Aller de l’avant

7 février 2011

Au hasard de mes pérégrinations sur le net, j’ai trouvé cette phrase : «If there’s a tsunami coming, start swimming with the current.» J’aimerais rendre hommage à son auteur, mais j’ai oublié de noter le lien de la page où j’avais trouvé cette citation mais, une fois n’est pas coutume, on me pardonnera de ne pas référencer ma source ! Cette phrase qui a des airs de proverbe me semble tout à fait appropriée pour représenter ce que j’ai vécu durant ma fin de semaine au Nouveau-Brunswick à la non-conférence de Clair2011 : j’ai nagé dans le sens du courant. Et je n’ai pas nagé seule, mais avec plus de trois cents personnes (334 pour être précise) qui ont, de près ou de loin, durant deux jours et demi, uni leurs pensées et leurs convictions pour se diriger vers un objectif très clair – sans jeu de mots 😉 – : promouvoir un autre regard sur l’éducation.

Voir l’éducation autrement, c’était d’ailleurs l’ambition de cet événement, et je crois qu’on peut dire mission accomplie et applaudir Roberto Gauvin (@gauviroo sur Twitter) et son équipe dynamique pour avoir voulu de nouveau réunir, dans ce petit village de la Vallée du Haut-Madawaska, à 30 minutes d’Edmunston, une brochette aussi variée de personnes intéressées à réfléchir sur l’école en transformation : des conférenciers du Québec avec Mario AsselinFrançois Guité et Sébastien Paquet, de l’Europe avec Daniel Pereya et Laurence Juin, des participants venus de toutes les régions du Québec, de l’Alberta, de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick qui ont animé des ateliers durant toute la journée du samedi sur des sujets fort intéressants et, grâce à Twitter et la balise #Clair2011, un rayonnement au-delà des frontières.

Dans la perspective de changement qui a animé ce rassemblement technopédagogique, il a été fait la preuve à chaque instant que les technologies et les outils du Web 2.0 donnaient du sens aux apprentissages réalisés par les élèves à l’école, les  rendaient stimulants, dynamiques, facilitaient le partage, le réseautage, la coconstruction. Je me promenais dans les salles de classe et j’allais de surprise surprise, impressionnée non seulement par ce que les jeunes accomplissaient, mais aussi par leur capacité à m’expliquer avec une aisance toute naturelle ce que l’intégration des technologies avait changé dans leur vie d’écoliers et dans leur vie en général. «Je ne suis plus gênée de parler en public, m’affirmait la jeune animatrice de la station TV de l’école, car apprendre à animer des émissions m’a permis de savoir comment prendre la parole. Maintenant que je sais comment faire, c’est facile pour moi de communiquer.»

Idem pour ces jeunes de 6e année installées autour des micro de la radio scolaire qui m’expliquaient comment elles choisissaient l’information sur Internet pour élaborer leur bulletin de nouvelles et que leur mentor dans ces apprentissages avait été… un élève de 8e année, familier avec la technique et très bon pédagogue sans aucun doute pour avoir su transférer à de plus jeunes ses compétences en la matière! La technologie se doublait ici d’une autre dimension palpable dans les interactions entre tous les intervenants de cette petite école du Nouveau-Brunswick, la force de la collaboration, la puissance de la communauté d’apprentissage. Je voyais se concrétiser sous mes yeux ce que le programme de français au Québec avait pensé pour ses finissants du secondaire : autonomie, engagement et pouvoir d’action. Ces jeunes guidés par des enseignants motivés étaient «placés dans des situations qui les amenaient à explorer, à s’impliquer et à se dépasser. Chacun, à la mesure de ses possibilités, trouvait dans l’action une source de réalisation personnelle et de valorisation.» (p.13 à 15, PDF, français, 2e cycle secondaire). Et savez-vous quoi?  Ils se surpassent, ils sont fiers, ils ont les yeux qui brillent, ils sont tellement confiants qu’ils sont une vingtaine assis en avant de la scène durant les conférences ou dans les ateliers du BarCamp le samedi à twitter allègrement, à commenter, à apprécier, à questionner et à vivre pour vrai cette conscience citoyenne que le «Vivre ensemble et citoyenneté» de l’école québécoise présente comme un des cinq domaines généraux de formation pour contextualiser les situations d’apprentissage. Alors oui, c’est possible d’y croire puisque le CAHM l’a fait!

