{"id":2259,"date":"2014-08-14T09:32:28","date_gmt":"2014-08-14T14:32:28","guid":{"rendered":"http:\/\/randonnee.effetdesurprise.qc.ca\/?p=2259"},"modified":"2014-08-14T09:32:28","modified_gmt":"2014-08-14T14:32:28","slug":"hommage-au-trait","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/randonnee.effetdesurprise.qc.ca\/?p=2259","title":{"rendered":"Hommage au trait"},"content":{"rendered":"<address style=\"text-align: right;\" dir=\"ltr\"><strong> <\/strong><a href=\"http:\/\/randonnee.effetdesurprise.qc.ca\/wp-content\/uploads\/2014\/08\/le-th\u00e9\u00e2tre-implacable-du-monde.jpg\"><br \/>\n<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-2261\" title=\"le th\u00e9\u00e2tre implacable du monde\" src=\"http:\/\/randonnee.effetdesurprise.qc.ca\/wp-content\/uploads\/2014\/08\/le-th\u00e9\u00e2tre-implacable-du-monde-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" \/><\/a><\/address>\n<p style=\"text-align: right;\" dir=\"ltr\"><strong>La tzigane<\/strong><\/p>\n<address style=\"text-align: right;\" dir=\"ltr\"><em>La tzigane savait d&rsquo;avance<\/em><\/address>\n<address style=\"text-align: right;\" dir=\"ltr\"><em><span style=\"font-size: 13px;\">Nos deux vies barr\u00e9es par les nuits<\/span><\/em><\/address>\n<address style=\"text-align: right;\" dir=\"ltr\"><em>Nous lui d\u00eemes adieu et puis<\/em><\/address>\n<address style=\"text-align: right;\" dir=\"ltr\"><em>De ce puits sortit l&rsquo;Esp\u00e9rance<\/em><\/address>\n<address style=\"text-align: right;\" dir=\"ltr\"><em><br \/>\n<\/em><\/address>\n<address style=\"text-align: right;\"> <\/address>\n<address style=\"text-align: right;\" dir=\"ltr\"><em>L&rsquo;amour lourd comme un ours priv\u00e9<\/em><\/address>\n<address style=\"text-align: right;\" dir=\"ltr\"><em>Dansa debout quand nous voul\u00fbmes<\/em><\/address>\n<address style=\"text-align: right;\" dir=\"ltr\"><em>Et l&rsquo;oiseau bleu perdit ses plumes<\/em><\/address>\n<address style=\"text-align: right;\" dir=\"ltr\"><em>Et les mendiants leurs Av\u00e9<\/em><\/address>\n<address style=\"text-align: right;\" dir=\"ltr\"><em><br \/>\n<\/em><\/address>\n<address style=\"text-align: right;\"> <\/address>\n<address style=\"text-align: right;\" dir=\"ltr\"><em>On sait tr\u00e8s bien que l&rsquo;on se damne<\/em><\/address>\n<address style=\"text-align: right;\" dir=\"ltr\"><em>Mais l&rsquo;espoir d&rsquo;aimer en chemin<\/em><\/address>\n<address style=\"text-align: right;\" dir=\"ltr\"><em>Nous fait penser main dans la main<\/em><\/address>\n<address style=\"text-align: right;\" dir=\"ltr\"><em>\u00c0 ce qu&rsquo;a pr\u00e9dit la tzigane<\/em><\/address>\n<p style=\"text-align: right;\" dir=\"ltr\"><a href=\"http:\/\/www.toutelapoesie.com\/poetes\/guillaume_apollinaire.htm\">Guillaume Apollinaire<\/a> (1880 &#8211; 1918)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" dir=\"ltr\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" dir=\"ltr\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" dir=\"ltr\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" dir=\"ltr\">C\u2019est un tout petit mot, 5 lettres, encadr\u00e9 par deux T. Comme pour fixer les limites, comme pour dire qu\u2019au-del\u00e0 des barres verticales des deux T, c\u2019est termin\u00e9, qu\u2019on passe \u00e0 une autre ligne pour dessiner une autre figure. C\u2019est un tout petit mot que le mot TRAIT, et pourtant\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" dir=\"ltr\">\u2026 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tendue de mon bras, ma paume ouverte trouve ton visage : dans les mouvements infiniment lents des traits qu\u2019ils y tracent, mes doigts apprennent ta peau patiemment. Je tire une \u00e0 une des lignes fines et d\u00e9licates qui se dressent comme un mur contre les \u00e9lans imp\u00e9tueux de la ville et le brouhaha incessant de la vie. Mon coup de crayon est juste. \u00c7a fait une jolie cage autour de ton visage, avec des barreaux d\u00e9licats, et une porte, dont