconnecter avec l’essentiel. Je vous souhaite de tout cœur de laisser un petit coin à quelque part pour ces petits bouts de paradis : y a sûrement une dodoche qui vous attend vous aussi au détour d’un chemin. Laissez-la vous rappeler que la vie est belle, pincez-vous, faites un vœu et dites : «Dodoche verte sans retouche». Votre souhait sera exaucé.

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Si fragile…

11 mars 2011

Le 26 décembre 2004, un séisme se produisit, au large de l’île indonésienne de Sumatra avec une magnitude de 9,1 à 9,3. Ce tremblement de terre eut la quatrième magnitude la plus puissante jamais enregistrée dans le monde. L’Indonésie, les côtes du Sri Lanka et du sud de l’Inde, ainsi que l’ouest de la Thaïlande furent dévastées et le bilan en pertes humaines dépassa les 220 000 personnes. Ce fut l’un des 10 séismes les plus meurtriers et le pire tsunami jusqu’à aujourd’hui.

Suite à ces tragiques événements, mon école avait organisé un spectacle et une campagne pour récolter des fonds et aider les orphelinats de la congrégation des soeurs de Jésus-Marie qui se trouvaient dans ces régions. J’avais alors contribué à ce spectacle en interprétant un slam accompagnée par le violoncelle et le violon de deux de mes élèves très talentueuses, Rosemarie Sabor et Sheila Jaffée. Aujourd’hui, le séisme subi par le Japon réveille en moi le triste souvenir de la composition de ce texte.


Journal

26 décembre
8 heures, à peine
Une vague
Énorme
Terrible
Un raz-de-marée
Sans fin
Déferle
Écrase
Détruit
Avale
Tue

Tsunami

Plus tard
Dans la lumière du petit matin
Décombres
Ruines
Villes dévastées
Immeubles
Routes
Arbres
Déformés, cassés, pulvérisés
Terres ravagées

Tsunami

Visages constellés d’écorchures
Corps meurtris
Esprits ravagés
Cœurs déchirés
Orphelins hagards
Parents en pleurs
Amis disparus
Existences fauchées
Vies arrêtées
Morts injustes par milliers

Tsunami

Tristesse indicible
Émotion douloureuse
Sentiment d’impuissance
Appels au secours
Recherches vaines des survivants
Errance folle
Angoisse insupportable
Désespoir accablant
Solitude inconsolable
Turpitude ignoble
Rage sourde

Tsunami

Mains tendues vers les oiseaux de fer
Regards suppliants
Faim inapaisée
Soif ardente
Attente interminable
Cris oppressants
Images atroces de la misère humaine

Tsunami

Indonésie
Jakarta
Sumatra
Sri Lanka
Thaïlande
Phuket
Inde
Birmanie
Bengladesh
Maldives
Paradis terrestres
En un jour
Anéantis

Tsunami

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Le bonheur est dans le pré…

13 février 2011

Il y a somme toute quelque prétention à vouloir écrire sur le bonheur, car bien d’autres s’y sont aventurés avant moi, cherchant une définition de ce qu’il serait, pour mieux comprendre et expliquer les comportements des hommes et aussi leur façon de concevoir leur rapport aux autres et à la vie. Ce n’est pas mon propos ni mon intention. Je désire simplement vous raconter une histoire.

Elle commence dans l’Antiquité, à Delphes plus précisément, là où on venait pour consulter l’oracle du temple d’Apollon, cette prophétesse inspirée par le dieu qui transmettait aux hommes des réponses à leurs questions.


7 merveilles grèce antique – 6) l’oracle de delphes
envoyé par yannaki. – Evadez-vous en vidéo.