Voir l’éducation autrement, c’est aussi construire des passerelles, des liens et ceux créés par une rencontre comme Clair2011 valent leur pesant d’or.  J’ai rencontré pour la première fois nombre des membres de ma twittosphère avec qui j’échange et je partage au quotidien. Là, durant deux jours et demi, j’avais la chance d’apprendre de leurs expériences et aussi de socialiser avec eux dans une ambiance conviviale. Parce que Clair, c’est également cela : une ambiance chaleureuse où j’ai pu plaisanter avec Laurence Juin sur les tounes quétaines de Joe Dassin, faire une descente dans le bocal de Jelly Beans avec Andrée Marcotte, me moquer gentiment de Sylvain Bérubé kodak ou/et clavier à la main ou encore apprécier les nuances de l’accent acadien avec Jacques Cool. J’avais la chance de pouvoir dépasser 140 caractères pour construire avec eux comme durant le trajet entre Québec et Clair où, avec Stéphane Brousseau et Hélène Seguin, j’ai eu l’occasion de discuter et  de réfléchir sur les raisons qui motivaient notre engagement, sur les actions à poser pour que notre système éducatif cesse de nager à contre-courant et accepte de considérer l’impact que ces technologies ont déjà sur nos jeunes, sur notre monde et sur nos façons d’apprendre, de communiquer, d’entrer en relation avec les autres, de créer du contenu, bref d’exister dans cette époque qu’est le 21e siècle. Nos propos étaient passionnés et, dynamisés, fébriles, gagnés par l’énergie intense des échanges vécus durant la fin de semaine, nous avons imaginé notre futur pédagogique qui n’aurait plus rien en commun avec cette vision passéiste de l’éducation que dénonce Sir Ken Robinson dans le clip Changing Education Paradigms. Nous avons rêvé que l’avenir ressemblerait au mur des gazouillis de Clair2011 où, comme le dit Andrée Marcotte dans sa rétrospective sur le Wiki de Clair2011, «le sens des conférences se construisait en collaboration, où tous les documents pertinents étaient déposés avant même que l’évènement soit achevé.»

Alors, doit-on attendre que le rouleau déferle, que le tsunami nous percute? Doit-on attendre de boire le bouillon et d’être tellement dépassés par ces jeunes qui, comme le prouve Catherine Lapointe dans son film, sont prêts et nous invitent à surfer sur la vague en leur compagnie? Doit-on refuser de croire, selon les mots de François Guité, que si l’école ne sait pas intégrer les technologies, les technologies sauront intégrer l’école…? Le projet de déClairation élaboré au cours de l’événement affirme le contraire.

J’ai envie de conclure par ces mots de Bertrand Tavernier avec lesquels François Guité avait ouvert sa conférence et qui ont donné le ton à nos échanges : «Les enfants ne ressemblent pas à leurs parents. Ils ressemblent  à leur époque.» Saurons-nous offrir à nos enfants une école qui sera de leur temps ? Je le souhaite avec ardeur et impatience.

Le titre du billet est une générosité de Sylvain Bérubé qui m’a prêté pour l’occasion et bien humblement ses talents de titreur 😉

Lié à: la pointe de Tardevant.

