{"id":2971,"date":"2023-04-03T23:28:51","date_gmt":"2023-04-04T04:28:51","guid":{"rendered":"http:\/\/randonnee.effetdesurprise.qc.ca\/?p=2971"},"modified":"2023-04-04T00:24:23","modified_gmt":"2023-04-04T05:24:23","slug":"jetais-je-serai","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/randonnee.effetdesurprise.qc.ca\/?p=2971","title":{"rendered":"J&rsquo;\u00e9tais. Je serai."},"content":{"rendered":"\n<p>C\u2019\u00e9tait un lundi comme les autres, un lundi d\u2019avril, un lundi avec un ciel bleu et l\u2019air un peu frais. C\u2019\u00e9tait le 3 avril. Je marchais sur le trottoir, comme tous les matins, de la musique dans les oreilles, en riant des poissons du samedi. La p\u00eache avait \u00e9t\u00e9 bonne. La voix \u00e9l\u00e9gante et douce de Snoh Aalegra glissait de mani\u00e8re presque surnaturelle sur des airs d\u00e9licats et froids. Elle racontait la confusion, la douleur, la rupture, la fin de quelque chose. Mais ce n\u2019\u00e9tait pas que des refrains. Ce n\u2019\u00e9tait pas que des histoires. J\u2019aurais d\u00fb me m\u00e9fier.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai entendu son pas dans la pi\u00e8ce d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9. Ses talons claquaient sur le vieux plancher de bois. C\u2019\u00e9tait dur et d\u00e9cid\u00e9. Pas comme d\u2019habitude. Et puis, j\u2019ai vu son visage, ferm\u00e9, ses l\u00e8vres serr\u00e9es. Une vague de tristesse et de col\u00e8re qui entre avec lui dans la pi\u00e8ce. Il n\u2019a pas encore prononc\u00e9 un mot. Je sens sa douleur, vive mais contenue. Qu\u2019est-ce qui se passe? Et puis une phrase qui sonne comme un glas, qui dit : c\u2019est fini.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis sid\u00e9r\u00e9e. Je ne vois plus, je n\u2019entends plus, ma bouche est s\u00e8che, ma respiration courte : mon coeur se fige. Non! \u00c7a ne se peut pas! Pas encore! Pas deux fois comme \u00e7a, sans crier gare. Je ne veux pas. Mon corps se tend pour \u00e9viter la chute. Si je naviguais en mer, ce serait le naufrage. Incapable de rester \u00e0 flot, est-ce que je m\u2019enfoncerais profond\u00e9ment, aval\u00e9e par les vagues indiff\u00e9rentes?<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi? Ce mot r\u00e9sonne et frappe dans ma t\u00eate vide, ne trouvant aucune r\u00e9ponse. J\u2019ai besoin qu\u2019on m\u2019explique. Mais la journ\u00e9e passe et je suis comme une orpheline, avec ce grand chagrin \u00e0 garder comme un secret honteux. Je voudrais crier, pleurer,&nbsp; taper pour faire sortir le doute, la col\u00e8re et la peur. Mais je ne peux pas, pas maintenant, j\u2019ai besoin de me prot\u00e9ger, j\u2019ai un autre combat \u00e0 mener, plus tard.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mon cerveau se barricade. Il ne sait plus o\u00f9 il est et ce qu\u2019il fait. Mes mains tapotent machinalement sur le clavier. Chaque touche est un pav\u00e9 auxquels mes doigts s\u2019accrochent pour garder contact avec la r\u00e9alit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tu me demandes de temps en temps comment je vais. Je vais mal. Je ferme les yeux mais, quand je les rouvre, c\u2019est tout noir. La descente continue.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Vibrations dans ma poche. <em>Je serai l\u00e0 \u00e0 17h<\/em> qui s\u2019affiche sur l\u2019\u00e9cran. Plus que quelques heures et il entrera dans ma maison. Il va peut-\u00eatre crier ou me dire des mots durs et blessants. Il ne dira peut-\u00eatre rien et ne me regardera m\u00eame pas. Je ne sais pas ce que je crains le plus : sa violence ou son indiff\u00e9rence.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tout le monde pense que je suis forte et que je n\u2019ai besoin de personne, mais moi je me sens comme une enfant perdue. Souvent. Dans ma t\u00eate tourne en boucle une question : \u00ab Qu\u2019est-ce que ce sera quand le jour sera termin\u00e9? \u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019heure est arriv\u00e9e. Je suis pr\u00eate, mais rien n\u2019arrive. Je le sais qu\u2019il le fait expr\u00e8s. Je sens mon corps qui bout. Je sens mes mains qui tremblent. Et tout \u00e0 coup comme si l\u2019attente n\u2019\u00e9tait pas assez cruelle, viennent les mots durs, les phrases assassines. Alors, dans mon esprit comme sur la platine tournent \u00e0 en \u00eatre \u00e9tourdie ces mots : \u00ab <em>Tout ce que tu as \u00e0 faire, c\u2019est de tenir le coup. Ton jour ne se transformera pas en nuit. C\u2019est ton combat sacr\u00e9. Tu es la guerri\u00e8re, la puissante.<\/em> \u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne saura jamais que je me sentais faible quand il a travers\u00e9 la pi\u00e8ce et a vid\u00e9 le placard. Il ne saura jamais que, si je lui ai tourn\u00e9 le dos, c\u2019\u00e9tait pour ne pas voir son visage, pour ne pas rester prise dans son regard comme dans un labyrinthe sans issue,&nbsp; pour le sortir de ma t\u00eate \u00e0 jamais, pour que ne subsiste aucune trace de ses yeux dans les miens. Effac\u00e9s, les souvenirs.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux petites minutes, \u00e0 peine. Le bruit des roulettes sur le plancher et puis la porte qui claque et puis, plus rien. Le silence. Fin!<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s, je suis sortie : j&rsquo;avais besoin d&rsquo;air. La Lune \u00e9tait bien ronde et lumineuse. Elle \u00e9clairait le chemin. Tout droit, par l\u00e0 : devant.<\/p>\n\n\n\n<p>On a l&rsquo;impression que tout s&rsquo;effondre, qu\u2019il n\u2019y aura pas de lendemain, que l\u2019imparfait est le seul temps qu\u2019il nous reste pour parler de nous.&nbsp;J\u2019\u00e9tais\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, une fin n\u2019est une fin que jusqu&rsquo;\u00e0 ce que ce soit un d\u00e9but.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais. Je serai.<\/p>\n\n\n\n<figure><iframe loading=\"lazy\" width=\"460\" height=\"315\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/wO7ZdCgHOYs\" allowfullscreen=\"\"><\/iframe><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019\u00e9tait un lundi comme les autres, un lundi d\u2019avril, un lundi avec un ciel bleu et l\u2019air un peu frais. C\u2019\u00e9tait le 3 avril. Je marchais sur le trottoir, comme tous les matins, de la musique dans les oreilles, en riant des poissons du samedi. La p\u00eache avait \u00e9t\u00e9 bonne. 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