Le message de la Pythie était souvent confus, incompréhensible pour le commun des mortels, très imagé, ce qui obligeait les deux prêtres qui l’assistaient à traduire ses paroles, à interpréter la réponse divine et à la mettre en forme, le plus souvent en vers d’ailleurs. Cependant, si on se détache de ces paraboles qui requéraient une imagination certaine et qui échafaudaient sur l’ambiguïté, une certitude s’impose, celle qui avait été écrite au fronton du temple et qui était bonne pour chacun venu interroger le destin et savoir si sa bonne heure était proche : «Connais-toi.» Je crois que la réponse à leurs questions était déjà là, dans cet aphorisme, et qu’il leur aurait suffi de comprendre ce que cela signifiait pour eux à cet instant plutôt que de consulter la Sybille et de suivre aveuglément ses propos incohérents au péril de leur véritable bonheur.

La suite de cette histoire se passe sur l’autoroute 20 entre Montréal et Québec. Je fais la route avec trois inconnus et l’un d’entre eux s’appelle Dean, un homme d’une quarantaine d’années, affublé d’une drôle de tuque, vous savez une de ces tuques pour enfants avec une tête d’animal et des oreilles, un truc d’ailleurs un peu ridicule pour un homme de son âge. L’original Dean garde sa «bibitte» sur la tête durant une grande partie du voyage bien qu’il fasse chaud dans l’auto. En quelques minutes et parce qu’il est extrêmement sociable, pour une fois où je trouve quelqu’un qui a plus de tchatche que moi, ça mérite une mention ;-), j’en apprends beaucoup sur mes compagnons de voyage et surtout sur cet énergumène cocasse et tendre qui nous parle de son amour pour Montréal qu’il habite depuis plus de vingt ans après avoir déserté la très triste et très platte Toronto, de ses deux chats Dagobert et Ashton, prénommés ainsi en hommage à la discothèque de la Grande Allée et à la célèbre chaine de restaurants où on trouve, selon Dean, la meilleure poutine, des Cowboys Fringants qui est son groupe de musique préféré et de sa passion qui est de courir les festivals à travers la Province avec sa tuque de bison. Bon, je sais que ça fait un peu beaucoup à absorber en si peu de lignes, mais imaginez moi en quelques heures, dans l’habitacle exigu d’une auto…! Je vous passe les commentaires sur la beauté des filles de Québec, les difficultés des anglophones à se faire accepter des francophones s’ils ne font pas l’effort de s’exprimer en français, les explications saugrenues des capacités intellectuelles de ses chats à qui il a appris entre autres des phrases dans dix langues, (preuves à l’appui sur Youtube, alors si c’est pas vrai, hein, je sais pas ce qu’il faudra pour vous convaincre!) et les choses absolument formidables qui peuvent vous arriver si vous vous laissez embarquer dans la folie du Carnaval, bref j’en passe des vertes et des pas mûres…

Véritable connaisseur des grands événements culturels québécois et fier défenseur de cette culture qu’il a adoptée (comme quoi tous les anglo ne sont pas des colons mal dégrossis), Dean se métamorphose en guide touristique : pas un coin du Québec ne lui est inconnu et il nous parle avec ferveur de Woodstock en Beauce, du festival d’été de Québec et du fun qu’il a pu vivre dans ces grands rassemblements. Mais le plus savoureux du voyage survient quand Dean se met à nous raconter l’histoire de sa tuque : on apprend alors que l’animal sur la tuque est un bison et c’est là que le fun pogne dans l’auto parce que jusque-là c’était drôle et sympathique, mais là ça devient complètement aux frontières du surnaturel…