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Le miroir des illusions

22 janvier 2011

«Miroir, joli miroir, dis-moi qui est la plus belle en ce pays?», questionnait chaque jour la méchante reine, marâtre de la si ravissante et innocente Blanche-Neige... «Hélas, disait la Belle, c’est bien dommage qu’elle soit si laide, elle est si bonne!»… !» Voilà deux histoires, deux contes pour enfants, deux fables où magie, prince et petits nains se côtoient, avec rien de bien méchant à part une pomme empoisonnée, un vilain gros monstre, une marâtre et des soeurs jalouses. Rien de bien méchant sauf la mise en scène des douleurs et des cruautés imposées par nos perceptions de ce qui est beau et a contrario de ce qui est laid, comme dans cet article de la Presse intitulé Le cruel destin des moches, que je lisais ce matin, en buvant tranquillement mon expresso, les cheveux en bataille, attifée comme la chienne à Jacques, sans artifices, bref comme n’importe quelle femme qui sort de son lit!

Cet article m’a dérangée parce qu’il a tout à coup éclairé mes attitudes et mes réactions devant le laid, cette laideur qu’Épiphane Otos, le personnage d’Amélie Nothomb, incarne avec tant de brio et de naturel qu’il s’est mérité le surnom de Quasimodo. On peut faire le tour des bibliothèques, des cinémathèques, des musées ou autres temples de la culture pour découvrir ce qu’est la beauté ou ce qu’elle n’est pas et pour comprendre la fascination qu’elle a exercée à travers les siècles dans l’imaginaire de l’Humanité, pour tenter aussi de se conforter – parce que c’est vachement moins pénible pour la conscience- dans l’illusion de ces grands principes très nobles que la beauté extérieure, ça passe, c’est futile, c’est pas ça l’important, que la véritable grandeur d’âme, c’est la recherche et la reconnaissance de ce truc qui est à l’intérieur, qui se cache là et qui est si, tant, tellement mieux que l’apparence… Mais il faut bien se l’admettre : ce qui est invisible pour les yeux, contrairement à ce que disait Saint-Ex, c’est pas vraiment essentiel… C’est tellement dur de savoir ce que c’est cette beauté intérieure qu’on n’a même pas de mot pour la nommer. On la décline avec des indéfinis, on ne perd pas son temps à la chercher, on passe son tour parce que, comme le chante Gainsbourg avec un cynisme coloré de rythmes reggae : «La beauté des laids, des laids, se voit sans délai…», et c’est juste celle-là qu’on regarde, qui fascine, qu’on juge, qui dérange, qu’on évite… même de côtoyer trop longtemps. On ne sait jamais : une tache, c’est tenace…

Alors, ce matin, en lisant cet article, je me suis trouvée moche, moche d’être comme tout le monde, moche d’avoir baissé les yeux ou détourné le regard devant ces ostracisés, d’avoir été captivée par leur laideur, mais incapable de leur montrer davantage d’humanité que dans le mépris de leur beauté, l’invisible, celle que je ne voyais pas parce que je ne voulais pas la voir, obnubilée par le reflet déformé de leur miroir… Mea culpa sans promesse de ne plus jamais faillir, à tous les vilains petits canards qui ont croisé mon chemin, je demande pardon.

J’aime l’araignée

J’aime l’araignée et j’aime l’ortie,

Parce qu’on les hait ;

Et que rien n’exauce et que tout châtie

Leur morne souhait ;

Parce qu’elles sont maudites, chétives,

Noirs êtres rampants ;

Parce qu’elles sont les tristes captives

De leur guet-apens ;

Parce qu’elles sont prises dans leur oeuvre ;

O sort ! fatals noeuds !

Parce que l’ortie est une couleuvre,

L’araignée un gueux ;

Parce qu’elles ont l’ombre des abîmes,

Parce qu’on les fuit,

Parce qu’elles sont toutes deux victimes

De la sombre nuit.

Passants, faites grâce à la plante obscure,

Au pauvre animal.

Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,

Oh ! plaignez le mal!

Il n’est rien qui n’ait sa mélancolie ;

Tout veut un baiser.

Dans leur fauve horreur, pour peu qu’on oublie

De les écraser,

Pour peu qu’on leur jette un oeil moins superbe,

Tout bas, loin du jour,

La mauvaise bête et la mauvaise herbe

Murmurent : Amour !

