Vingt… plus une pensées poisseuses d’une perverse narcissique

3 mai 2013

 

Ce texte a été écrit pour participer au Grand Prix de poésie de Radio-Canada.

Je me rends compte à quelque trente minutes avant la clôture des inscriptions que je n’ai pas envoyé de texte alors que je voulais le faire. Il fallait faire parvenir un poème ou un recueil de poèmes en vers ou en prose dont la longueur totale était comprise entre 400 et 600 mots. À 23h 55, mon texte est écrit, il compte 400 mots pile. Je transmets par voie électronique le tout à 23h57. Je respire… À minuit deux, je prends le temps de lire les règlements et je m’aperçois que le texte sans le titre devait avoir un minimum de 400 mots! Mon titre originel en comptait six… Mon texte fut donc disqualifié pour non-respect des règlements… Cela m’a donné l’occasion de le retravailler et de le publier dans mon espace personnel ;-)

 

Vingt… plus une pensées poisseuses

d’une perverse narcissique


1. Vénérer les vernissages pour la flagornerie du flatteur qui y traine ses révérences éculées, sa langue sale et ses caresses de carnassier.

2. Tramer des complots malhabiles dans les arrière-cuisines là où se cachent les mal-aimés qui offrent leur panse aux puissances caverneuses.

3. Aviver une démente mais risible rancune pour le prix de son âme et de celle des autres. Tant pis! Qu’ils crèvent tous en enfer! Satan rit déjà… Ah! Ah Ah!

4. Mépriser la joie de vivre parce que le destin nous fait un pied de nez avec la bouche en cul de poule et qu’il a pris le mors aux dents.

5. Crier à tue-tête des insanités au voisin qui plante ses poteaux bleus même en été, symbole de l’hiver qui ne finit jamais dans ce pays blanc et froid.

6. Déguiser les poteaux en épouvantails à moineaux pour en oublier la laideur.

7. Avaler tous les soirs une pilule magique pour dormir comme la belle au bois dormant dont le prince ne porte définitivement pas de chapeau.

8. Se battre pour la justice parce qu’après tout le sang de Gavroche n’aura pas coulé pour rien sur les barricades des boulevards parisiens.

9. Gaver des cochons gras, sans même avoir l’opportunité d’en faire des saucissons.

10. Se souvenir qu’il n’y a pas qu’Hamlet qui trouve que quelque chose est pourri dans le royaume du Danemark.

11. Écrire des lipogrammes pour se vider le coeur : vil rêve ni mièvre ni tiède, ni intense ni immense…  Le rêve… Est-il ici en cette ville? Menteries! Pipes insipides : vide, le rêve!

12. Crier, lever le fer, blesser le silence à coup d’épées dans l’air tandis que les moulins, ailes dans le vent, sans relâche, continuent de moudre le grain se fichant pas mal des illuminés, inspirés ou pas.

13. Avoir la tête enflée et se jeter des fleurs parce que son nom apparait en manchette du Monde.

14. Tweeter les url qui feront de soi une star.

15. Filer vers minuit dès que le fil du temps glisse vers le lit du fleuve et dessine sur l’écume impétueuse, ivre de désir, ses lèvres…

16. Se jeter du haut du cap : dangereux? Ardu? Suspect? Même pas! Superbe et exaltant! Ne pas le retrouver en bas, c’est surtout ça!

17. Marcher sur des oeufs et s’écraser sur le plancher.

18. Relire les 8414 tweets écrits depuis trois ans pour trouver l’inspiration.

19. Boire du vin, une coupe, une autre, puis ne plus compter parce qu’en être incapable.

20. S’aimer.

21. Persévérer et signer parce que tout est dit et que rien ne vaut de continuer.

 

 

Première version, le 1er mai 2013, Minuit moins 5

Deuxième version, le 3 mai 2013, 9h52

 

Lié à: le roc d'enfer.