Voilà donc dix ans que Dean a acheté sa tuque au Cohoes de Montréal et qu’il la porte au début simplement comme n’importe quel bonnet de base pour se garder la tête au chaud. Mais ce que ne sait pas Dean et ce qu’il va découvrir, c’est que sa tuque est magique : tout le monde tombe en amour avec elle et cet effet de pamoison général qu’elle provoque va l’animer de bonnes intentions envers ces pauvres humains que nous sommes. Elle se gorge de tout cet amour qu’elle suscite et la porter peut provoquer des événements heureux. Simple coïncidence ou véritable pouvoir? Personne ne le sait et Dean pas plus qu’un autre. Cependant, Dean l’emporte alors avec lui à chaque roadtrip qu’il fait à travers la Province hiver comme été et chaque personne qui croise son chemin et à qui il raconte la fabuleuse épopée de la tuque de bison, célébrités comme nonames, n’hésite pas à s’en couvrir le chef et être photographiée avec elle pour bénéficier de cette promesse de bonheur prochain. À ce jour, la tuque de bison s’est baladée à travers le monde sur plus de trois mille têtes, allant des Canadiens de Montréal en passant par Roger Hodgson, et même le très controversé maire de Québec, Régis Labeaume, mais pas Stephen Harper, quoique Dean admette que ça l’aiderait peut-être à mieux gouverner…

Alors, quel lien entre l’oracle de Delphes, Dean, la tuque de bison et mon propos sur le bonheur, me direz-vous? Quand on interroge Dean sur les réactions des gens autour de lui à propos de ce «tuquage», il dit que cela les fait sourire. Et c’est vrai, j’ai moi-même beaucoup souri pendant que Dean me racontait la fabuleuse histoire de la tuque de bison. C’est là qu’Émile Chartier, plus connu sous le nom d’Alain, entre en jeu. Il rapporte dans ses Propos sur le bonheur le contenu d’une petite annonce qui vantait les mérites d’un fluide vital que tous posséderaient, mais dont seul le professeur X connaitrait l’usage et qui permettrait de réussir dans la vie, d’agir sur l’esprit des autres, et de les disposer favorablement. Puis il commente cette petite annonce en soulignant l’intelligence de ce professeur ou de ce charlatan, selon la perspective qu’on choisit d’adopter, et conclut que la seule chose que fait cet homme, c’est de donner aux gens un peu de confiance, assez pour que «ses clients triomphent de ces petites difficultés dont on se fait des montagnes.» Il rajoute que, probablement, sans le savoir, il les forme «à l’attention, à la réflexion, à l’ordre, à la méthode […] car il s’agit toujours d’imaginer avec force quelqu’un ou quelque chose.» Ce faisant, les gens ne pensent plus à leurs échecs mais sont plutôt tournés vers le positif, vers ce qu’ils veulent. Pas étonnant dès lors que le succès cogne à leur porte… Ce que fait Dean n’est en soi pas si différent de ce que le professeur X faisait : il sème l’idée du bonheur. Il sème l’idée que la chance est possible pour celui qui veut bien y croire et que cette idée prenne la forme d’une tuque de bison… après tout, pourquoi pas? Alain dirait que la tuque de Dean, c’est cette petite chose dont dépend le bonheur aussi. Comme l’oracle de Delphes, mais sans artifices ni métaphores compliquées, Dean éclaire la quête commune à tous les hommes, cette tension vers le bonheur. Cependant, contrairement à la prophétie de Delphes, il nous incite à regarder non pas devant nous en essayant d’interpréter les signes du destin, mais plutôt à vivre le présent comme un état de plénitude, à le vivre pour de bon avec ses plaisirs et ses joies, là, maintenant, et même si c’est avoir l’air fou avec une tuque de bison sur la tête puisque, dans l’instant où ce moment se réalise, la seule chose qui compte et qui restera, c’est le sourire qui illumine notre visage.

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Le miroir des illusions

22 janvier 2011

«Miroir, joli miroir, dis-moi qui est la plus belle en ce pays?», questionnait chaque jour la méchante reine, marâtre de la si ravissante et innocente Blanche-Neige... «Hélas, disait la Belle, c’est bien dommage qu’elle soit si laide, elle est si bonne!»… !» Voilà deux histoires, deux contes pour enfants, deux fables où magie, prince et petits nains se côtoient, avec rien de bien méchant à part une pomme empoisonnée, un vilain gros monstre, une marâtre et des soeurs jalouses. Rien de bien méchant sauf la mise en scène des douleurs et des cruautés imposées par nos perceptions de ce qui est beau et a contrario de ce qui est laid, comme dans cet article de la Presse intitulé Le cruel destin des moches, que je lisais ce matin, en buvant tranquillement mon expresso, les cheveux en bataille, attifée comme la chienne à Jacques, sans artifices, bref comme n’importe quelle femme qui sort de son lit!