Victor Hugo, Les Contemplations, livre III, les luttes et les rêves, poème 27

Lié à: le plateau de Beauregard.

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Oser la métamorphose : une expérience entre rupture et continuité

17 janvier 2011

Il était une fois une façon de voir la classe, les pratiques pédagogiques, le cours de français, le rôle des élèves, les contenus disciplinaires, les textes. Et puis une fois, celle que j’ai partagée avec Sylvain Bérubé lors de ce projet du Mois de la Culture 2011, qui ne voulait pas ressembler à celles d’avant, qui voulait revisiter les états connus, les formes entendues qui, inspirée par la thématique proposée, réclamait une métamorphose, soit au sens grec du terme un changement de forme, de nature ou de structure considérable, bref une mutation qui ouvrait les perspectives d’une nouvelle genèse.

Il y eut un soir, il y eut un matin, et plusieurs autres suivirent avant que la chenille ne quitte son état larvaire pour devenir un bel insecte aux ailes colorées. J’avais pris connaissance des objectifs du programme la Culture à l’école. J’avais rencontré Sylvain pour lui présenter la thématique, prendre connaissance de sa planification, voir comment je pouvais m’y insérer sans lui imposer une surcharge de travail, connaître ses intérêts et ceux de ses élèves. J’avais assisté aux rencontres des chargés de projet et consulté les tableaux des repères culturels. Je savais que je voulais exploiter la thématique pour réfléchir sur le monde dans lequel nous vivions, sur la place que la culture y occupait et sur l’importance qu’y prenaient les technologies. Je voulais modifier la façon d’écrire sur une problématique sociale, celle des changements climatiques en l’occurrence, puisque c’était ce que Sylvain allait aborder avec ses élèves dans les semaines à venir. Je voulais intégrer les TIC aux apprentissages en écriture parce que j’étais persuadée qu’ils pouvaient faire la différence, qu’ils pouvaient être facteurs d’engagement et de motivation. J’avais le cocon en ébullition, le ver à soie hyperactif et les fils se croisaient, pas étonnant pour une Lyonnaise de naissance!

Je me posais plein de questions : «Comment la culture et les repères culturels traitent-ils les transformations de la planète? Comment peut-on faire autrement en français pour réfléchir et écrire sur une thématique sociale? Peut-on imaginer que les élèves puissent justifier leurs propos autrement que dans les formes consacrées des textes qui répondent à la fameuse question Pourquoi ? » Je voulais créer un motif harmonieux : une activité authentique et signifiante pour les élèves, vécue dans le concret de la classe, métaphore pédagogique de toutes les réflexions qui m’habitaient. Les idées fusaient, trop nombreuses, comme bien souvent en période de créativité! Les canettes s’étalaient devant mon métier à tisser, mais il me manquait la carte perforée pour composer mon motif. Je me sentais comme après avoir acheté un meuble IKEA mais sans aucune notice pour le monter! Un peu découragée, je fis part de mes difficultés via skype à André Roux, mon ami et collègue des services nationaux du RECIT et du domaine des langues, qui m’écouta patiemment (Merci, André!) et me dit : «Tu te souviens du clip produit par l’ONF avec Malajube …?» Sa question dénoua ma pelote de fils emmêlés : eurêka! J’avais enfin trouvé!