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Une question d’amour

6 avril 2013
Bien placés bien choisis
quelques mots font une poésie
les mots il suffit qu’on les aime
pour écrire un poème
(Raymond Queneau, « Pour un art poétique », III)

 

 

Dire des mots qu’on aime, en ribambelles, pour le plaisir… Comme un bonbon, laisser les consonnes fondre contre les dents, les voyelles glisser sur la langue, les diphtongues caresser le palais, les rrrr roucouler, les fff frissonner, les mmm se pâmer…

Se délecter des saveurs incomparables, des arômes qu’ils dégagent; se laisser habiter par l’émotion et accéder à nos sentiments les plus profonds… Les bons comme les mauvais… parce que, des fois, aussi les mots tempêtent, se gonflent, s’empêtrent, se déchainent! Coups de machettes à couteaux tirés. Coupent, coupent! Taillent, taillent! Cisaillent et font mal, les  ssss assassins, les iiiii stridents, les nnnnn comme des nons qui fracassent, les bbbb qui bégaient, et tombent, et chutent, et ne se relèvent pas. Blessure fatale.

Quand on me fait mal avec des mots, moi je me dis des mots que j’aime, en ribambelles, pour que le plaisir revienne… Que la morsure s’atténue et disparaisse… Comme un bonbon, je laisse les consonnes fondre contre mes dents, les voyelles glisser sur ma langue, les diphtongues caresser mon palais, les rrrr roucouler, les fff frissonner, les mmm se pâmer… Et la magie opère : les syllabes se lient, s’arabiscottent et s’étonnent : «Tiens comme vous êtes jolie, comme vous me semblez belle! Voudriez-vous m’accorder cette danse jusqu’à la prochaine virgule? Allez, un petit french avant l’exclamation», susurre un coquelicot en pamoison…

Pour me consoler des mots, je fais un poème.  Bref ou non, je plonge dans l’extrême, j’extirpe le vilain, je cherche des mots que j’aime. Des mots doux pour panser mes blessures. Des mots sucrés pour retrouver mon sourire. Des mots câlins comme une berceuse pour m’endormir : saugrenu, colimaçon, pâquerette, éclectique, illumination, hurluberlu, hasard, aphrodisiaque… Je les sors du dictionnaire pour qu’ils virevoltent dans une phrase toute pimpante et rutilante; une belle phrase, une phrase qui touche le coeur et l’âme, une phrase comme un grigri, une phrase qui guérit…

Et sous les ponts coule ma peine
Il m’en souvient, c’était hier
Demain déjà luit
Un oiseau chante
Ma joie est pleine

Lié à: le plateau de Beauregard.

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Manipulation d’images et de sonorités

13 juin 2012

En ce bel après-midi de juin, j’ai eu la chance de suivre un atelier avec un ancien élève de l’école secondaire Jean-de-Brébeuf, Aly Ndiaye alias Webster qui venait rencontrer les élèves de 5e secondaire de cette même école située à Limoilou (Québec).

Après quelques précisions sur son parcours personnel et sur des éléments-clés utilisés dans l’écriture des textes de ses chansons, suffisance des rimes et allitération notamment, Webster nous invite à nous laisser porter par le tempo d’une mélodie pour nous stimuler la muse durant 10 minutes consacrées à l’écriture spontanée d’un texte suivant une consigne précise qui nous permet de jouer avec la manipulation des images et des sonorités, chère à Webster dans la composition de ses chansons.

Webster fait piger au hasard dans le dictionnaire un mot. Il s’agit de «détournement». Ensuite, on trouve des mots qui riment avec ce dernier. Webster les inscrit sur le tableau et nous invite à composer un texte où ce mot figurera ainsi que d’autres rimant avec lui.

 

Voici donc le texte que j’ai écrit pour ce premier défi.

 

Sur la lame infinie de la vague

Vois le radeau de mon âme qui divague

Catastrophe humaine, voie de détournement

Vide, abîme, silence, rouleau blanc sans plus de déroulement

T’as beau lancer ta ligne

Y a pas un poisson qui s’enligne

Fatal, fatal, fatalité

T’es mort sans même avoir péché.


 

Le deuxième défi auquel Webster nous a conviés était de jouer avec les figures de style, les plus simples, la comparaison et la métaphore, en s’inspirant du thème de la nature.

Et ça a donné ça :

Croque-matin

Si la Terre était une orange

Les hommes seraient des pépins.

Petites pépites de couleur

Qui enchantent le décor

Comme des grains de café aux arômes variés

Le matin à mon petit déjeuner.

Je sens la palme de ton corps onduler

Sous la paume de ma main éveillée

Ta peau s’électrise…

Sensualité qui attise

Le désir

Je me tais.

Censuré!


 

Enfin, pour clore l’après-midi, il fallait parler d’un personnage célèbre fictif ou réel en ne prononçant jamais son nom, mais en le faisant deviner par le jeu des périphrases et des référents culturels.