j\u2019effacerai les traits pour te laisser respirer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" dir=\"ltr\">Tic tac, tic tac, l\u2019aiguille marque par un trait notre fuite en avant et il y a bien assez d&rsquo;horloges pour faire tourner les minutes au cadran des carr\u00e9s. Tic tac, tic tac, trait mortel qui me rappelle que je vole chaque instant depuis notre d\u00e9part. Tic tac, tic tac, trait perfide qui susurre que le voyage ne sera qu&rsquo;une escapade. Tic tac, tic tac, trait cruel qui s\u2019acharne : samedi, nos vies reprendront le lit de leur cours sans merci pour l&rsquo;amour qui nous a men\u00e9s l\u00e0. Tic, tac, tic tac, trait d\u2019union ou point final? Tic tac, tic tac, que sera sera\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" dir=\"ltr\">Entre les tics et les tacs, elles sont pr\u00e9cieuses ces minutes de silence o\u00f9, dans l&rsquo;air alangui de notre chambre de Manhattan, le r\u00eave est possible, o\u00f9 la main h\u00e9site encore \u00e0 tracer en pointill\u00e9s les traits de notre futur, \u00e0 \u00e9voquer en filigrane ce que sera notre destin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" dir=\"ltr\">Entre les tics et les tacs, elles sont intenses ces minutes. Si intenses que ma bouche se tait, laissant parler mes mains, mes yeux, mon corps auquel tu t&rsquo;accroches comme un naufrag\u00e9. Ton visage qui cherche refuge et mes seins qui sont l\u00e0 pour accueillir ta d\u00e9rive. Ma bouche qui b\u00e9cote ta t\u00eate et puis ton front et ensuite tes joues et aussi ton nez jusqu&rsquo;\u00e0 tes l\u00e8vres o\u00f9 se fondent nos souffles. Tu respires, une grande bouff\u00e9e! D\u2019un trait, tu te remplis. Enfin! Puis tu ouvres les yeux. Tu ne souris pas. Tu te dresses devant moi. Ton beau corps comme un pilier d&rsquo;airain se d\u00e9coupe sur la blancheur des draps puis sur le lait de ma peau. Tu \u00e9cartes mes cuisses et tu plonges en moi. Trait fatal : ton regard plant\u00e9 dans le mien est ton ancre dans le monde des vivants. Alors&#8230; Alors, plus rien n&rsquo;existe. New York et ses gratte-ciels s&rsquo;effondrent. Les lumi\u00e8res criardes de Times Square s&rsquo;\u00e9teignent subitement. Les klaxons des taxis jaunes s&rsquo;estompent et meurent. Le silence de Central Park en pleine nuit recouvre tout \u00e0 coup la d\u00e9mesure de cette ville sans fin pour faire place \u00e0 l&rsquo;\u00e9cho de mes cris qui grimpent et rebondissent sur les fa\u00e7ades de verre. Tu investis mon territoire en ma\u00eetre absolu laissant \u00e0 chacun de tes assauts les traces de ta conqu\u00eate :\u00a0<span style=\"font-size: 13px;\">l&#8217;empreinte de tes doigts qui serrent ma gorge quand nos regards se provoquent. La morsure de ta bouche sur mes l\u00e8vres que tu avales, que tu aspires gloutonnement, m&#8217;emp\u00eachant de les ouvrir pour te donner un baiser. Les marques de tes mains qui empourprent ma peau. L&rsquo;espoir d&rsquo;un avenir au creux de mes reins.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" dir=\"ltr\">Trait pour trait, dent pour dent, oeil pour oeil, je me fous de tout : comme on se ressemble, on s\u2019assemble. Plus on s\u2019assemble, plus le trait se d\u00e9lie et plus notre pass\u00e9 devient flou. On lui tire notre r\u00e9v\u00e9rence et on \u00e9bauche les traits d\u2019un autre pr\u00e9sent par plein de \u00abJe t&rsquo;aime\u00bb qui se d\u00e9clinent en des variations \u00e0 l\u2019infini tandis que nos corps saisis et fig\u00e9s par le d\u00e9sir rendent nos visages aveugles et nos esprits sourds.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" dir=\"ltr\">Je me l\u00e8ve, chancelante. Mon corps tremble encore de cet amour fou. Je m&rsquo;\u00e9loigne du lit pour t&rsquo;admirer. Tu es beau : sur tes bras, ton torse, ton front perlent des gouttes qui le font luire comme un diamant noir. Immobile, les yeux clos, tu as l&rsquo;air mort. Je profiterais bien de ton abandon pour te croquer au fusain en petits traits vifs et immortaliser l\u2019instant, mais ma main est lasse, elle t\u2019a d\u00e9j\u00e0 tout donn\u00e9. Ma gorge est s\u00e8che. Ma voix, non plus, ne sera pas capable de chanter davantage tes louanges, car \u00ab<em>mille ans sont, \u00e0 tes yeux, comme le jour d&rsquo;hier, quand il n&rsquo;est plus, Et comme une veille de la nuit. Tu les emportes, semblables \u00e0 un songe, Qui, le matin, passe comme l&rsquo;herbe.