Pour illustrer la thématique du Mois de la Culture 2011 Oser la métamorphose, je proposerais à Sylvain que ses élèves justifient leur prise de position sur les changements climatiques dans une production culturelle collective (un«clip»). Les élèves métamorphoseraient leur manière d’écrire entre autres par le bloc-note collaboratif (EtherPad) et la création d’un Prezi. Sylvain les amènerait à considérer les repères culturels comme des manifestations d’une prise de position sur la problématique, à réfléchir sur comment la littérature et la culture pouvaient la servir au même titre que les textes courants que les élèves étaient habitués à consulter et utiliser pour justifier leurs propos : documentaires, statistiques et autres textes à valeur informative ou explicative comme les discours des scientifiques notamment. Dans une étape préparatoire, les élèves visionneraient le clip interactif de l’ONF. Nous leur préciserions qu’ils n’auraient pas à créer un produit aussi élaboré, craignant de créer un horizon d’attente trop élevé. Du concept serait conservée plutôt l’idée de l’élaboration d’une carte mentale ou d’un réseau d’images, de mots, de citations et de textes écrits ou oraux qui valoriseraient le point de vue de l’équipe, avec en arrière plan l’idée de la communauté qui s’engage pour une cause. Tout était clair désormais et le métier à tisser attendait que les tisserands se mettent à l’ouvrage.

J’ai rencontré de nouveau Sylvain le 1er avril 2010 à l’occasion d’un dîner tweetup qui coïncidait avec un congrès de l’AQUOPS pour lui faire part de mes trouvailles et ensemble nous avons planifié les activités à réaliser en classe pour mener à bien le projet puis nous nous sommes lancés sur le répertoire des artistes à l’école pour dénicher la perle rare qui accepterait la mission un peu folle que nous imaginions : expliciter le processus de création derrière une production culturelle mettant en valeur une prise de position sur les changements climatiques, une réflexion sur le rapport de la culture avec l’environnement. Bref, comment la culture, le conte en l’occurrence dans notre projet, pouvait être au service de la nature? Quelques clics dans le moteur de recherche du site, et hop, pour notre plus grand bonheur, nous trouvions Ariane Labonté qui avait plus d’une corde à son arc : conteuse, mais aussi naturaliste, éducatrice en environnement, auteure, performeuse, marionnettiste, musicienne et jongleuse de mots. Nous étions bénis des Dieux! Elle accepta sans hésiter, nous proposant même de créer un nouveau conte pour l’événement. Décidément, nous étions choyés. Nous avons tous les trois planifié sa rencontre avec les élèves : pour mettre en perspective leurs repères culturels sur les changements climatiques, ceux-ci seraient invités à apporter en classe un objet, une image, une chanson, un texte, un extrait vidéo ou tout autre médium qui évoquait leur point de vue personnel ainsi qu’un court texte justifiant leur choix. Les traces de cette première activité seraient gardées sur le site de classe de Sylvain dans un forum de discussion. Des équipes de cinq élèves seraient formées à partir des regroupements de points de vue similaires sur les changements climatiques. Il y aurait donc six équipes au total dans la classe. Avant la venue d’Ariane, les élèves consulteraient différentes sources (différents textes courants et littéraires, écrits et oraux) pour s’informer sur la question des changements climatiques, se construire une représentation claire du phénomène et ajuster leur représentation initiale en fonction des découvertes qu’ils auraient faites par le truchement de leurs lectures. Ils constitueraient un dossier qui rendrait compte de leur recherche d’informations puis prépareraient en équipe des questions pour animer une discussion suite au spectacle. Cette rencontre serait l’occasion de questionner l’artiste sur ses motivations et son engagement : Pourquoi un écrivain s’intéresse-t-il à des questions environnementales? Pense-t-il que ses mots, ses histoires peuvent avoir de l’influence sur les gens au même titre que les colloques des scientifiques? Etc.