Alors qui suis-je?

Je suis connu comme la peste

Personne me parle

Tout le monde me déteste

J’ai les dents longues et le poil hirsute

La voix rauque et une gueule de brute

Je suis grand

Je suis méchant

J’aime la chair tendre et rose

Des cochons

Du chaperon

De tous ceux qui osent

Entrer dans le bois

Sans fusil, sans chien , sans foi ni loi.


Lié à: le plateau de Beauregard.

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Pour faire le portrait d’une maison

2 juillet 2011

 

 

Pour faire le portrait d’une maison

 

 

 

Esquisser rapidement un habitat

avec des murs translucides

avec des parfums qui éveillent les sens et l’appétit

S’y laisser inviter et la visiter, les yeux fermés

La deviner avant de la découvrir

Inventer ensuite un jardin enchanté

qui soit inutile, grandiose, fabuleux

où peuvent se perdre nos esprits et nos yeux

Étendre sur le sol des tapis chamarrés, doux et confortables

Y disposer des coussins moelleux pour le repos

Allumer un feu pour la veillée

Prendre une cuillère, un violon, quelques rimes et notes enjouées

 

Voici, par ordre d’implication, la liste des participants de #PFPmaison

@nathcouz, @Aurise, @Lise_Goulet

 

 

 

Lié à: le Suet, Pour faire le portrait d'une maison.

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Pour faire le portrait d’un ami

2 juillet 2011

 

Pour faire le portrait d’un ami

 

 

 

 

Imaginer d’abord un individu

avec un coeur immense

avec des défauts rigolos

avec un regard sur le monde qui perturbe le vôtre

Imaginer ensuite une main tendue en toute occasion

De son ombre derrière chercher où porte son regard

l’accueil inconditionnel, la générosité à fleur de peau

sans attentes plurielles, sans malice aucune

Pour l’ami, placer en retrait de votre âme une nourriture pouvant le sustenter

Peindre un décor propice aux connivences : petit café, banc de parc, sentier de forêt en ville

Cultiver dans ce cadre les fleurs de la confiance

Témoigner silencieusement de beaucoup de patience

Laisser aussi pousser quelques fleurs rebelles et sans nom

Manifester discrètement le plaisir d’être ensemble

Apprécier le temps des silences complices

Parfois l’ami s’éloigne, il se perd, il s’égare

Ne rien faire

Ne rien dire

Ne pas juger

Attendre

Puis oblitérer sans brusquerie une à une les conditions qui ont forgé cette amitié

 

 

Voici, par ordre d’implication, la liste des participants de #PFPami :

@Aurise, @JF_Giguere, @nathcouz, @GilbertOlivier, @Lise_Goulet


 

Lié à: le Suet, Pour faire le portrait d'un ami.

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Pour faire le portrait d’un pays

2 juillet 2011

 

Pour faire le portrait d’un pays


 

 

Évoquer longtemps un espace

avec des rêves infinis

avec des aventures de défis

avec des camarades bénis

Pour les voyageurs

Imaginer ensuite des maisons

où se marient les accents et les couleurs

où s’entrelacent les esprits et les coeurs

Accepter que la toile ne sera pas assez grande

qu’elle en délimitera des frontières

Petite ou grande, elle sera abri et refuge

où s’inspirent peintres et auteurs

où vibrent les musiciens, les poètes et les conteurs

où la vie bigarrée sans malice incruste le paysage

Cela peut prendre un certain temps : ne pas s’en étonner

 

Voici, par ordre d’implication, la liste des participants de #PFPpays

@francoisbourdon, @Aurise, @Lise_Goulet, @GilbertOlivier, @nathcouz


 

Lié à: le Suet, Pour faire le portrait d'un pays.

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Rien ne se perd, tout se transforme.

30 juin 2011

Inspirée par mon amie Monique Le Pailleur (alias @Aurise sur Twitter) et ses défis d’écriture collaborative des derniers mois (FictionBD et FictionTP, Juste des E, Microfictions monovocaliques, Twitteroman sans E) je me jette à l’eau à mon tour, en espérant que les twittérateurs et twiterrateuses (-res) y trouveront une nouvelle occasion de se dégourdir l’imagination et de s’amuser avec les mots, les images, les rimes, les sonorités et… tutti quanti. :-)

 

Le défi

Il s’agira pendant le long congé de la fête du Canada, soit du 1er juillet à partir de 8h au 3 juillet jusqu’à 16h (heure de Québec), de pasticher collectivement un poème de Jacques Prévert intitulé Pour faire le portrait d’un oiseau. Il s’agit de pasticher en continuité et en tenant compte des tweets antérieurs.