Cet article m’a dérangée parce qu’il a tout à coup éclairé mes attitudes et mes réactions devant le laid, cette laideur qu’Épiphane Otos, le personnage d’Amélie Nothomb, incarne avec tant de brio et de naturel qu’il s’est mérité le surnom de Quasimodo. On peut faire le tour des bibliothèques, des cinémathèques, des musées ou autres temples de la culture pour découvrir ce qu’est la beauté ou ce qu’elle n’est pas et pour comprendre la fascination qu’elle a exercée à travers les siècles dans l’imaginaire de l’Humanité, pour tenter aussi de se conforter – parce que c’est vachement moins pénible pour la conscience- dans l’illusion de ces grands principes très nobles que la beauté extérieure, ça passe, c’est futile, c’est pas ça l’important, que la véritable grandeur d’âme, c’est la recherche et la reconnaissance de ce truc qui est à l’intérieur, qui se cache là et qui est si, tant, tellement mieux que l’apparence… Mais il faut bien se l’admettre : ce qui est invisible pour les yeux, contrairement à ce que disait Saint-Ex, c’est pas vraiment essentiel… C’est tellement dur de savoir ce que c’est cette beauté intérieure qu’on n’a même pas de mot pour la nommer. On la décline avec des indéfinis, on ne perd pas son temps à la chercher, on passe son tour parce que, comme le chante Gainsbourg avec un cynisme coloré de rythmes reggae : «La beauté des laids, des laids, se voit sans délai…», et c’est juste celle-là qu’on regarde, qui fascine, qu’on juge, qui dérange, qu’on évite… même de côtoyer trop longtemps. On ne sait jamais : une tache, c’est tenace…

Alors, ce matin, en lisant cet article, je me suis trouvée moche, moche d’être comme tout le monde, moche d’avoir baissé les yeux ou détourné le regard devant ces ostracisés, d’avoir été captivée par leur laideur, mais incapable de leur montrer davantage d’humanité que dans le mépris de leur beauté, l’invisible, celle que je ne voyais pas parce que je ne voulais pas la voir, obnubilée par le reflet déformé de leur miroir… Mea culpa sans promesse de ne plus jamais faillir, à tous les vilains petits canards qui ont croisé mon chemin, je demande pardon.

J’aime l’araignée

J’aime l’araignée et j’aime l’ortie,

Parce qu’on les hait ;

Et que rien n’exauce et que tout châtie

Leur morne souhait ;

Parce qu’elles sont maudites, chétives,

Noirs êtres rampants ;

Parce qu’elles sont les tristes captives

De leur guet-apens ;

Parce qu’elles sont prises dans leur oeuvre ;

O sort ! fatals noeuds !

Parce que l’ortie est une couleuvre,

L’araignée un gueux ;

Parce qu’elles ont l’ombre des abîmes,

Parce qu’on les fuit,

Parce qu’elles sont toutes deux victimes

De la sombre nuit.

Passants, faites grâce à la plante obscure,

Au pauvre animal.

Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,

Oh ! plaignez le mal!

Il n’est rien qui n’ait sa mélancolie ;

Tout veut un baiser.

Dans leur fauve horreur, pour peu qu’on oublie

De les écraser,

Pour peu qu’on leur jette un oeil moins superbe,

Tout bas, loin du jour,

La mauvaise bête et la mauvaise herbe

Murmurent : Amour !

Victor Hugo, Les Contemplations, livre III, les luttes et les rêves, poème 27

Lié à: le plateau de Beauregard.

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