D’autre part, Sylvain et moi désirions mettre les TIC à l’honneur dans ce projet, intention motivée par nos intérêts communs à intégrer les technologies au développement des compétences en français, persuadés que les élèves y trouveraient leur compte, et confiants aussi dans leurs capacités. Nous avons donc opté pour que les élèves écrivent en collaboration grâce à EtherPad. Outre l’avantage que présentait cet outil pour métamorphoser le travail d’équipe – ce que les élèves ont fort apprécié d’ailleurs, certains disant que pour la première fois de leur vie d’élève, ils avaient vraiment travaillé en équipe (!) – le bloc-note permettait de garder la trace de toutes les interventions réalisées par les élèves sur le texte en construction grâce à l’historique. Nous avons recensé entre 2000 et 4000 interventions réalisées par les élèves sur leurs textes en construction, que ce soit pour corriger la langue et/ou améliorer le contenu. Cette fonction leur a permis de prendre conscience du travail important de négociation, de révision, de questionnement sur le «brouillon» avant la phase finale du «propre». Les élèves trouvaient aussi très facilitant de pouvoir intervenir dans les écrits de leurs camarades en temps réel et d’utiliser la fenêtre de clavardage pour commenter leurs actions ou proposer des améliorations. Ils disaient que cela aidait leur concentration, et je les crois sur parole, pour avoir vu de mes yeux, ces trente jeunes un vendredi à la dernière période tellement captivés qu’ils en avaient oublié la fin du cours!

Dans chaque équipe, le bloc-note collaboratif a donc servi à la négociation et à la rédaction d’une prise de position sur la problématique des changements climatiques, se basant sur 10 mots-clés tirés des lectures, de la visite de la conteuse et des discussions d’équipe. Les élèves ont associé à chaque mot-clé des textes courts (recette, petite annonce, acrostiche, slogan, horoscope, etc.) comme une justification de leur position en réinvestissant les acquis disciplinaires rendus possibles entre autres grâce à l’expérience culturelle du conte d’Ariane. D’ailleurs, ils s’en sont donnés à coeur joie dans les jeux de mots, l’humour et les inventions lexicales! Tous ces textes ont ensuite été intégrés à une présentation Prezi, service de présentation en ligne, totalement novateur et bien loin des présentations Powerpoint, qui n’utilise pas le principe du diaporama que l’on retrouve sur la majorité des outils du marché. En fait, il sort totalement du concept linéaire. Dans un seul espace comme sur un grand napperon, les élèves disposaient leurs mots-clés, des images, des vidéos ou des fichiers audio, organisaient le déroulement de la présentation en associant les divers éléments, tout comme ils auraient organisé leurs arguments dans un texte suivi. La présentation Prezi devenait l’avatar du texte habituellement exigé des élèves et chaque lien cliquable vers un texte écrit ou oral rendait compte de la position ou de l’évolution de leur pensée sur le sujet. Le concept même de texte venait de prendre un nouvel aspect qui faisait la part belle à la créativité des élèves bien davantage que dans les modes d’organisation textuelle habituels. Le soutien technologique était assuré par les services nationaux du RECIT, avec notamment la collaboration d’André Roux et de Pierre Lachance (prêt du mini-laboratoire de 15 MacBook pour la création des Prezi et soutien technique du serveur du RECIT lors de l’utilisation d’EtherPad).

C’était le printemps : les Prezi tels des papillons prenaient leur envol sur la toile bleue du web. Pour ma part, il ne faisait aucun doute que nous avions réussi notre pari, que nous avions plus qu’osé la métamorphose, que nous ne pourrions plus faire comme avant. Cette bonne histoire méritait une morale, c’est le souvenir de celle d’une fable de Viennet qui s’imposa dans mon esprit :

[…]Et dans ce siècle d’oripeau,
De clinquant et d’enluminure,
Il est bien difficile à qui change de peau
De ne pas changer de nature.
Fables, Livre II, Fable VIII, Paris, 1845

Lié à: la pointe de Tardevant.

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Pourquoi Randonnée scripturale?

17 janvier 2011

En quelques années, mon incursion dans le monde numérique s’est lentement transformée : d’abord timide, de simple observatrice, je deviens aujourd’hui créatrice de contenu. Je suis moi-même étonnée de mon implication sur le web, ravie d’y avoir trouvé un espace de partage immensément riche, enthousiaste à l’idée de contribuer à diffuser de l’information et des points de vue, d’alimenter des discussions orientées dans le sens du changement. Alors après Facebook, Twitter, il ne manquait à ma palette des réseaux sociaux que la tenue d’un blogue. Quand André Roux m’a proposé au mois de novembre un espace où loger mes billets, j’ai tout de suite su que le temps était venu pour moi de me lancer dans cette nouvelle aventure numérique.