 

Plusieurs thématiques pourront être explorées et vous pourrez les suivre en ajoutant un croisillon particulier pour chacune d’entre elles. Voici bien arbitrairement les thématiques que j’ai choisies :

  • Pour Faire le Portrait d’un ami abrégé sous le croisillon #PFPami
  • Pour Faire le Portrait d’un pays abrégé sous le croisillon #PFPpays
  • Pour Faire le Portrait d’une maison abrégé sous le croisillon #PFPmaison

 

 

Je colligerai les tweets au fur et à mesure qu’ils seront produits et je publierai les pastiches créés durant la fin de semaine sur mon blogue.

 

À vos claviers! Prêts? Poétweetez!

 

 

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La survivante

16 mai 2011

à M.G

 

 

 

 

 

Encore une fois

Toujours la même, la même fois

Inlassablement

Se répétant?

 

Faux départ

 

Retour au starting-block

 

Secouer la tête, les bras, les jambes

Oublier les clameurs et les cris

Évacuer la pression

Plonger en soi

Faire le vide

Souffler

 

Se rappeler les écueils

Décomposer ses mouvements

 

Se pardonner l’erreur

 

Se positionner

Se concentrer

 

Attendre le signal

Le corps tendu

Aux aguets

 

Coup de pistolet

 

S’élancer

Recommencer encore une fois

Répéter les gestes inlassablement

Chaque foulée dans l’empreinte des précédentes

 

Fixer le regard loin au-delà de l’horizon

 

Brandir les bras au ciel

Une autre fin

Enfin

 

 

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Si fragile…

11 mars 2011

Le 26 décembre 2004, un séisme se produisit, au large de l’île indonésienne de Sumatra avec une magnitude de 9,1 à 9,3. Ce tremblement de terre eut la quatrième magnitude la plus puissante jamais enregistrée dans le monde. L’Indonésie, les côtes du Sri Lanka et du sud de l’Inde, ainsi que l’ouest de la Thaïlande furent dévastées et le bilan en pertes humaines dépassa les 220 000 personnes. Ce fut l’un des 10 séismes les plus meurtriers et le pire tsunami jusqu’à aujourd’hui.

Suite à ces tragiques événements, mon école avait organisé un spectacle et une campagne pour récolter des fonds et aider les orphelinats de la congrégation des soeurs de Jésus-Marie qui se trouvaient dans ces régions. J’avais alors contribué à ce spectacle en interprétant un slam accompagnée par le violoncelle et le violon de deux de mes élèves très talentueuses, Rosemarie Sabor et Sheila Jaffée. Aujourd’hui, le séisme subi par le Japon réveille en moi le triste souvenir de la composition de ce texte.


Journal

26 décembre
8 heures, à peine
Une vague
Énorme
Terrible
Un raz-de-marée
Sans fin
Déferle
Écrase
Détruit
Avale
Tue

Tsunami

Plus tard
Dans la lumière du petit matin
Décombres
Ruines
Villes dévastées
Immeubles
Routes
Arbres
Déformés, cassés, pulvérisés
Terres ravagées

Tsunami

Visages constellés d’écorchures
Corps meurtris
Esprits ravagés
Cœurs déchirés
Orphelins hagards
Parents en pleurs
Amis disparus
Existences fauchées
Vies arrêtées
Morts injustes par milliers

Tsunami

Tristesse indicible
Émotion douloureuse
Sentiment d’impuissance
Appels au secours
Recherches vaines des survivants
Errance folle
Angoisse insupportable
Désespoir accablant
Solitude inconsolable
Turpitude ignoble
Rage sourde

Tsunami

Mains tendues vers les oiseaux de fer
Regards suppliants
Faim inapaisée
Soif ardente
Attente interminable
Cris oppressants
Images atroces de la misère humaine

Tsunami

Indonésie
Jakarta
Sumatra
Sri Lanka
Thaïlande
Phuket
Inde
Birmanie
Bengladesh
Maldives
Paradis terrestres
En un jour
Anéantis

Tsunami

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