\u00b9<\/em>\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" dir=\"ltr\">Alors, doucement, comme pour dire que \u00e7a suffit, la ville reprend ses droits. Elle entre sans frapper. Le soleil perce les voilages d\u2019un trait lumineux. \u00c7a fait un \u00e9chiquier sur le sol. Le trait est aux blancs : c\u2019est \u00e0 mon tour de jouer. J\u2019avance mon pion. C\u2019est mat en deux coups. Le tiret a coup\u00e9 le mot, la c\u00e9sure marqu\u00e9 la ligne. Trait d\u2019union ou point final?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" dir=\"ltr\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" dir=\"ltr\">Point final.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" dir=\"ltr\"><object width=\"420\" height=\"315\"><param name=\"movie\" value=\"\/\/www.youtube.com\/v\/IZ2jQOw2lvM?version=3&amp;hl=fr_FR\" \/><param name=\"allowFullScreen\" value=\"true\" \/><param name=\"allowscriptaccess\" value=\"always\" \/><embed type=\"application\/x-shockwave-flash\" width=\"420\" height=\"315\" src=\"\/\/www.youtube.com\/v\/IZ2jQOw2lvM?version=3&amp;hl=fr_FR\" allowscriptaccess=\"always\" allowfullscreen=\"true\"><\/embed><\/object><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" dir=\"ltr\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" dir=\"ltr\">Illustration : <a href=\"http:\/\/www.ledevoir.com\/culture\/arts-visuels\/391697\/hommage-a-louis-pierre-bougie-poete-du-trait\" target=\"_blank\">Le th\u00e9\u00e2tre implacable du monde<\/a>&#8211; Louis-Pierre Bougie<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" dir=\"ltr\">Vid\u00e9o : <a href=\"http:\/\/www.labebebellota.com\/\" target=\"_blank\">Bebe<\/a>, <em>Siempre me quedara<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" dir=\"ltr\">\u00b9 Psaume 90<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La tzigane La tzigane savait d&rsquo;avance Nos deux vies barr\u00e9es par les nuits Nous lui d\u00eemes adieu et puis De ce puits sortit l&rsquo;Esp\u00e9rance L&rsquo;amour lourd comme un ours priv\u00e9 Dansa debout quand nous voul\u00fbmes Et l&rsquo;oiseau bleu perdit ses plumes Et les mendiants leurs Av\u00e9 On sait tr\u00e8s bien que l&rsquo;on se damne Mais [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[5],"tags":[40,44],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/randonnee.effetdesurprise.qc.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2259"}],"collection":[{"href":"https:\/\/randonnee.effetdesurprise.qc.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/randonnee.effetdesurprise.qc.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/randonnee.effetdesurprise.qc.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/randonnee.effetdesurprise.qc.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2259"}],"version-history":[{"count":44,"href":"https:\/\/randonnee.effetdesurprise.qc.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2259\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2326,"href":"https:\/\/randonnee.effetdesurprise.qc.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2259\/revisions\/2326"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/randonnee.effetdesurprise.qc.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2259"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/randonnee.effetdesurprise.qc.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2259"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/randonnee.effetdesurprise.qc.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2259"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}