Le nom du blogue a surgi comme un lutin : ce serait Randonnée scripturale. Je venais de commencer un programme de marche nordique pour profiter de l’hiver et prendre soin de ma santé, alors je me suis dit que mon esprit aurait besoin de marcher lui aussi, de voyager, de s’arrêter au promontoire du belvédère, d’admirer le panorama et envisager les choses avec un autre regard.

J’ai toujours eu la conviction que les mots étaient des chemins sur lesquels nos imaginaires, nos pensées ou nos désirs se promenaient et nous permettaient d’infinis voyages, terribles ou délicieux, reliant ma solitude à celle des autres, sans égard au temps, peuplant à la manière de la Voie lactée, l’espace. Voilà pourquoi j’ai donné des noms de sentiers à mes rubriques. Ils existent tous pour vrai dans mon premier côté du monde, celui qui m’a vu naître, la France : des sentiers de montagne, faciles ou non, que j’ai déjà empruntés lors de balades estivales. Les choix des sentiers ne sont pas innocents :

L’accès à la pointe de Tardevant dans la chaîne des Aravis est un peu ardu. Le passage de quelques pierriers et surtout la montée finale peuvent affoler les randonneurs sensibles au vertige. Le sentier est très aérien et l’impression de dominer le vide est totale. Mais quel panorama vous attend si vous décidez d’arrêter à l’Ambrevetta : rien de moins que le Mont-blanc et la vallée de Sallanche en contre-bas! Dans cette rubrique, vous trouverez des textes présentant des perspectives innovantes en éducation avec un intérêt particulier sur l’intégration des TIC aux apprentissages.

Le col des Contrebandiers est une balade facile, mais j’ai choisi de nommer un sentier ainsi parce que certains billets passeront les frontières sans en avoir l’autorisation explicite des autorités quelles qu’elles soient… Ce sera donc la place de mes coups de gueule et de mes réactions plus épidermiques…

Au lac bénit, il existe une légende qui dit que le lac aurait eu droit à ce nom car, autrefois, les fées venaient s’y baigner. On cherchait à les capturer, mais elles étaient si agiles que personne n’y parvenait. Un jour, un chasseur eut l’idée de clouer un soulier sur un billot et l’une d’elles s’amusa à le chausser : elle fut prise au piège, et la voyant prise, ses compagnes lui crièrent en s’enfuyant: « Apprends-leur tout à faire, le beurre et la tomme, sauf la mire et la coëta. »
Cette rubrique sera donc l’espace où je logerai des extraits de mes récits merveilleux.

Réputé dans le monde entier pour le charme de sa faune et de ses pistes de ski nordique ou de ses sentiers de raquette l’hiver, le plateau de Beauregard offre également un panorama magnifique sur la chaîne des Aravis. J’y placerai les billets inspirés par le quotidien, les petits mots sans chichis.

Vous vous aventurerez  sur ce sentier à vos risques et périls vers ce qu’on appelait autrefois le mont Maudit… Rochers abrupts, pentes raides, sentiers étroits, éclairs en temps d’orage et présence de vipères, voilà l’endroit rêvé pour risquer la chute!

Ajout d’une balade supplémentaire suite aux diverses expériences d’écriture collaborative sur Twitter. Ce sera le sentier du Suet, qu’on voit depuis le crêt de St-Jean de Sixt, qui accueillera les écrits collectifs.

Comme une balade est toujours plus plaisante et enrichissante à plusieurs, il se peut fort bien que je vous invite à rejoindre la cordée pour sillonner entre cailloux et brins de gentiane. Je vous souhaite donc une belle randonnée, et qu’au détour d’un bivouac, ici, avec l’horizon comme seule perspective, se rejoignent nos regards et nos cœurs.

Lié à: pourquoi randonnée scripturale?.

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