Ne me twitte pas ou comment rompre en peu de mots

30 octobre 2015

Dans le cadre d’un concours intitulé « Ne me twitte pas », lancé par le blogue Zone d’écriture de Radio-Canada en février 2012, on proposait de rédiger un tweet de rupture, sur le thème «Comment rompre en 140 caractères» (ou plutôt en 125 caractères ou moins, pour être plus précise).

Par hasard, récemment, je suis tombée sur le fil de ma participation à ce concours. J’avais oublié ces écrits et c’est avec plaisir que je les ai retrouvés. Je les publie ici pour ne pas les laisser tomber dans les oubliettes du net une autre fois et pour aider les personnes en mal d’inspiration qui auraient besoin de mots pour mettre fin à une histoire d’amour.

 

J’étais ton amie, ton amante, ta souris, ta cocotte, ta chérie, mais si peu ton amour et finalement… tellement rien.

Non. Je ne serai pas seule. Je choisis simplement avec qui je le serai : moi! Et ça devrait être plutôt mieux qu’avec toi.

Hier, tu m’offrais des bijoux. Aujourd’hui, tu me cherches des poux. Demain, tu m’abandonneras comme tes anciens joujoux.

Pastichant Réjean Ducharme : L’amour, ce n’est pas quelque chose. C’est quelque part. Et, c’est ailleurs. Et, pas avec toi.

Quelque chose m’échappe, mais je ne sais pas quoi… Ah, oui! Toi!

J’ai poussé la porte de la chambre. Leurs yeux, aveuglés par la lumière. Stupeur. Moment d’effarement. Putain, je suis cocue!

Notre lit. Une autre, là. Nue. Et toi aussi… Scénario pourri : vos soupirs, répliques assassines. Hurler? Non! Partir.

Amour à une voyelle et une consonne près, c’est armure. Comme quoi, j’aurais dû blinder mon coeur quand je t’ai rencontré.

Environnement Canada a mis ma tête à prix : j’ai sacrifié trop d’érables à y graver nos intiales enlacées.

Remambrance, ma mie : le philtre d’amour nous lie comme le chèvrefeuille au coudrier. Ni vous sans moi, ni moi sans vous…

Vengeance littéraire : «Petite vérole, a conclu le médecin. Du courage, Rodolphe. C’est cruel, mais ce n’est pas ma faute.» 

Phéromones! Avoir su que l’amour était une question de chimie, j’aurais écouté le prof de sciences au secondaire.

Il est 22h. J’arrête mes gazouillis de rupture. Je me suis bien amusée merci @zonedecriture et à tous les participants.

 

 

 

 

Storify de ma participation au concours

Lié à: le col des contrebandiers.

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Destinées fractales

25 août 2011

«Ce que nous voyons et entendons finit par ressembler et même par se confondre avec ce que nous n’avons pas vu ni entendu, ce n’est qu’une question de temps, ou bien suffit-il que nous disparaissions… Parfois j’ai le sentiment que rien de ce qui arrive n’arrive vraiment, parce que rien n’arrive sans interruption, rien ne perdure, ne persiste, ne se rappelle constamment, et même la plus monotone et routinière des existences s’annule et se nie elle-même dans son apparente répétition, au point que rien ni personne n’a jamais été le même auparavant, et la faible roue du monde est mue par des sans-mémoire qui entendent, voient et savent ce qui n’est pas dit et n’a pas lieu, est inconnaissable et invérifiable. Ce qui se fait est identique à ce qui ne se fait pas, ce que nous écartons ou laissons passer, identique à ce que nous prenons ou saisissons, ce que nous ressentons, identique à ce que nous n’avons pas éprouvé. Pourtant notre vie dépend de nos choix, et nous la passons à choisir, rejeter et sélectionner, à tracer une ligne qui sépare ces choses équivalentes, faisant de notre histoire quelque chose d’unique qui puisse être raconté et remémoré. Nous employons toute notre intelligence, nos sens et notre ardeur à distinguer ce qui sera nivelé, ou l’est déjà, c’est pourquoi nous sommes pleins de remords, d’assurances et d’occasions perdues, de confirmations, d’assurances et d’occasions saisies, quand il s’avère que rien n’est sûr et que tout se perd. Ou peut-être n’y a-t-il jamais rien eu.»

Traduction Alain et Anne-Marie Keruzoré (Ed.Rivages poche)


à D. H.

 

6h44.

Malgré le sachet de lavande disposé sous son oreiller pour faciliter son sommeil, elle avait mal dormi. Comme hier. Comme la veille d’hier. Comme depuis plusieurs jours qu’elle forçait à essayer de calmer le grand feu, à l’éloigner, à l’éteindre. Immense charivari intérieur encore une fois! Elle qui pensait avoir trouvé la paix, avoir déjoué les fantômes du passé, elle qui pensait ne plus succomber à la folie du désir, elle luttait. Elle luttait une fois encore contre l’envie de tout plaquer, de se moquer des convenances, de museler ses valeurs et trahir ses principes. Elle luttait pour ne pas plonger et s’abîmer dans le gouffre séduisant des habitudes. Elle luttait pour ne pas provoquer la vie, le destin. Pour ne pas le provoquer, lui. Ne pas le pousser, ne pas lui forcer la main, ne pas l’entraîner dans la valse infernale où elle s’était déjà étourdie et perdue si souvent… C’était il y a autrefois. Du moins, elle le croyait…

 

Je suis folle, affolée, animée par le tourbillon d’anciens démons : passion, rêves, espoir, attente… Tisons brûlants, ils reviennent différents mais semblables, toujours aussi dévastateurs. Ma tête a mal, mon esprit est à l’étroit. Mon ventre crie famine. Mon coeur est sec.

 

Pas une oasis assez verdoyante pour étancher sa soif. Pas une terre assez fertile pour assouvir sa faim. Pas une parole assez douce pour calmer sa peur. Pas une caresse assez vraie pour chasser ses doutes. Tellement de paradoxes s’entrechoquaient et la désarçonnaient.

 

Je ne t’aime pas ; je n’ai pas besoin de toi ; je ne te connais pas.  Alors pourquoi? Pourquoi le souvenir attise-t-il la brûlure laissée par tes baisers ? Pourquoi ai-je tant envie de toi? Pourquoi toi? Pourquoi autant? Pourquoi seulement toi?

 

Elle avait envie de lui alors qu’elle savait qu’il était une cité interdite. Elle avait envie de lui alors qu’elle savait qu’elle courait à sa perte. Elle avait envie de lui alors qu’elle savait qu’il n’existait rien, qu’il n’y aurait rien, que tout était vain, qu’il n’existait pas puisqu’il ne pouvait rien être pour elle, qu’elle n’existait pas puisqu’elle n’était rien pour lui. Il avait raison : dans le réel, c’est là que la partie se jouait. Pour le moment, aucune partie n’était commencée. C’était l’absolu du vide, la splendeur vertigineuse du néant ouvert sous ses pieds, attirant, accaparant, avalant : le chaos. Théorie du vide et non pas apologie du bonheur. Un vide qu’elle comblait par des jeux misérables où il devenait son partenaire, où son imagination malade inventait des chimères, sirènes, traitresses, admirables et puissantes, où elle gaspillait son temps, où elle maquillait sa vie comme au cirque même si elle détestait les larmes du clown quand le rideau tombait.

 

Elle avait pris une grande feuille blanche et avec soin, calligraphiant ses lettres lentement, comme pour apprécier la liberté qu’elle s’octroyait, elle avait tracé ces mots :

«Adieu, c’est le seul mot qui convient. Game over puisque les dés sont pipés. Retour à la case départ sans passer par la prison ni voler la banque. Attendre un autre tour, mon tour. Attendre une autre main, une meilleure. Croire que la roue tournera, que la chance me sourira.»

 

 

Lié à: le roc d'enfer.

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